Le bâtiment de la BCE à Francfort, en Allemagne
Les prix du pétrole connaissent une forte volatilité depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l'Iran fin février, dans un contexte de craintes concernant l'approvisionnement, ce qui a incité les marchés à parier que la Banque centrale européenne (BCE) pourrait relever ses taux pour contrer l'inflation liée à l'énergie.
Les cours du brut, qui ont atteint lundi leur plus haut niveau en plus de trois ans, reculent mardi d'environ 8%, les craintes d'une interruption prolongée de l'approvisionnement dans la région s'apaisant après que le président américain Donald Trump a prédit lundi une fin imminente de la guerre.
Les marchés financiers, qui tablaient lundi sur une hausse des taux par Francfort d'ici le milieu de l'année, ne perçoivent désormais qu'une probabilité de 50% pour une telle mesure.
Il s'agit néanmoins d'un changement important par rapport aux prévisions d'il y a quelques semaines, lorsque les opérateurs s'attendaient à des taux stables tout au long de l'année.
L'institut de Francfort tiendra sa prochaine réunion de politique monétaire les 18 et 19 mars.
Les dernières déclarations d'une série de membres de l'institut de Francfort minimisent, du moins pour l'instant, la nécessité d'agir à court terme:
MARTIN KOCHER, GOUVERNEUR DE LA BANQUE NATIONALE D'AUTRICHE
"Il est essentiel de ne pas agir précipitamment, mais plutôt de réfléchir mûrement et d'examiner attentivement le scénario, tout en attendant de voir comment la situation évolue".
"Ceux qui agissent précipitamment agissent généralement mal".
GEDIMINAS SIMKUS, PRÉSIDENT DE LA BANQUE DE LITUANIE (10 mars)
"Si vous commencez à réfléchir à la politique monétaire le matin, vous risquez d'avoir une opinion très différente le soir venu".
"En ce qui concerne la prochaine réunion, je dirais que nous discuterons bien sûr et tenterons d'évaluer toutes les implications possibles des événements en Iran ou pour l'économie européenne, mais je dirais que, pour l'instant, nous devons maintenir le cap".
MADIS MULLER, PRÉSIDENT DE LA BANQUE D'ESTONIE (10 mars)
"Nous ne devons pas prendre de décisions hâtives".
"Nous devons d'abord voir si la hausse des prix de l'énergie que nous connaissons actuellement s'avère transitoire ou non, comme ce fut le cas la dernière fois".
"Même si nous ne devons pas prendre de décisions hâtives, la probabilité d'un prochain changement des taux directeurs allant plutôt vers une augmentation que vers le contraire a probablement augmenté au cours des deux dernières semaines".
ISABEL SCHNABEL, MEMBRE DU CONSEIL DE GOUVERNEURS DE LA BCE (6 mars)
"L'inflation devant atteindre notre objectif à moyen terme et les anticipations inflationnistes étant bien ancrées, la politique monétaire reste appropriée."
"La récente flambée des prix de l'énergie à la suite des tensions en Iran rend la trajectoire de l'inflation plus incertaine."
"Ce qui importe pour la politique monétaire, ce sont les perspectives à moyen terme, c'est-à-dire la question de savoir si la dynamique sous-jacente des prix et l'évolution des salaires sont compatibles avec l'objectif sur l'horizon pertinent pour la politique monétaire. Sur cette base, les enseignements tirés de la pandémie suggèrent que les décideurs politiques doivent agir avec prudence."
CHRISTINE LAGARDE, PRÉSIDENTE DE LA BCE (5 mars)
La BCE prendra ses décisions "en tenant compte de toutes les données dont nous disposons, que nous pouvons analyser et examiner avec suffisamment de certitude."
Il n'y a pas de "rythme prédéfini pour notre politique monétaire."
"Et je pense que si vous combinez ces deux éléments, cela place la BCE et le système euro dans une bonne position pour surveiller très attentivement et essayer de comprendre quelles seront les conséquences des chocs actuels à l'avenir."
OLAF SLEIJPEN, GOUVERNEUR DE LA BANQUE CENTRALE NÉERLANDAISE (6 mars)
"Même si je n'utiliserais plus les termes 'nirvana' ou "idéale", je n'ai pas radicalement changé d'avis sur notre situation actuelle, qui reste favorable."
"Je vois toujours une bonne position... mais tout dépend de la façon dont ce conflit va évoluer."
"Nous dépendons vraiment des données. Tout dépend donc de la façon dont les choses vont évoluer et de la manière dont nous allons évaluer ces évolutions à l'avenir."
JOSE LUIS ESCRIVA, GOUVERNEUR DE LA BANQUE D'ESPAGNE (6 mars)
"D'après les informations dont je dispose, je pense qu'il est très improbable que nous touchions aux taux lors de la prochaine réunion."
"Nous pouvons déjà considérer comme acquis qu'il y aura des effets (de la guerre)."
"Notre objectif d'inflation de 2% est un horizon à moyen terme, les mouvements transitoires ne doivent pas nécessairement nous conduire à prendre des décisions. Nous devons plutôt surveiller la situation et évaluer dans quelle mesure cela a des effets plus persistants au fil du temps."
LUIS DE GUINDOS, VICE-PRÉSIDENT DE LA BCE (5 mars)
"Le scénario de base (est) que cela sera de courte durée. Si cela dure plus longtemps, il y a un risque que les anticipations d'inflation changent."
MARTINS KAZAKS, GOUVERNEUR DE LA BANQUE CENTRALE DE LETTONIE (3 mars)
"Nous devons rester calmes."
"Je ne vois pas la nécessité de se précipiter pour agir sur les taux directeurs."
FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU, GOUVERNEUR DE LA BANQUE DE FRANCE (5 mars)
"Je ne vois pas aujourd'hui de raison pour laquelle nous, la BCE, devrions monter nos taux d'intérêt. Nous verrons au fil des réunions, mais aujourd'hui, je ne vois aucune raison de le faire."
JOACHIM NAGEL, PRÉSIDENT DE LA BUNDESBANK (5 mars)
"La situation actuelle est quelque peu différente (de celle de 2021/2022)."
"À l'époque, nous sortions tout juste de la phase d'assouplissement quantitatif (QE) et l'un des autres programmes d'achat d'actifs devait encore être arrêté."
(Compilé par Balazs Koranyi ; version française Diana Mandia, édité par Augustin Turpin)

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