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PORTRAIT-Netanyahu au défi de durer en Israël malgré l'accord USA-Iran
information fournie par Reuters 17/06/2026 à 16:44

par Maayan Lubell et Angus McDowall

Benjamin Netanyahu devait déjà surmonter bien des obstacles pour espérer se maintenir au pouvoir en Israël à l'issue des élections législatives prévues au plus tard en octobre, mais le protocole d'accord conclu par Donald Trump avec l'Iran rend sa tâche encore plus ardue.

Le président américain a décidé de mettre fin au conflit avec l'Iran, et par conséquence au Liban, bien avant qu'Israël puisse revendiquer la réalisation de ses objectifs de guerre et la fanfaronnade du Premier ministre israélien affirmant en mars "nous sommes en train de changer la face du Moyen-Orient" paraît désormais bien désuète.

Confronté à des accusations de corruption, à d'incessantes polémiques intérieures et aux critiques sur la faillite des services de sécurité avant l'attaque du Hamas palestinien le 7 octobre 2023, Benjamin Netanyahu va devoir se soumettre au jugement des électeurs pour sa gestion des guerres menées par l'Etat hébreu et de la relation avec les Etats-Unis, allié primordial d'Israël.

A 76 ans, Benjamin Netanyahu a confirmé cette semaine qu'il entendait se représenter aux prochaines élections. Les sondages d'opinion donnent pour l'instant sa coalition nationaliste, religieuse et conservatrice perdante.

Mais, dans un système électoral à la proportionnelle quasi intégrale accouchant de parlements fragmentés, peu d'Israéliens osent se risquer à parier avec cette certitude que ce fin manoeuvrier à l'oeuvre depuis le milieu de la décennie 1990 ne sera pas chargé de former le prochain gouvernement.

Quelle que soit l'issue de ces élections, celui que ses partisans appelaient jadis le "roi Bibi" aura marqué de son empreinte l'histoire récente d'Israël. Tous mandats confondus, aucun Premier ministre israélien n'a jamais connu une telle longévité à la tête du gouvernement. Adulé par ses partisans, il est aussi la cible de critiques virulentes de ses détracteurs.

LA FAILLITE DU 7-OCTOBRE

Son parti, le Likoud, le présente comme un intraitable "faucon" étant parvenu à empêcher la création d'un Etat palestinien tout en s'attaquant au principal ennemi d'Israël, l'Iran, et à ses supplétifs dans la région.

"Il n'y aura pas d'Etat palestinien sur la rive occidentale du Jourdain", a ainsi affirmé Benjamin Netanyahu l'an dernier, affirmant avoir "pendant des années empêché la création de cet Etat terroriste, malgré d'immenses pressions".

Cette image a toutefois été sérieusement écornée par les failles en matière de sécurité mises brutalement au jour par l'attaque du 7-Octobre, pour laquelle il n'a pas endossé la moindre responsabilité, et par les guerres lancées en représailles qui ont certes abouti à des succès militaires mais sans réelle victoire politique durable.

En Israël, ses détracteurs lui reprochent d'avoir ignoré de fait la menace représentée par le Hamas dans la bande de Gaza avant le 7 octobre 2023.

Si dans leur majorité les Israéliens ont ensuite approuvé la guerre lancée dans l'enclave côtière, qui a fait des dizaines de milliers de morts côté palestinien et réduit le territoire à l'état de ruines, beaucoup ont aussi contesté sa gestion du conflit. Des généraux de premier plan et des familles d'otages ont ainsi dénoncé l'absence de plan stratégique clair.

La décapitation méthodique du Hamas et les assassinats du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, puis du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, ont certes été célébrés en Israël, mais le Hamas garde un contrôle de fait de la bande de Gaza non occupée par Israël, le régime théocratique iranien s'est maintenu au pouvoir à Téhéran et le Hezbollah a conservé une capacité à frapper Israël et à peser dans la vie politique libanaise. Le tout au prix de nombreux morts dans les rangs de l'armée israélienne.

"Netanyahu a perdu la guerre. Netanyahu n'a pas fait ce qu'il devait. Au moment de l'épreuve de vérité, il s'est effondré", a asséné son opposant Yair Lapid après la trêve imposée par Donald Trump entre Israël et le Hezbollah dans le cadre de l'accord conclu entre les Etats-Unis et l'Iran.

Benjamin Netanyahu balaie ces critiques. "Si nous n'avions pas agi en temps voulu et avec une puissance écrasante, nous ne serions pas là aujourd'hui", répond-il à ses détracteurs en évoquant une menace nucléaire imminente de la part de l'Iran.

LE SOUTIEN SE FISSURE AUSSI AUX ETATS-UNIS

A l'étranger, la dévastation de la bande de Gaza vaut à Israël des accusations de génocide, que l'Etat hébreu rejette. La Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt contre Benjamin Netanyahu pour "des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre présumés", une initiative que le Premier ministre israélien a jugée stupide.

Si nombre de soutiens occidentaux n'hésitent plus désormais à critiquer l'attitude du gouvernement de Benjamin Netanyahu, notamment en raison de la colonisation et des attaques contre les Palestiniens en Cisjordanie, ce dernier s'emploie en priorité à conserver l'appui des Etats-Unis, ce qui ne va pas sans difficultés. Un biographe de Joe Biden rapporte ainsi que l'ancien président américain qualifiait en privé le chef du gouvernement israélien de "fils de pute" et de "putain de sale type".

Même aux Etats-Unis, le traditionnel soutien bipartite à Israël se fissure au regard de la proximité affichée de Benjamin Netanyahu avec les républicains.

Et même Donald Trump, président particulièrement bienveillant à son égard, l'a traité de "putain de cinglé" lors d'un échange téléphonique émaillé d'injures ce mois-ci, alors que Washington tentait de négocier une fin des hostilités avec l'Iran.

Fils d'un historien du sionisme, Benjamin Netanyahu est un "sabra" né à Tel Aviv le 21 octobre 1949 dans une famille de droite.

Membre d'un commando d'élite de l'armée de 1967 à 1972, il a été blessé au visage en mai 1972 alors qu'il dirigeait une opération pour mettre fin à une prise d'otages dans un avion de la Sabena détourné sur l'aéroport Ben-Gourion. Il a été promu capitaine en 1973 lors de la Guerre du Kippour et a suivi des études d'architecture et d'administration au Massachusetts Institute of Technology (MIT) aux Etats-Unis, au milieu des années 1970.

Il sera marqué, en 1976, par la mort de son frère Yonathan, tué lors d'une audacieuse opération de récupération des otages d'un Airbus d'Air France détourné par des Palestiniens sur l'aéroport ougandais d'Entebbe. Cet événement a "changé ma vie", dira-t-il.

En 1996, il devient le plus jeune Premier ministre d'Israël, à la tête d'une coalition mêlant colons, "faucons", ultra-orthodoxes et libéraux sur le plan économique et depuis, malgré quelques éclipses, il s'est montré expert dans la formation d'alliances hétéroclites permettant d'obtenir ou de conserver le pouvoir quitte à lâcher sans état d'âme d'anciens alliés.

(version française Bertrand Boucey, avec Marc Delteil, édité par Benoit Van Overstraeten)

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