Réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale 2026 à Bangkok
par Andrea Shalal et Rae Wee
Les investissements massifs dans les infrastructures d'intelligence artificielle (IA) soutiennent la croissance mondiale qui devrait se maintenir cette année à environ 3% malgré la crise énergétique, a déclaré lundi la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva.
Ces investissements profitent en premier à l'Asie dont de nombreux pays, notamment la Thaïlande, sont des fournisseurs d'infrastructures d'IA, a-t-elle précisé lors de la première journée d'une série de réunions du FMI et de la Banque mondiale (BM) prévues à Bangkok pendant une semaine.
Le boom des investissements dans l'IA a déjà provoqué un "choc de la demande et un choc des investissements", susceptible de stimuler de 0,5 à un point de pourcentage la croissance des économies asiatiques avancées, a déclaré Kristalina Georgieva.
Pour les économies asiatiques émergentes, elle évalue le gain entre de 0,2 à 0,8 point de pourcentage.
"L'IA, qu'on l'aime ou qu'on la déteste, elle est déjà là", a-t-elle souligné, notant que "c'est cette accélération qui permet à l'économie mondiale de continuer à croître à un rythme d'environ 3%, malgré (...) le choc lié à l'approvisionnement énergétique".
Le FMI, qui a annoncé en juillet tabler sur une croissance mondiale de 3% cette année, publiera mardi ses perspectives actualisées.
Quelque 18.000 personnes devraient assister aux réunions des deux organisations financières dans la capitale thailandaise cette semaine, notamment des responsables des finances des 191 pays membres du FMI.
Pour ces rendez-vous, plusieurs ministres de premier plan manqueront cependant à l'appel, contraints de se concentrer sur leurs priorités nationales, notamment le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent et le ministre espagnol des Finances Arcadi España, ont indiqué des sources proches du dossier.
DES CONSÉQUENCES PROFONDES
Selon Kristalina Georgieva, l'IA s'apparente à un "tsunami qui avance lentement" et qui aura des conséquences profondes sur l'emploi, la croissance, l'éducation et même la manière dont les Etats génèrent des recettes fiscales, au regard des prévisions d'une mutation du partage de la valeur ajoutée en faveur du capital.
L'IA étant perçue comme en mesure d'automatiser de nombreuses tâches humaines, certains experts jugent qu'elle va provoquer un transfert des revenus du travail (les salaires) vers les détenteurs des technologies et des machines (le capital).
Le FMI estime que l'IA pourrait, à terme, entraîner une transformation, une dévalorisation ou la suppression de 40% des emplois, a déclaré Kristalina Georgieva. Une première étude a montré que 10% des emplois aux Etats-Unis exigeaient déjà des compétences en IA.
"C'est une technologie transformatrice. Elle modifie en profondeur notre façon de travailler et de vivre", a assuré Kristalina Georgieva, soulignant qu'un assistant IA lui transmettait désormais chaque jour un message de 30 secondes concernant son emploi du temps.
Les Etats-Unis, la Chine et l'Inde sont les principaux acteurs de la chaîne d'approvisionnement de l'IA, mais bon nombre des entreprises qui développent les infrastructures nécessaires sont situées en Asie, a-t-elle souligné, citant notamment la Thaïlande, le pays hôte cette année des réunions du FMI et de la BM.
L'IMPACT DE L'IA SUR L'EMPLOI
Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, qui a fait de l'emploi un axe central de sa présidence, a déclaré que la banque de développement s'attachait à tirer parti de la "petite IA", qui ne repose pas sur de grands modèles de langage.
Selon lui, celle-ci pourrait permettre de générer d'importants gains de productivité pour les agriculteurs, les systèmes de santé, les enseignants et d'autres acteurs des marchés émergents.
Le président de Singapour, Tharman Shanmugaratnam, qui s'exprimait également au cours de cet événement, a déclaré que les Etats devaient se soucier de l'impact de l'IA sur les jeunes diplômés à la recherche d'un premier emploi.
"Il y a un problème particulier auquel nous devons nous attaquer très rapidement (...) à savoir que le premier échelon de l'emploi, c'est-à-dire le premier emploi après l'obtention du diplôme, connaît aujourd'hui une baisse de la demande", a-t-il dit.
Il a également mis en garde contre le risque que l'IA n'entraîne une "nouvelle divergence" en matière de croissance et de création d'emplois entre les économies en développement et les économies avancées.
"L'IA va creuser ce fossé si nous restons trop passifs face à ce phénomène", a-t-il prévenu. "Nous devons donc tout mettre en œuvre pour, dans un premier temps, utiliser l'IA afin de créer des emplois de qualité, des emplois que les êtres humains peuvent exercer avec brio et qui leur permettent de gravir les échelons professionnels malgré l'IA."
(Reportage Andrea Shalal, David Lawder et Rae Wee; version française Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer