par Sarah Kinosian
La capture de Nicolas Maduro après une opération menée dans la nuit de vendredi à samedi par les Etats-Unis, laisse en suspens la question du transfert du pouvoir au Venezuela.
Le président américain Donald Trump a déclaré samedi que la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez, successeur présumée de Nicolas Maduro, avait prêté serment après l'arrestation de Nicolas Maduro et qu'elle s'était entretenue avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.
La Constitution du Venezuela prévoit que Delcy Rodriguez assume les fonctions de présidente par intérim en l'absence de Nicolas Maduro, ce que la Cour suprême a ordonné samedi soir.
Peu après les déclarations de Donald Trump, Delcy Rodriguez s'est exprimée à la télévision d'Etat en compagnie de son frère, le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, du ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello et du ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez.
Lors de cette intervention, elle a déclaré que Nicolas Maduro était le seul président du Venezuela et lancé un appel au calme et à l'unité face à l'"enlèvement" du dirigeant, ajoutant que son pays ne serait jamais la colonie d'une autre nation.
Donald Trump a écarté l'idée de travailler avec la cheffe de file de l'opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, estimant qu'elle n'avait pas de soutien dans le pays.
Maria Corina Machado, a déclaré sur X que la présidence devait désormais être assurée par Edmundo Gonzalez Urrutia, que l'opposition, Washington et les observateurs internationaux considèrent comme le vainqueur de l'élection de 2024 et dont Emmanuel Macron a déclaré samedi qu'il souhaitait le voir assurer une période de transition.
ÉQUILIBRE ENTRE POUVOIRS CIVIL ET MILITAIRE
Depuis plus d'une décennie, le pouvoir au Venezuela est effectivement détenu par une poignée de hauts responsables. Les analystes et les responsables estiment toutefois que le système dépend d'un réseau de loyalistes et d'organes de sécurité alimentés par la corruption et la surveillance.
Un équilibre entre civils et militaires règne au sein d'un cercle restreint, où chaque membre a ses propres intérêts et ses appuis. Delcy Rodriguez et son frère représentent actuellement le côté "civil" de ce cercle tandis que Diosdado Cabello et Vladimir Padrino Lopez en sont le pendant "militaire".
Cette structure du pouvoir rend le démantèlement de l'actuel gouvernement vénézuélien plus difficile qu'en retirer seulement Nicolas Maduro, selon des interviews avec des responsables américains, des analystes militaires vénézuéliens et américains et des consultants en matière de sécurité travaillant avec l'opposition vénézuélienne.
"Vous pouvez retirer autant de pièces du gouvernement vénézuélien que vous voulez mais il faudrait qu'il s'agisse de plusieurs acteurs à différents niveaux pour changer la donne", a déclaré un ancien responsable américain.
Diosdado Cabello, qui exerce une influence sur les agences de renseignement militaire et civile du Venezuela, pose notamment question.
"L'attention se porte désormais sur Diosdado Cabello", a déclaré le stratège militaire vénézuélien Jose Garcia. "Il est l'élément le plus versé dans l'idéologie, le plus violent et le plus imprévisible du régime vénézuélien."
Selon les Nations unies, le Service national de renseignement bolivarien (SEBIN) et la Direction générale du contre-espionnage militaire (DGCIM) ont commis des crimes contre l'humanité dans le cadre d'opérations visant à réprimer la dissidence.
Ces dernières semaines, Diosdado Cabello avait appelé la DGCIM à "aller arrêter les terroristes" alors que les Etats-Unis augmentaient leur présence militaire dans la région.
Diosdado Cabello, qui est également lié à des milites pro-gouvernementales, a tenu un discours similaire samedi lors d'une intervention à la télévision nationale.
LES GÉNÉRAUX CONTRÔLENT DES SECTEURS CLÉS
Diosdado Cabello, ancien officier de l'armée et personnalité du parti socialiste, exerce une influence sur une grande partie des forces armées même si Vladimir Padrino Lopez occupe les fonctions de ministre de la Défense depuis plus de dix ans.
Le Venezuela compte quelque 2.000 généraux et amiraux et les officiers supérieurs ou ceux qui sont à la retraite contrôlent la distribution de denrées alimentaires, de matières brutes et la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA. En outre, des dizaines de généraux siègent aux conseils d'administration d'entreprises privées.
Les responsables militaires tirent également profit du commerce illicite, selon des déserteurs et des enquêteurs américains.
Les documents d'un consultant en matière de sécurité auprès de l'opposition, qui ont été partagé avec l'armée américaine et que Reuters a pu consulter, montrent que des commandants proches de Diosdado Cabello et de Vladimir Padrino Lopez sont assignés à des brigades déployées le long des frontières du Venezuela et dans les centres industriels.
Bien qu'elles soient tactiquement importantes, ces brigades se trouvent également dans des zones où sont transportées des marchandises de contrebande.
"Il faudrait que quelque 20 à 50 officiers de l'armée vénézuélienne, probablement davantage, s'en aille pour mettre complètement fin à ce régime", a déclaré un avocat qui représentait un haut responsable vénézuélien.
Selon lui, une dizaine d'anciens responsables et de généraux actuellement en fonctions l'ont contacté après la capture de Nicolas Maduro dans l'espoir de trouver un accord avec les Etats-Unis, proposant des renseignements en échange notamment de l'immunité judiciaire.
(Avec Phil Stewart à Washington et la rédaction de Reuters; version française Camille Raynaud)

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