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Jusqu'à 5,7 milliards d'euros par an : un rapport chiffre le surcoût annuel de la dépollution de l'eau potable des micropolluants
information fournie par Boursorama avec Media Services 31/07/2026 à 19:11
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( AFP / FRANCK FIFE )

( AFP / FRANCK FIFE )

Le rapport a dressé quatre scénarios de dépollution chiffrant "les surcoûts par rapport à la situation actuelle" pour donner "des ordres de grandeur plausibles" en "identifiant les postes de coût majeurs".

Un surcoût conséquent. Selon un rapport rendu par une mission d'inspection interministérielle dont l'AFP a pris connaissance ce vendredi 31 juillet, la dépollution de l'eau potable des micropolluants (résidus de pesticides, polluants éternels) pourrait occasionner des frais supplémentaires annuels compris entre 1,3 et 5,7 milliards d'euros .

Quatre agences gouvernementales avaient été chargées en septembre 2025 de produire "des scénarios plausibles de déploiement de la dépollution et de proposer des solutions de financement associées" face aux polluants émergents. Leur caractère persistant et leur accumulation dans l'environnement "laissent craindre une hausse des non-conformités de l'eau potable dans les années à venir". Le rapport, élaboré à partir de travaux de l'IGEDD (Inspection générale de l'environnement et du développement durable), l'Igas (Inspection générale des affaires sociales), l'IGF (Inspection générale des finances) et le CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux), a été finalisé en mai 2026 et mis en ligne le 30 juillet, sans communication du gouvernement.

Un service public de l'eau potable notamment "fragilisé par un sous-investissement structurel"

"La détection dans l'eau potable de la présence diffuse de nouveaux types de micropolluants chimiques très persistants (métabolites de pesticides, PFAS) rend le respect des limites de qualité européennes de plus en plus difficile, en particulier dans certaines régions du Nord et de l'Est de la France", souligne ce rapport. Plusieurs communes dans la Meuse et les Ardennes ont dû mettre en oeuvre ces derniers mois des restrictions de consommation pour toute la population, dont certaines ont été touchées par des pollutions record de PFAS.

Les auteurs du rapport décrivent un service public de l'eau potable "fragilisé par un sous-investissement structurel et un modèle de financement insuffisamment couvert par le niveau du prix de l'eau, par l'application limitée du principe pollueur-payeur et par une solidarité territoriale restreinte". Pour y remédier, le rapport a dressé quatre scénarios de dépollution chiffrant "les surcoûts par rapport à la situation actuelle" pour donner "des ordres de grandeur plausibles (...) en identifiant les postes de coût majeurs".

"La préservation de la ressource est un écologique et sanitaire qui porte aussi un enjeu économique"

Le premier scénario, "socle minimal" permettant de "traiter les non-conformités actuelles", représente un surcoût de 1,3 milliard d'euros par an. Il n'inclut pas "le durcissement du cadre normatif applicable spécifiquement au TFA", le plus répandu des "polluants éternels", classé récemment comme "toxique pour la reproduction" par l'agence européenne des produits chimiques (ECHA). Le scénario 2, qui inclut des normes plus sévères pour le TFA, représenterait un surcoût global de près de 2,2 milliards d'euros. Les scénarios 3 et 4, qui étendent la dépollution au grand cycle de l'eau, aux sols et autres milieux, représenteraient des surcoûts respectivement de 3,2 et 5,7 milliards d'euros par an.

Fin 2024, une étude commandée par le Cercle français de l'eau, regroupement d'associations d'élus, de parlementaires et d'industriels, avait évalué à un peu plus de 23 milliards d'euros par an le budget consacré par la France à sa politique de l'eau. Ce rapport est publié dix jours après l'adoption de la loi d'urgence agricole qui prévoit une nouvelle hiérarchie des captages d'eau potable à protéger, présentée comme une grande avancée environnementale. Des collectivités et régies publiques d'eau se sont toutefois inquiétées du nombre de captages qui seront considérés comme "prioritaires", trop faible à leurs yeux, mais aussi d'un possible report de certains coûts de dépollution sur les collectivités. A cela s'ajoute la possibilité pour le gouvernement de suspendre, en cas de difficultés économiques pour les exploitations agricoles, la redevance pour pollutions diffuses, payées sous la forme d'une taxe sur les pesticides. Cette taxe, reversée aux agences de l'eau chargées de la protection de la ressource, est une des applications phare du principe pollueur-payeur.

Un principe que le rapport recommande de renforcer pour 1,2 milliard d'euros par an. Mais ces recettes potentielles, préviennent les auteurs du rapport, "seront néanmoins insuffisantes pour éviter le recours à terme à une hausse du prix moyen de l'eau, estimée, selon les scénarios et le niveau d'ambition retenus dans la stratégie de dépollution, de 3,5% à 59%", avec une "forte variabilité selon les territoires". "La préservation de la ressource est donc un impératif écologique et sanitaire qui porte aussi un enjeu économique : elle conditionne la capacité à contenir dans la durée l'augmentation des besoins de traitement et donc la hausse du coût de l'eau pour les usagers", conclut ce rapport.

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