Donald Trump a réitéré mercredi sa volonté d'imposer un embargo commercial à l'Espagne, ordonnant au secrétaire au Trésor Scott Bessent de "mettre fin à tout commerce (...), y compris aux visites" avec le pays, sur fond de tensions au sujet des dépenses de défense de Madrid.
Voici les moyens dont dispose le président américain pour suspendre des relations commerciales avec l'Espagne et les interrogations suscitées par ses déclarations.
TRUMP PEUT INVOQUER UNE URGENCE NATIONALE... EN THÉORIE
En vertu de l'"International Emergency Economic Powers Act" (IEEPA), qui autorise le président américain à réglementer le commerce dans une situation d'urgence nationale, Donald Trump dispose de larges pouvoirs pour restreindre ou bloquer les relations économiques impliquant des pays étrangers.
Une telle mesure n'est toutefois possible que si le président peut prouver que le pays en question représente une "menace inhabituelle ou extraordinaire" pour la sécurité, la politique étrangère ou l'économie des États-Unis et déclarer cette situation comme une urgence nationale.
Selon Peter Shane, professeur de droit américain à l'université de New York, il est "difficile d'imaginer" comment le différend entre les États-Unis et l'Espagne concernant les dépenses de défense pourrait répondre à ces critères.
Les règles de l'Union européenne exigent par ailleurs que les négociations commerciales soient menées avec le bloc plutôt qu'avec chaque État membre.
L'IEEPA a déjà été invoquée à l'encontre de l'Iran en 1979, de la Syrie en 2004, de l'Irak en 1990 et du Soudan en 1997.
Les États-Unis ont également imposé par le passé des embargos à des pays tels que Cuba et la Corée du Nord en vertu du "Trading with the Enemy Act", mais son application est limitée aux périodes de guerre déclarée.
D'AUTRES OPTIONS QU'UN EMBARGO TOTAL
Le président américain dispose d'autres mécanismes pour imposer des droits de douane ou d'autres mesures commerciales de rétorsion.
L'article 232 du "Trade Expansion Act" de 1962 lui permet d'imposer des droits de douane sur les importations ou de fixer des quotas pour des produits ou secteurs spécifiques si le département du Commerce estime que ceux-ci constituent une menace pour la sécurité nationale.
En vertu de l'article 301 du "Trade Act" de 1974, le président peut aussi décider de sanctions commerciales à l'encontre d'un pays étranger si les actions de celui-ci sont jugées discriminatoires, déloyales et préjudiciables au commerce américain.
Des règles antidumping peuvent aussi s'appliquer. Au cours du premier mandat de Donald Trump, à la demande des producteurs d'olives californiens, un droit de 30% a été imposé sur les olives noires espagnoles en vertu du "Tariff Act" de 1930, une enquête distincte du département du Commerce ayant conclu que celles-ci bénéficiaient de subventions déloyales.
L'Organisation mondiale du commerce a par la suite ordonné un assouplissement partiel de ces mesures, mais la part de marché des olives noires espagnoles aux États-Unis a néanmoins chuté, passant de 49% en 2017 à 19% en 2024.
TRUMP N'EN EST PAS À SES PREMIÈRES MENACES CONTRE MADRID
Donald Trump a déclaré en octobre 2025 qu'il "pourrait" sanctionner l'Espagne par des droits de douane après le refus de Madrid, lors d'un sommet de l'Otan à La Haye quatre mois plus tôt, de s'engager à porter ses dépenses de défense à 5% de son PIB.
En mars dernier, il est allé plus loin en ordonnant à Scott Bessent et au représentant au commerce Jamieson Greer d'ouvrir des enquêtes en vue d'imposer un embargo sur tous les produits en provenance d'Espagne.
À ce jour, aucune enquête de ce type n'a été publiée au registre officiel du gouvernement fédéral américain.
QUELLE EST L'IMPORTANCE DES ÉCHANGES USA-ESPAGNE ?
Les États-Unis affichent un excédent commercial avec l'Espagne. Selon les statistiques américaines, ils ont exporté pour 26,6 milliards de dollars de marchandises vers le pays et en ont importé pour 21,35 milliards en 2025.
Selon les données d'Eurostat citées par la Chambre de commerce américaine en Espagne, les entreprises espagnoles ont investi 97,2 milliards d'euros aux États-Unis, ce qui en fait leur première destination d'investissement à l'échelle mondiale.
Les États-Unis sont quant à eux le premier investisseur étranger en Espagne, avec plus de 116 milliards d'euros d'investissements productifs qui emploient environ 200.000 personnes dans tout le pays.
QUELLE EST LA CONTRIBUTION DE L'ESPAGNE À L'OTAN ?
Selon les dernières estimations de l'Otan, les dépenses de défense de base de l'Espagne devraient atteindre 35,41 milliards d'euros en 2026, soit 2% de son PIB, contre 11,17 milliards lorsque le Premier ministre Pedro Sanchez est entré en fonction, en 2018.
Selon des responsables du gouvernement espagnol, qui s'appuient sur les données de l'Otan, le pays a été le septième contributeur aux dépenses de défense de l'alliance en valeur absolue en 2025.
Près de 3.000 militaires espagnols sont actuellement déployés dans le cadre d'opérations de l'Otan à l'étranger, ce qui fait du pays le troisième pourvoyeur de troupes de l'organisation pour des missions de paix et de sécurité hors de ses frontières.
L'Espagne a déployé plus de 125.000 soldats dans plus de 22 missions, dont plus de 100 ont été tués au cours d'opérations de l'Otan, selon les chiffres du gouvernement espagnol.
Madrid a en outre mobilisé un total de 3,8 milliards d'euros pour soutenir l'Ukraine depuis 2022.
(Reportage Victoria Waldersee, David Latona et Emma Pinedo ; rédigé par Victoria Waldersee, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)

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