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Liban-Débuts laborieux des "zones pilotes" de retrait de l'armée israélienne
information fournie par Reuters 29/07/2026 à 14:49
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par Maya Gebeily, Emilie Madi et Mahmoud Hasano

Le retrait progressif d'Israël des zones occupées du sud du Liban dans le cadre d'un plan négocié par les États-Unis, qui prévoit en échange un désarmement du Hezbollah, connaît des débuts très laborieux.

Pour Washington, ce "programme de zones pilotes" constitue la pièce maîtresse d'un accord-cadre conclu le 26 juin visant à mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, groupe armée chiite soutenu par l'Iran, et à établir des relations pacifiques entre l'Etat hébreu et le Liban.

Mais le Hezbollah refuse toujours de déposer les armes et, sur le terrain, la mise en place la semaine dernière de la première zone pilote dans le village de Zaoutar el-Gharbiyé, dans le sud du Liban, donne un aperçu d'un processus tendu et complexe qui s'annonce tout aussi difficile à reproduire ailleurs.

Selon un haut responsable de l'armée libanaise, qui s'est exprimé sous le sceau de l'anonymat, des semaines de négociations avec Israël - sous l'égide des États-Unis - et plusieurs jours d'opérations militaires ont été nécessaires pour instaurer la première zone.

Le plan du 26 juin lie le retrait progressif d'Israël au "désarmement vérifié" du Hezbollah, mais celui-ci n'a pas participé à l'élaboration de l'accord, refuse de renoncer à son arsenal et a évoqué le risque de troubles internes si l'État tentait de le désarmer par la force.

Compte tenu des défis opérationnels et politiques à venir, le responsable militaire libanais et deux responsables de la sécurité étrangers ont dit s'attendre à ce qu'il faille plus d'un an pour garantir le retrait complet d'Israël du Liban.

PREMIERS INCIDENTS APRÈS QUELQUES HEURES

Le Liban a été entraîné dans la guerre par des tirs du Hezbollah à destination d'Israël peu après le début des frappes lancées par les États-Unis et l'Etat hébreu contre l'Iran, le 28 février. Les forces israéliennes ont riposté par des bombardements aériens contre Beyrouth et se sont emparées d'un territoire s'étendant sur environ 10 km à l'intérieur du Sud-Liban.

Les troupes israéliennes sont restées dans cette zone malgré le cessez-le-feu conclu en juin, rasant des villages et ordonnant aux habitants qui avaient fui de ne pas rentrer chez eux.

Les États-Unis ont commencé à jouer un rôle de médiateur dans les pourparlers entre le Liban et Israël à la mi-avril et ont instauré le programme de zones pilotes début juin. Plus de six semaines plus tard, des soldats libanais se sont déployés à Zaoutar el-Gharbiyé pour mettre en place la première zone après le retrait des troupes israéliennes.

Mais à peine quelques heures plus tard, des unités israéliennes toujours stationnées à quelques centaines de mètres de là, dans un village voisin, ont accusé les troupes libanaises de se déployer trop près de leurs positions et ont procédé à des tirs de semonce pour les maintenir à distance.

Un responsable militaire israélien a déclaré que Tsahal avait ajusté son dispositif dans la première zone pilote, sans préciser si les troupes qui s'étaient retirées de Zaoutar el-Gharbiyé avaient quitté le Liban ou s'étaient redéployées ailleurs dans le sud du pays.

"NOUS NE POUVONS PAS RECONSTRUIRE"

Les soldats libanais ont passé deux jours à déblayer les décombres et à accompagner les secouristes dans le village afin de récupérer les corps de combattants du Hezbollah.

Le 24 juillet, ils ont finalement autorisé le retour des habitants déplacés dans le cadre de convois soigneusement encadrés. Toutefois, la plupart des logements avaient été trop endommagés par les bombardements pour être à nouveau habités.

Le maire de Zaoutar el-Gharbiyé, Abed Ezzedine, a déclaré à Reuters qu'environ la moitié de la localité était en ruines et que la perspective d'une reconstruction paraissait encore lointaine.

"De quel genre de zone pilote parlons-nous ? Et de quel genre de sécurité et de sûreté ? Il y a encore 70 ou 80 villages occupés", a-t-il dit.

"Si [les troupes israéliennes] se retirent d'un village tout en restant aux abords du suivant, nous ne pouvons pas faire cela. Cela ne fonctionnera pas. Et qu'en est-il de la reconstruction dont nous parlons sans cesse ? Sans sécurité ni tranquillité d'esprit, nous ne pouvons pas reconstruire. Nous ne pouvons pas poser une seule pierre sur une autre à Zaoutar."

Les troupes israéliennes restent stationnées dans un arc de localités situées au nord et à l'est de Zaoutar el-Gharbiyé, ainsi qu'au château stratégique de Beaufort, perché sur une crête à seulement 6 km à l'est, et dans des dizaines d'autres villages plus au sud.

La volonté du Liban de désarmer le Hezbollah en échange de nouveaux retraits israéliens pourrait être mise à l'épreuve à quelques kilomètres de là, le long d'une crête montagneuse connue sous le nom d'Ali Taher où, selon des sources sécuritaires libanaises, le groupe chiite est soupçonné de disposer d'un centre de commandement et de dépôts d'armes.

LE LIBAN PRÉPARE DE NOUVELLES PROPOSITIONS

Selon Hassan Jouni, analyste libanais et général à la retraite, il est peu probable que les troupes israéliennes se retirent d'autres positions voisines "tant que le problème d'Ali Taher ne sera pas résolu", soit par la prise de la crête par Tsahal, soit par le démantèlement des dépôts d'armes par l'armée libanaise.

Hassan Jouni souligne également que l'accord du 26 juin n'a établi de calendrier ni pour le retrait ni pour le désarmement, ajoutant qu'un désarmement forcé du Hezbollah pourrait, dans le pire des cas, déclencher une guerre civile.

En vertu de l'accord, le désarmement doit être vérifié par une partie tierce afin de permettre à l'armée israélienne de "se redéployer progressivement hors du territoire libanais". Or, cette partie tierce se fait toujours attendre, de même qu'un système de contrôle, rappelle Hassan Jouni.

"Selon cette formule, le calendrier de la fin de l'occupation israélienne s'étendra sur une longue période."

Selon le responsable militaire libanais, afin d'accélérer le processus, le pays du Cèdre compte proposer la semaine prochaine, lors de pourparlers avec Israël, que les secteurs occupés soient divisés en deux ou trois grandes zones pilotes englobant des dizaines de localités, en lieu et place d'un retrait village par village.

Mais les responsables israéliens ont déclaré que les troupes resteraient dans le sud du Liban aussi longtemps que nécessaire et les habitants des territoires occupés par Tsahal doutent de pouvoir un jour revoir leurs villes d'origine.

"Comment Israël va-t-il se retirer ? Ce n'est pas si simple. Ils ont fait l'impossible pour s'imposer ici ; ils ne vont pas simplement partir du jour au lendemain", a déclaré Zeinab Loubani, une mère de 54 ans déplacée d'une ville proche de Zaoutar el-Gharbiyé.

"Je vous le dis, je n'y crois pas une seconde. Ce ne sont que des paroles en l'air (...). Il n'y a plus rien à espérer."

(Rédigé par Maya Gebeily, version française Benjamin Mallet)

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