par Nandita Bose, Gram Slattery et Bo Erickson
Donald Trump a engagé une campagne de frappes militaires contre l'Iran malgré les mises en garde de son entourage qui redoute l'impact du conflit au Moyen-Orient sur les élections de mi-mandat de novembre, ont déclaré à Reuters plusieurs sources proches de la présidence américaine.
Si l'opération a été saluée par les "faucons" de la politique étrangère à Washington, qui ambitionnent de longue date de renverser le régime autoritaire de Téhéran, certains responsables de la Maison blanche redoutent que ce pari diplomatique ne compromette les chances républicaines de conserver le contrôle du Congrès.
Des collaborateurs de premier plan ont mis en garde Donald Trump: les renseignements américains n'offraient aucune garantie claire qu'une escalade pourrait être évitée une fois les frappes lancées.
Un sondage Reuters/Ipsos réalisé dimanche montre qu'un Américain sur quatre seulement approuve les frappes américaines qui ont été notamment fatales au Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei.
Environ la moitié des personnes interrogées — dont un républicain sur quatre — jugent que Donald Trump a trop tendance à recourir à la force militaire.
"La décision du président de lancer l'Opération Epic fury fait partie de ces décisions que les présidents des deux camps ont toujours voulu lancer mais qu'aucun d'entre eux n'a eu le courage d'ordonner", a plaidé la porte-parole de la Maison blanche Karoline Leavitt.
L'ECONOMIE MISE DE CÔTÉ
À l'approche des élections de mi-mandat, des responsables de la Maison blanche et des conseillers de Donald Trump l'exhortaient à se concentrer sur les sujets au coeur des préoccupations des Américains, comme la santé et le pouvoir d'achat, comme il s'y était attaché lors du discours sur l'état de l'Union prononcé quatre jours avant l'attaque, en vain.
Donald Trump a déclaré dimanche dans plusieurs interviews que les opérations en Iran devraient s'inscrire sur quatre à cinq semaines, et il a continué de préparer le pays à d'autres pertes américaines après l'annonce de la mort plusieurs militaires.
"L'enchaînement entre un discours sur l'état de l'Union réussi, centré sur le pouvoir d'achat et les questions économiques qui préoccupent les électeurs, et l'entrée en guerre au Moyen-Orient quelques jours plus tard n'est pas seulement déroutant, il donne le tournis", a déclaré Rob Godfrey, stratège républicain.
"Faire accepter cette juxtaposition aux électeurs des élections de mi-mandat sera l'une des priorités majeures de la Maison blanche au cours des prochaines semaines."
Un conseiller de Donald Trump, qui s'est rendu récemment à la Maison blanche, a souligné que le principal danger électoral ne venait pas des électeurs modérés ou indépendants, mais des membres du mouvement MAGA de Donald Trump, pour qui le non-interventionnisme constituait un élément clef de son argumentaire pendant la campagne de 2024.
Beaucoup de ces électeurs pourraient simplement rester chez eux lors des élections de mi-mandat, où la participation est déjà faible, a-t-il ajouté.
L'exécutif estime que les élections à la Chambre, où les républicains disposent d'une très mince majorité, sont bien plus exposées aux retombées liées à l'Iran que la carte du Sénat.
Les modèles internes montrent des dizaines de circonscriptions clés où même un scepticisme modéré pourrait se révéler décisif.
Un haut stratège républicain engagé dans la défense des majorités du parti au Congrès a estimé que les interventions extérieures comportent davantage de risques politiques que d'avantages pour Donald Trump: les succès en politique étrangère marquent peu les électeurs contrairement aux enlisements.
La capture par Donald Trump du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro lors d'un raid le mois dernier a suscité peu de retombées politiques et n'a entraîné aucune perte américaine.
Depuis cette opération début janvier, la cote d'approbation de Donald Trump est passée de 42% à 39%, selon le dernier sondage Reuters/Ipsos.
(Reportage Gram Slattery à Murren, en Suisse, Bo Erickson à Palm Beach, en Floride, et Nandita Bose à Washington; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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