Tennis : Roland-Garros
par Vincent Daheron
Malgré sa défaite samedi en finale contre la Russe Mirra Andreeva (6-3, 6-2), Maja Chwalinska a fait une irruption soudaine sur le devant de la scène grâce à son improbable parcours à Roland-Garros, des qualifications jusqu'au match pour le titre.
"Ces trois semaines ont vraiment été inoubliables pour moi", a déclaré la Polonaise en conférence de presse, un peu moins de deux heures après son revers contre la Russe de 19 ans. "J'ai passé un moment formidable, je n'oublierai jamais ces trois semaines."
La joueuse de 24 ans a vécu une folle épopée au cours d'une 125e édition de Roland-Garros défiant toute logique, chez les hommes comme les femmes.
Issue des qualifications, où elle avait d'ailleurs dû batailler 2h24 lors de son troisième et dernier match afin d'intégrer le tableau principal pour la première fois, elle s'est invitée à sa première finale sur le circuit principal, le tout en Grand Chelem.
Dans l'ère Open, soit depuis 1968, seule la Britannique Emma Raducanu avait réalisé pareil exploit en Grand Chelem, des qualifications jusqu'au titre à l'US Open 2021.
Alors qu'elle disputait seulement son deuxième tournoi de la saison sur le circuit principal, Maja Chwalinska a tracé sa route grâce à un jeu atypique, à rebours du style tout en puissance de la plupart des meilleures joueuses du monde. Elle a fait déjouer ses adversaires par ses amorties, ses effets et ses montées au filet à contretemps.
"Honnêtement, je n'ai pas eu l'impression de jouer mon meilleur tennis, ce qui est un peu bizarre", a-t-elle souri samedi. "J'ai l'impression d'avoir engrangé beaucoup de confiance, parce que je n'avais jamais vraiment joué contre des joueuses haut classées."
Au cours de son étonnant parcours, elle a notamment éliminé la championne olympique chinoise de Paris 2024, Zheng Qinwen (6-4, 6-0), la Belge Elise Mertens, 21e mondiale (6-4, 6-0) ou encore la Française Diane Parry (6-3, 6-2).
"LA VIE EST ÉTRANGE"
En 2021, la native de Miechow avait pourtant fait une pause de quelques mois dans sa carrière, révélant souffrir de dépression depuis deux ans. "J'associais le tennis à la pression, au stress et aux pleurs", disait-elle en 2022 au site de la WTA.
"C'est un tel bond soudainement, mais c'est 18 ans de travail acharné, de patience et de persévérance", a-t-elle estimé samedi. "J'ai dû traverser tellement de choses pour être dans cette position. La vie est étrange parfois et il faut croire qu'un déclic puisse arriver un jour."
Son improbable parcours sur la terre battue parisienne l'a fait entrer dans une nouvelle dimension. Elle grimpera lundi aux alentours de la 21e place mondiale, bien loin de son meilleur classement jusqu'ici (113e début mai) et verra ainsi les portes des plus grands tournois s'ouvrir à elle.
"Ça va être différent, c'est sûr, mais je pense que j'ai les pieds sur terre", a-t-elle assuré.
Pour Wimbledon, dont la liste des participantes a été arrêtée avant Roland-Garros, elle devra cependant bénéficier d'une invitation si elle ne veut pas passer par les qualifications dans un peu plus de deux semaines.
"Ce serait la nouvelle du siècle, mais je ne m'y attends pas", a-t-elle dit, d'un ton calme, avant d'évoquer l'inspiration qu'elle pourrait donner aux joueurs et joueuses classés au-delà du top 100 mondial.
"J'espère que mon histoire des derniers jours les inspirera."
C'est le propre des contes merveilleux.
(Reportage de Vincent Daheron, édité par Benjamin Mallet)

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