(Crédits: Unsplash - J. Amill Santiago)
L'ESSENTIEL
- Aux États-Unis, les républicains de Donald Trump ont subi aux midterms ce qui ressemble à leur pire défaite depuis cinquante ans.
- Les démocrates l'emportent jusque dans des bastions républicains comme le Texas, où aucun des leurs n'avait été élu sénateur depuis 1988.
- Privé de marge de manœuvre en politique intérieure, Trump pourrait se montrer plus actif et plus imprévisible sur la scène internationale.
Le Parti républicain de Donald Trump a essuyé un désaveu cinglant lors des élections de mi-mandat aux États-Unis (organisées le 3 novembre, elles renouvellent toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, NdT). Les républicains avaient abordé la soirée en espérant que les sondages se trompent et qu'ils puissent au moins conserver le contrôle du Sénat. Mais à minuit, heure de Washington, le GOP (le « Grand Old Party », surnom du Parti républicain, NdT) se retrouvait face à ce qui ressemblait à sa pire défaite depuis cinquante ans.
Les pertes républicaines ne se sont pas limitées au type de circonscriptions disputées, susceptibles de basculer d'un camp à l'autre, qui inquiètent habituellement les partis lors des soirées électorales. L'ampleur des pertes a été stupéfiante. Ils ont perdu des sièges au Sénat dans des États solidement républicains comme le Texas et la Caroline du Sud. Ils ont perdu des circonscriptions qu'ils avaient redécoupées à leur avantage (une pratique appelée gerrymandering, NdT) et où ils étaient censés être imbattables. Ils ont perdu des sièges que même les analystes les plus fins jugeaient sûrs.
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Pourquoi ? Depuis des mois, les enquêtes d'opinion montrent que les électeurs en ont assez de la vie chère, de la guerre en Iran et de ce que l'on qualifie de plus en plus de corruption de l'administration Trump. Un président élu de justesse sur la promesse d'une gestion économique solide a au contraire passé deux ans à mettre en œuvre un programme idéologique extrême, que seule une minorité d'Américains soutient. Il n'a pas tenu compte de ce que disaient les électeurs, et ceux-ci viennent de rendre un verdict sévère.
Mais ces résultats ont des implications qui vont au-delà de la seule fin du mandat de Trump. Ils rompent avec certaines des tendances qui structurent la vie politique américaine depuis des décennies. Les démocrates l'emportent soudain dans des territoires où on les disait hors jeu depuis une génération. Soudain, la carte politique américaine a un tout autre visage.
Prenez le Texas. La dernière fois qu'un démocrate y avait été élu sénateur, c'était en 1988. Les démocrates n'y ont plus remporté d'élection présidentielle depuis Jimmy Carter (président de 1977 à 1981, NdT) en 1976. Pourtant, la nuit dernière, le démocrate James Talarico (élu à la Chambre des représentants du Texas, il affrontait le procureur général républicain de l'État, Ken Paxton, NdT) a remporté une victoire nette. Si les élections au Texas deviennent durablement disputées, il sera beaucoup plus difficile pour les républicains de remporter la présidence à l'avenir.
Le Parti républicain va désormais regarder avec inquiétude vers l'élection de 2028. Pour la première fois depuis 2016, un véritable débat va sans doute s'ouvrir en son sein sur l'opportunité de tourner la page du nationalisme agressif et de l'intolérance du mouvement « Make America Great Again » de Trump. Les démocrates, de leur côté, doivent se demander comment tirer parti de leurs victoires.
Quel avenir pour la politique étrangère américaine ?
Mais pour le reste du monde, le changement pourrait ne pas venir aussi vite. Bien que son parti ait subi ce revers électoral, Trump reste président jusqu'en 2028. Et parce que le Congrès, malgré son rôle constitutionnel dans la déclaration de guerre et la ratification des traités, a tendance à moins s'impliquer en politique étrangère, le président peut encore faire beaucoup avec ce pouvoir.
De fait, les présidents américains dont le parti subit une contre-performance aux élections de mi-mandat deviennent souvent plus actifs en politique étrangère qu'auparavant. La possibilité de faire adopter un programme intérieur ambitieux leur échappant largement, ils ont davantage de temps pour réfléchir aux relations de l'Amérique avec le reste du monde. Il en ira probablement de même pour Trump.
La fin des élections de mi-mandat signifie aussi que Trump n'a plus à se montrer aussi prudent quant aux conséquences politiques de ses actes. À l'approche du scrutin, le président avait renoncé à une confrontation militaire majeure avec l'Iran et cherché une trêve dans ses guerres commerciales. Désormais libéré de ces contraintes politiques, il pourrait devenir plus imprévisible et plus erratique.
Le Congrès ne serait pas totalement impuissant pour l'arrêter, du moins en théorie. Mais la plupart des mesures qu'il peut prendre, comme couper le financement de la guerre contre l'Iran ou reprendre au président le pouvoir en matière de droits de douane, exigent dans les deux chambres des majorités que les démocrates n'auront probablement pas, malgré leurs victoires impressionnantes.
Il leur faudrait une majorité des deux tiers pour passer outre le veto présidentiel, quasi certain, opposé à toute loi visant à obtenir ces résultats. La question clé est donc de savoir si cette déroute électorale a été suffisamment sévère pour pousser certains élus républicains du Congrès à se joindre sérieusement aux démocrates pour contenir Trump.
Ce que les démocrates pourront assurément faire, c'est lancer toutes sortes d'enquêtes sur la conduite de l'administration Trump et de certains de ses responsables. Leurs efforts porteront probablement sur la guerre contre l'Iran, les relations financières personnelles de Trump avec des dirigeants étrangers et la gestion du Pentagone par le secrétaire à la Défense (l'équivalent du ministre des Armées, NdT) Pete Hegseth.
Hegseth pourrait d'ailleurs être l'une des premières victimes de ces efforts : certains spéculent qu'il démissionnera ou sera limogé plutôt que de s'exposer à une éventuelle procédure de destitution (impeachment, NdT).
Mais, en fin de compte, un changement de cap de la politique étrangère américaine dépend des décisions de Trump lui-même. Un renouvellement de ses conseillers, ou du Congrès, ne peut avoir qu'une influence limitée sur un président qui ne s'est jamais plié de bon gré à la moindre contrainte.
Le monde doit se préparer à l'éventualité qu'un Trump politiquement blessé et en colère décide désormais de déverser ses frustrations sur la scène internationale.
Auteur: Andrew Gawthorpe - Lecturer in History and International Studies, Leiden University
Cet article est issu du site The Conversation
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