Des employés municipaux dans une rue inondée à Alcacer do Sal, dans le sud du Portugal, le 5 février 2026 ( AFP / PATRICIA DE MELO MOREIRA )
Fortement perturbée par les tempêtes qui ont balayé le pays ces deux dernières semaines, la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle portugaise s'achève vendredi avec un socialiste modéré comme grand favori face au chef de file de l'extrême droite.
"Il s'agit d'une crise dévastatrice", a reconnu le Premier ministre Luis Montenegro en évoquant des intempéries ayant provoqué des dégâts estimés à plus de 4 milliards d'euros, mais il a également jugé que les difficultés d'organisation du scrutin étaient "surmontables".
Le candidat d'extrême droite André Ventura a défendu le report du vote au niveau national, mais l'autorité électorale a rappelé que la loi ne prévoyait que des reports localisés, d'une semaine, et que les résultats seraient tout de même annoncés dès dimanche soir.
"Si nous ne trouvons pas une solution pour reporter les élections, (...) nous nous rendons complètement inutiles en tant que responsables politiques", a tout de même insisté vendredi le député de 43 ans.
Le président sortant, le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, a répondu avoir expliqué à M. Ventura que les élections devaient se maintenir même en cas de déclaration de l’état d’urgence, comme cela avait été le cas lors de sa réélection il y a cinq ans, en pleine pandémie de Covid-21.
A ce stade, trois municipalités parmi les plus touchées par les intempéries des derniers jours ont annoncé le report du scrutin au dimanche suivant, a appris l'AFP auprès de la Commission nationale des élections (CNE).
- "Choqué" -
Combinaison d'images réalisée le 6 février 2026 du candidat socialiste Jose Antonio Seguro, le 18 janvier 2026 à Caldas da Rainha, à gauche et à droite du leader du parti d'extrême droite Andre Ventura à Lisbonne le 18 janvier 2026 ( AFP / PATRICIA DE MELO MOREIRA )
C'est notamment le cas d'Alcacer do Sal, à une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne, sévèrement touchée par la crue du fleuve Sado provoquée par les pluies déversées par la dépression Leonardo.
La semaine dernière, ce sont les vents violents de la tempête Kristin qui ont dévasté le centre du pays, faisant cinq morts et des dégâts très importants.
Et samedi, journée de réflexion avant le vote, une nouvelle dépression devrait à nouveau frapper le pays.
Dans ce contexte, les candidats à la présidentielle ont chamboulé leur programme et multiplié les déplacements dans les zones sinistrées.
André Ventura, qui veut endosser le rôle de chef de l'opposition au gouvernement minoritaire de droite, en a profité pour accentuer ses critiques envers l'exécutif de M. Montenegro et sa gestion des intempéries.
Jusqu'ici beaucoup plus conciliant, Antonio José Seguro a également durci le ton, en se disant "choqué" par le manque d'efficacité des services de secours et la difficulté de l'Etat à rétablir la normalité dans les zones affectées.
Un sondage publié mercredi par le quotidien de référence Publico créditait M. Seguro de 67% des intentions de vote, contre 33% pour M. Ventura.
- "Démobilisation" -
Le socialiste de 63 ans a remporté le premier tour il y a trois semaines avec 31,1% des suffrages, et obtenu depuis le soutien de nombreuses personnalités politiques issues de l'extrême gauche, du centre et de la droite traditionnelle, mais pas du Premier ministre.
M. Montenegro, qui s'appuie au Parlement tantôt sur les socialistes, tantôt sur l'extrême droite, a refusé de donner une consigne de vote pour le second tour après l'élimination du candidat soutenu par son parti.
M. Ventura a lui déjà franchi un nouveau palier en se qualifiant pour le second tour avec 23,5% des voix, confirmant la progression de son parti Chega ("Assez"), devenu la première force d'opposition à l'issue des législatives de mai 2025.
Si la victoire de M. Seguro semble acquise, les regards se porteront sur l'ampleur du score de M. Ventura, pour comprendre si cette élection marque une "consolidation" de sa base de soutien, ou s'il arrive au contraire à "conquérir un nouveau public", explique à l'AFP Joao Cancela, professeur de sciences politiques à l'Université Nova de Lisbonne.
Mais, là aussi, les intempéries ont changé la donne car elles risquent vraisemblablement de provoquer une "démobilisation" des électeurs encore plus importante que celle déjà attendue en raison de la prévisible victoire du candidat socialiste, note ce politologue.
Il est cependant plus difficile de prévoir si ce contexte peut favoriser M. Ventura, qui prône une "refondation du système" politique, ou plutôt un candidat comme M. Seguro, "plus attaché à l'ordre institutionnel en vigueur", précise M. Cancela.

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