Cette photo diffusée par la présidence iranienne montre le président Massoud Pezeshkian (G) accompagné par le petit-fils du défunt ayatollah Hassan Khomeini (D) lors d'une visite sur la tombe de ce dernier à Téhéran, le 31 janvier 2026 ( Iranian Presidency / Handout )
Le président iranien Masoud Pezeshkian a annoncé mardi avoir mandaté son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, pour des négociations directes avec les Etats-Unis, qui selon une source informée du dossier pourraient avoir lieu dès vendredi en Turquie.
"J'ai demandé à mon ministre des Affaires étrangères, à conditions qu'existe un environnement approprié, sans menaces ni demandes déraisonnables, de mener des négociations équitables (...) dans le cadre de nos intérêts nationaux", a indiqué M. Pezeshkian sur X.
Son homologue américain Donald Trump s'est dit lundi confiant sur la possibilité d'un accord, après des jours d'échanges de menaces entre les deux pays.
Une source arabe informée du dossier a déclaré à l'AFP que ces discussions, organisées selon elle grâce à la médiation de l'Egypte, du Qatar, d'Oman et de la Turquie, auront sans doute lieu dans ce dernier pays le 6 février.
Le site américain Axios et l'agence iranienne Tasnim avaient déjà indiqué que M. Araghchi était pressenti pour représenter Téhéran, face selon ces sources à Steve Witkoff, l'émissaire de M. Trump.
La pression s'accentue depuis début janvier sur Téhéran, après la répression dans le sang d'un vaste mouvement de contestation de la République islamique en place depuis 1979, déclenché au départ par des manifestations contre le coût de la vie.
Après avoir fait planer la menace d'une intervention militaire et envoyé une dizaine de navires dans le Golfe, le président américain a dit dimanche espérer "trouver un accord" avec l'Iran.
"Les pays de la région servent de médiateurs pour l'échange de messages", a expliqué lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, alors que l'Iran et les Etats-Unis n'ont plus de relations diplomatiques depuis quatre décennies.
Des consultations ont eu lieu avec l'Egypte, l'Arabie saoudite, la Turquie et la Jordanie.
"Nous examinons et finalisons les détails de chaque étape du processus diplomatique (...) Cela concerne la méthode et le cadre de travail", a ajouté le porte-parole, lors d'une conférence de presse à laquelle l'AFP a assisté.
- "Pas d'armes nucléaires" -
Les pays occidentaux accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément . Des négociations entre les deux pays ennemis s'étaient tenues au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais avaient notamment achoppé sur la question de l'enrichissement d'uranium.
Les Etats-Unis demandaient que l'Iran y renonce totalement, ce à quoi Téhéran se refuse, défendant ce qu'il dit être son droit à disposer d'un filière nucléaire civile en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, le 18 janvier 2026 à Téhéran ( AFP / ATTA KENARE )
"Le président Trump dit +pas d'armes nucléaires+ et nous sommes tout à fait d'accord avec ce point. (...) Bien sûr, en contrepartie, nous attendons une levée des sanctions. Cet accord est donc possible. Ne parlons pas de choses impossibles", a insisté dimanche sur CNN M. Araghchi, dont le pays a aussi exclu de discuter de ses capacités de défense et balistiques.
La République islamique avait conclu en 2015 un accord encadrant strictement ses activités nucléaires, mais celui-ci était devenu caduc après un retrait unilatéral américain ordonné par Donald Trump lors de son premier mandat en 2018.
Dans les rues de Téhéran, Ali Hamidi, 68 ans, un retraité, juge "inutiles" les "tensions actuelles": "l'Amérique devrait s'occuper de ses propres affaires", dit-il à l'AFP, tout en jugeant que "les responsables iraniens sont aussi en tort de ne pas subvenir aux besoins du peuple".
"Les difficultés économiques sont écrasantes; je ne vois personne autour de moi satisfait", ajoute-t-il.
- "On ne parle de rien" -
Dans le pays, la répression se poursuit: quatre ressortissants étrangers, dont la nationalité n'a pas été précisée, ont été arrêtés pour "participation aux émeutes", selon la télévision d'Etat lundi.
Des Iraniennes passent devant une fresque peinte sur les murs extérieurs de l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, le 1er février 2026 ( AFP / ATTA KENARE )
L'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux Etats-Unis, a recensé plus de 42.000 personnes arrêtées, et a pu confirmer 6.854 morts dans la mobilisation, en grande majorité des manifestants.
Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17.000 décès en cours d'examen.
Partie en Turquie il y a trois ans, Masha, 30 ans, y confie à l'AFP que ses proches restés en Iran "ont peur de parler au téléphone. Ils n'osent même pas sortir dans la rue. Pour éviter tout problème, on ne parle de rien. Parce qu'aux informations, on prévient: +Ne parlez pas, sinon il arrivera quelque chose à votre famille+".
Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes mais affirment que la grande majorité sont des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des "terroristes". Une opération orchestrée selon Téhéran par les Etats-Unis et Israël, l'ennemi juré.
La présidence a jusque là publié les noms de 2.986 personnes tuées, sur une liste de 3. 117.

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