(Actualisé avec communiqué de la police, déclaration de l'ambassade d'Iran)
par Toby Shepheard
La police britannique interrogeait lundi cinq hommes suspectés d'infractions à la législation relative aux explosifs et de projet terroriste au lendemain de leur interpellation près d'une base aérienne utilisée par les États-Unis pour mener des frappes contre l'Iran.
Les suspects sont tous des ressortissants britanniques originaires de Londres et âgés d'une vingtaine d'années, ont précisé dans un communiqué les autorités, ajoutant poursuivre leurs investigations pour déterminer le mobile du projet présumé.
La police a arrêté les suspects tôt dimanche matin après avoir été alertée par une agricultrice que trois grandes camionnettes blanches se dirigeaient vers la base aérienne de la Royal Air Force (RAF) de Fairford, dans l'ouest de l'Angleterre.
Cette base, que les Gardiens de la révolution iraniens ont désignée comme une cible légitime, abrite des bombardiers américains effectuant des missions contre l'Iran.
Dans un communiqué publié lundi, la police a indiqué que l'examen des lieux durant la nuit avait ouvert plusieurs nouvelles pistes d'enquête et que des enquêteurs antiterroristes interrogeaient les cinq hommes, âgés de 23 à 25 ans.
Selon une source proche de l'enquête, un mobile lié à la République islamique est considéré comme le plus probable, même si la piste d'une opération de sabotage russe ou d'un complot islamiste est également examinée.
L'ambassade d'Iran, dans un communiqué publié sur le réseau X, a évoqué des "spéculations infondées et malveillantes", ajoutant qu'elle "rejetait catégoriquement et condamnait fermement" toute tentative de relier l'Iran aux arrestations et que de telles spéculations ne feraient qu'"alimenter la propagande iranophobe" au Royaume-Uni.
Vicki Evans, coordinatrice nationale de la police antiterroriste, a déclaré être consciente des spéculations entourant le mobile et des questions géopolitiques soulevées par l'affaire, appelant toutefois à ce que la police dispose de "l'espace nécessaire pour travailler avec soin et clarté".
Donald Trump a déclaré dimanche que les suspects avaient tenté de causer "d'importants dégâts".
DES HOMMES "CAGOULÉS ET MASQUÉS" COURANT À TRAVERS CHAMPS
Le président américain a également assuré que les suspects avaient fait l'objet d'une enquête menée par les autorités britanniques et américaines, mais des médias britanniques ont mis en doute l'ampleur de cette surveillance compte tenu de leur proximité avec la base au moment de leur arrestation.
La source proche de l'enquête a précisé que celle-ci n'était pas le résultat d'un renseignement préalable, bien que les mesures de sécurité aient été renforcées autour de la base, ce qui suggère que les autorités étaient conscientes d'une menace accrue.
L'agricultrice, dont l'identité n'a pas été révélée, a indiqué à la BBC avoir alerté la police après avoir vu un groupe d'"hommes cagoulés et masqués" courir à travers champs, estimant que son appel au numéro d'urgence 999 avait à lui seul "fait échouer leurs plans".
Le ministre de la Défense, Wes Streeting, a déclaré à la BBC que l'agricultrice n'avait qu'une "vision partielle" de la situation, ajoutant qu'il ne spéculerait pas sur les motifs d'une enquête en cours.
Evoquant la menace iranienne qui pèse globalement sur le pays, il a toutefois déclaré : "Nous savons que l'Iran et ses relais veulent nous nuire. Nous savons qu'ils haïssent notre démocratie, et nous savons que nous devons régulièrement déjouer les tentatives iraniennes visant à menacer soit nos intérêts, soit nos alliés."
L'AMBASSADE US ÉMET UNE ALERTE DE SÉCURITÉ
La Grande-Bretagne a relevé en avril son niveau national de menace terroriste de "substantiel" à "grave", après une série d'incidents antisémites dans le nord de Londres, indiquant qu'une attaque terroriste dans les six prochains mois était considérée comme hautement probable.
La police a dit enquêter sur des connexions avec l'Iran dans de nombreux incidents au cours desquels des biens liés à la communauté juive ou à des dissidents iraniens ont été pris pour cible.
En mai, la Grande-Bretagne a sanctionné 12 personnes et entités liées à l'Iran, les accusant d'être impliquées dans des activités hostiles, notamment la planification d'attaques et la fourniture de services financiers à des groupes cherchant à déstabiliser le Royaume-Uni et d'autres pays.
L'Iran a nié à plusieurs reprises toute implication dans des attentats ou des complots au Royaume-Uni et ailleurs.
En réaction aux arrestations de Fairford, l'ambassade des États-Unis a publié une alerte de sécurité recommandant aux citoyens américains de "faire preuve de prudence" et d'être "attentifs à leur sécurité personnelle".
"Les installations, rassemblements et organisations liés aux États-Unis pourraient être exposés à un risque accru", selon cette alerte.
UN PÉRIMÈTRE DE SÉCURITÉ DE 400 MÈTRES
Le gouvernement britannique a autorisé les États-Unis à utiliser des bombardiers basés à Fairford pour frapper des sites de missiles iraniens qui attaquaient des navires dans le détroit d'Ormuz.
Londres a indiqué que le Premier ministre Andy Burnham était régulièrement tenu informé de l'incident et qu'il avait annulé sa participation à plusieurs événements prévus dimanche lors du congrès annuel du Parti travailliste.
Les Gardiens de la révolution iraniens avaient averti Londres en juillet de ne pas autoriser les bombardiers américains à décoller de Fairford, ajoutant que toute base utilisée pour lancer des attaques serait une cible légitime.
À Fairford, la police a mis en place un périmètre de sécurité de 400 mètres autour de la base et évacué les habitants de 85 logements.
Dimanche, on pouvait voir un robot de déminage en action autour des trois fourgons blancs, tandis que la sécurité était renforcée autour de la base. Des policiers armés montaient la garde à l'entrée principale, tandis que les autres points d'accès étaient bloqués.
La sécurité a également été renforcée dans d'autres bases en Grande-Bretagne.
Une image diffusée sur les réseaux sociaux semblait montrer certains des suspects, torse nu et les mains derrière le dos, après leur arrestation. Reuters n'a pas été en mesure d'identifier ni de vérifier de manière indépendante la source de cette photographie.
(Avec Sarah Young et Sam Tabahriti, rédigé par Kate Holton et Michael Holden, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)

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