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La nomination de Montchalin à la Cour des comptes hérisse l'opposition
information fournie par AFP 10/02/2026 à 16:52

La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, à l'Assemblée nationale, le 7 janvier 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, à l'Assemblée nationale, le 7 janvier 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

"République des copains" ou encore "verrouillage" des postes: l'opposition a unanimement critiqué mardi la nomination imminente par Emmanuel Macron de l'actuelle ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, à la tête de la Cour des comptes, dénonçant notamment un conflit d'intérêt.

Cette nomination, révélée lundi par le quotidien Le Figaro et confirmée par une source au sein de l'exécutif, sera effective mercredi, lors du conseil des ministres. Amélie de Montchalin deviendra ainsi la première femme à diriger la Cour des comptes, institution plus de deux fois centenaire.

Cette décision, qui fait grincer des dents jusque chez LR, membre de la coalition gouvernementale, s'est invitée lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, avec pas moins de trois questions sur le sujet, de LFI, du RN et du PS.

"La charte de déontologie des juridictions financières est claire, elle impose neutralité, indépendance, impartialité et prévention des conflits d'intérêt, notamment vis-à-vis du pouvoir en place. Du fait de ses fonctions actuelles, Madame de Montchalin ne répond à aucune de ces exigences", a accusé Eric Coquerel (LFI), président de la commission des Finances, qui a ferraillé avec l'énarque de 40 ans pendant des mois sur la loi de finances 2026.

Lundi soir, M. Coquerel avait demandé "solennellement" au chef de l'État de revenir sur cette nomination.

Le député RN, Yoann Gillet, a protesté contre le fait que Mme de Montchalin soit demain "juge et partie", tandis que la députée PS, Marietta Karamanli, s'est alarmée que "le code de déontologie des juridictions financière (soit) mis à mal".

"Je vous invite à respecter (...) le pouvoir de nomination du président de la République", a répondu la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, soulignant la dimension collégiale des décisions de la Cour des comptes, et se félicitant de l'attribution du poste à une femme.

- "Fait du prince" -

Contrairement à d'autres postes prestigieux, cette nomination ne nécessite pas d'approbation par les commissions des Finances du Parlement.

Pur produit du macronisme, élue députée en 2017 et propulsée deux ans plus tard dans le deuxième gouvernement d'Édouard Philippe, avant une mini traversée du désert, Mme de Montchalin s'est imposée au sein de l'équipe gouvernementale depuis fin 2024 où elle a été rappelée par François Bayrou.

Ses compétences techniques, sa répartie notamment vis-à-vis des oppositions et son ton didactique au fil de dizaines d'heures de débat avaient notamment été salués par de nombreux parlementaires, y compris de l'opposition.

Mais ce ne sont pas ses compétences budgétaires qui sont discutées mardi. Plutôt le conflit d'intérêt d'une ministre sortante chargée de statuer en toute indépendance sur le déficit public, les choix budgétaires du gouvernement, les politiques économiques, etc.

Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), pour répondre à cette inquiétude, les premiers présidents de la Cour des comptes étaient systématiquement sélectionnés dans l'opposition.

Au-delà, c'est davantage une volonté prêtée à M. Macron de placer ses proches à la tête des principales institutions à l'approche de la fin de son mandat qui est mise en cause. Déjà en mars 2025, la nomination de Richard Ferrand, un des fidèles du président de la République, à la tête du Conseil constitutionnel avait été très critiquée.

"Quand le macronisme s'effondre dans le pays, il s'arc-boute sur les contre-pouvoirs", attaque LR dans un communiqué, estimant que la nomination d'Amélie de Montchalin revient à "transformer une autorité de contrôle en annexe du pouvoir".

Pour Marine Tondelier (Les Écologistes), cette nomination "n'obéit à aucune logique autre que le fait du prince", tandis qu'au Parti socialiste, le député Arthur Delaporte estime qu'"en fragilisant l'institution qu'est la Cour des comptes", Emmanuel Macron "fragilise plus largement la République".

Quant à Éric Ciotti (UDR), allié du RN, il dénonce le "passage en force sans précédent d'un Président qui place ses proches pour garder le pouvoir" après 2027.

Il questionne également la jeunesse de la ministre, alors que sa nomination est irrévocable et que l'âge limite pour quitter le poste de premier président de la Cour des comptes est de 68 ans. "Elle pourra rester pendant 28 ans alors que l'usage n'a jamais vu un président nommé avant ses 58 ans", proteste-t-il.

Au contraire, rétorque le ministre des Finances, Roland Lescure, Amélie de Montchalin va apporter rue Cambon "une énergie dont peut-être la Cour des comptes a besoin". Et "elle saura gouverner cette institution en toute indépendance", certifie-t-il.

27 commentaires

  • 11 février 10:25

    Cela ne me hérisse pas plus le poil que le maintien de Salamé à son poste politique. Et elle ose affirmer son impartialité, après le traitement infligé à Fillon lors de la présidentielle 2017. Une honte !


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