(Actualisé avec détails, analyste)
Les dirigeants du Tigré, dans le nord de l'Ethiopie, ont déclaré mercredi être entrés dans une nouvelle guerre contre le gouvernement fédéral, mettant fin à un accord de paix vieux de quatre ans.
Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le parti qui dirige l'État régional du Tigré, et le gouvernement éthiopien s'étaient affrontés entre 2020 et 2022 dans une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts.
L'annonce de la reprise des combats fait suite à des mois d’animosité entre les deux camps, qui a culminé dimanche lorsque le TPLF et six autres groupes armés ont annoncé une alliance avec l'objectif de renverser le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed.
"À la suite de l’intensification de l’invasion menée par divers moyens par le régime autocratique et génocidaire 'Prosperity' (nom du parti au pouvoir à Addis-Abeba, NDLR) d’Abiy Ahmed contre le peuple du Tigré ... les forces du Tigré
ont reçu l’ordre de riposter à l’attaque et sont désormais engagées dans une guerre défensive", a déclaré l’administration régionale dirigée par le TPLF dans un communiqué.
Getachew Reda, conseiller d’Abiy Ahmed et ancien responsable du TPLF, a écrit sur X que le groupe avait pris le contrôle des aéroports fédéraux du Tigré et lancé une "offensive totale" contre les positions gouvernementales dans les régions voisines d’Afar et d’Amhara.
"Les dirigeants politico-militaires du TPLF ont manifestement poussé l'irresponsabilité à son paroxysme, a-t-il déclaré.
Quatre sources, dont un haut responsable du gouvernement éthiopien, une source diplomatique, une source humanitaire et une autre source liée au TPLF et à une milice alliée, ont confirmé ces développements dans le Tigré, l’Afar et l’Amhara.
Elles ont indiqué que dans l’Afar, les forces tigréennes combattaient aux côtés d’un groupe armé local, et que dans l’Amhara, elles combattaient aux côtés de la milice Fano.
Les Fano s'étaient rangés du côté du gouvernement fédéral pendant la guerre du Tigré de 2020-2022, mais se sont soulevés contre lui en 2023.
De nombreux groupes accusent le gouvernement fédéral de marginaliser les régions du pays.
Les porte-parole d’Abiy Ahmed, du gouvernement fédéral et du TPLF n’ont pas répondu dans l'immédiat aux demandes de commentaires.
Le Tigré porte encore les stigmates de la guerre de 2020-2022, qui a plongé des centaines de milliers de personnes dans une situation de famine. Selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, environ 750.000 Tigréens étaient toujours déplacés à l'intérieur du pays en février.
ARMES LOURDES DÉPLOYÉES PAR LES FORCES FÉDÉRALES
Dans un communiqué publié mercredi, le gouvernement régional d’Afar a accusé le TPLF d’avoir lancé une invasion et a déclaré que ses forces se défendraient en coordination avec leurs alliés.
Dans la région d'Amhara, des armes lourdes étaient employées par les forces fédérales depuis un camp situé dans la ville de Lalibela, ont déclaré deux habitants à Reuters.
Les tirs visaient les forces des Fano, situées à environ 50 km de la ville, ont précisé ces habitants.
L’ampleur et l’intensité des combats n’étaient pas clairement établies. Jawar Mohammed, analyste politique et ancien proche allié d’Abiy Ahmed, a déclaré que le gouvernement fédéral limitait son intervention afin de tenter de prouver à la communauté internationale que le TPLF était l’instigateur des événements.
"Le gouvernement fédéral se trouve dans une position tactique plus forte qu'en 2020 grâce à ses importants stocks de drones et aux divisions au sein du TPLF", a observé Edward Bach, analyste senior pour l'Afrique au sein de la société de veille sur les risques Verisk Maplecroft.
La guerre de 2020-2022 est le résultat d'une rupture des relations entre le TPLF, qui a dominé la scène politique éthiopienne pendant près de trois décennies, et Abiy Ahmed, dont la nomination au poste de Premier ministre en 2018 a mis fin à cette domination.
Le TPLF et le gouvernement ont signé un accord à Pretoria en novembre 2022 pour mettre fin au conflit, mais chaque camp accuse l'autre de violer cet accord de paix.
En mai, le TPLF a réaffirmé son contrôle sur l'administration politique de la région. Le gouvernement fédéral a accusé le TPLF de violer l’accord de 2022 et de chercher à semer le chaos.
L'armée éthiopienne a mené plusieurs frappes de drones contre les forces tigréennes ces derniers mois, selon les données de l'ONG "Armed Conflict Location & Event Data Project".
La porte-parole d'Abiy Ahmed, Billene Seyoum, a déclaré lundi à Reuters que les membres de l'alliance rebelles dont la formation a été annoncée dimanche collaboraient depuis un certain temps déjà, avec le soutien financier de l'Érythrée, voisin et adversaire de l’Éthiopie, qui avait pourtant soutenu le gouvernement fédéral lors de la guerre de 2020-2022.
L'Érythrée a nié à plusieurs reprises les accusations selon lesquelles elle soutiendrait des groupes armés éthiopiens.
La compagnie aérienne nationale Ethiopian Airlines a annoncé mercredi la suspension de tous ses vols vers le Tigré - à destination de la capitale de la région, Mekele, mais aussi des villes de Shire et d'Axoum - "en raison de la situation actuelle", sans donner plus de détails.
(Vincent Mumo Nzilani, Aaron Ross, Giulia Paravicini et Ammu Kannampilly ; version française Etienne Breban ; édité par Benoit Van Overstraeten et Augustin Turpin)

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