Les candidats à l'élection présidentielle française de 2027 participent à un débat à la REF, à Paris
par Michel Rose
Une certaine fébrilité s'est emparée des candidats de la droite et du centre en France où la multiplication des candidatures à l'élection présidentielle réduit les chances d'accéder au second tour, nourrissant la perspective d'un duel final entre la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, et celui de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
A moins de six mois du scrutin, les sondages d'opinion donnent un avantage à la dirigeante d'extrême droite, quasiment assurée de se qualifier pour le second tour le 2 mai tandis que, loin derrière, Jean-Luc Mélenchon garde une longueur d'avance sur les autres prétendants.
Jusqu'à un passé récent, l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron et figure de centre-droit Edouard Philippe incarnait un espoir pour le centre.
Mais une campagne sans éclat, la lassitude du pays après une décennie de "macronie", un contexte social et sécuritaire explosif et l'absence d'unité dans son camp contribuent à faire pâlir son étoile, estiment analystes et proches d'Emmanuel Macron.
"C'est panique à bord parce qu'il n'y a pas de scénario prévu pour ça. Ils n'avaient pas prévu le cataclysme en cours", a dit à Reuters Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste en communication politique à Sciences Po.
Edouard Philippe a été critiqué pour une série de maladresses, notamment lorsqu'il a suggéré dans un podcast qu'un président nouvellement élu devrait avoir trois mois pour se reposer avant d'entrer en fonction, des propos qui ont renforcé l'impression d'une distance avec les électeurs dans un contexte de tensions politiques croissantes.
"Ce qui est terrible c'est qu'il n'imprime pas", juge Philippe Moreau-Chevrolet. "Ils n'ont pas compris qu'il fallait faire campagne. Il y a une forme de dilettantisme."
Ce contexte a exacerbé les tensions entre Edouard Philippe et l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, qui se livrent à une guerre d'influence pour savoir qui devrait se retirer au profit de l'autre pour préserver les chances de la famille centriste.
Edouard Philippe est à 15% dans un récent sondage Ifop-Fiducial pour Le Figaro, soit une baisse de six points depuis septembre. Un score inférieur aux 16,5% de Jean-Luc Mélenchon, ainsi qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen.
Gabriel Attal recueille 13% des intentions de vote, derrière le chef de file de La France insoumise et le candidat social-démocrate Raphaël Glucksmann.
Pressé par des parlementaires de son camp d'abandonner son ambition présidentielle et de se ranger derrière Edouard Philippe, Gabriel Attal a irrité cette semaine une partie de sa famille politique en relançant l'idée d'une primaire élargie, au risque d'attiser les divisions à un moment où les candidats modérés ne peuvent guère se le permettre.
Atout de taille, toutefois, pour Gabriel Attal : chef du parti Renaissance, il contrôle les cordons de la bourse de l'appareil du parti.
LE CENTRE PEUT-IL TENIR BON ?
"C'est catastrophique", déplore l'ancien député "macroniste" Jean-Baptiste Moreau. "Ils se tapent dessus dans les médias et ils dégringolent dans les sondages. On va tout droit vers RN et LFI au deuxième tour. Dans l'état actuel de l'opinion, je ne vois pas comment on l'évite."
La fragmentation va bien au-delà de la querelle Philippe-Attal.
Au centre-gauche, Raphaël Glucksmann a gagné du terrain après sa large victoire, dès le premier tour, à la primaire sociale-démocrate.
À droite, l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau et David Lisnard, ambitieux maire libéral de Cannes, captent une partie de l'électorat conservateur.
Une situation qui laisse le champ libre aux extrêmes pour prospérer.
Les partisans d'Edouard Philippe insistent sur le caractère prématuré d'une défaite annoncée.
Laurent Marcangeli, figure du parti Horizons dirigé par le maire de Havre, se dit conscient du trou d'air dans les sondages mais juge que l'ex-Premier ministre reste le seul candidat centriste à avoir une chance d'être finaliste au printemps.
"Il reste encore dans la course pour le deuxième tour et empêcher le duel Mélenchon-Le Pen. Ce n'est pas le cas de Gabriel. Tout le monde le voit", a-t-il dit à Reuters.
Certains élus centristes vont jusqu'à douter des chances d'un ancien allié du président, quel qu'il soit, alors que le chef de l'Etat achève son second mandat avec une popularité historiquement basse.
"Les deux s'écroulent", constate la députée MoDem Perrine Goulet. "Aujourd'hui, force est de constater que les candidats qui sont passés par un gouvernement d'Emmanuel Macron sont en difficulté. Cela doit nous interroger."
Alors que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon consolident leur position à chaque extrémité de l'échiquier politique, une primaire ouverte permettrait selon elle de rassembler les forces modérées.
"Nous demandons à chacun de mettre son ego de côté et de trouver le meilleur candidat", dit Perrine Goulet.
"Si on garde Glucksmann d'un côté, Retailleau de l'autre, Édouard Philippe, Gabriel Attal, nous nous retrouverons avec un second tour LFI-RN. Et ça, nous n'en voulons pas."
(Reportage Michel Rose, avec Elizabeth Pineau)

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