Marine Le Pen (c), cheffe du groupe parlementaire Rassemblement national (RN) et candidate à la présidentielle de 2027, et Jordan Bardella, président du RN, entourés de journalistes à leur arrivée à La Flèche pour un rassemblement de campagne, le 8 juillet 2026 dans la Sarthe ( AFP / FRED TANNEAU )
Marine Le Pen, qui a joué son va-tout en décidant d'être candidate malgré sa condamnation en appel, a lancé mercredi sa campagne avec un premier déplacement houleux dans la Sarthe, clamant son "innocence" face aux critiques de ses adversaires.
La cheffe de file du Rassemblement national est arrivée dans la matinée sur un marché de La Flèche, mairie remportée en mars par le RN. Elle est accompagnée de Jordan Bardella, qui devait la remplacer en cas d'empêchement et sera son Premier ministre si elle remporte l'élection présidentielle de 2027.
"Je me réjouis que Marine puisse porter nos couleurs", a-t-il lancé à la presse, assurant n'éprouver aucune "déception".
"Nous entrons tous les deux pour cette campagne présidentielle", a quant à elle déclaré la désormais quadruple candidate, tout sourire. "La cour d'appel m'a rendu mon éligibilité", s'est-elle réjouie, réaffirmant qu'elle est "innocente" des faits qui lui sont reprochés.
Plusieurs dizaines de manifestants venus l'accueillir, dont certains agitant des drapeaux La France insoumise, ont exprimé un avis divergent. "Pas de délinquants au gouvernement", ont-ils clamé, portant des pancartes "Le Pen condamnée" et "mains sales, tête basse".
Ses soutiens, eux, ont tenté de se faire entendre en l'applaudissant et en criant "Marine présidente!".
Mais les manifestants semblent avoir réussi à chambouler le programme en contraignant Marine Le Pen et Jordan Bardella à écourter la déambulation prévue sur le marché.
"La montre"
Mardi, Marine Le Pen a bouleversé le cours de la campagne en annonçant sa candidature à l'Elysée, quelques heures après l'arrêt de la cour d'appel confirmant sa condamnation dans l'affaire des assistants parlementaires européens.
Des personnes manifestent contre Marine Le Pen, avant sa visite accompagnée du président du RN, Jordan Bardella, à La Flèche, le 8 juillet 2026 dans la Sarthe, au lendemain de l'annonce de sa candidature à la présidentielle de 2027 et de sa condamnation en appel dans l'affaire des assistants parlementaires européens ( AFP / FRED TANNEAU )
La réduction de son inéligibilité à 45 mois, dont 30 avec sursis, lui permet de se porter candidate. Elle a aussi été condamnée à trois ans d'emprisonnement, dont un an sous bracelet électronique, mais a assuré qu'elle mènerait campagne "sans" en se pourvoyant en cassation, car cet ultime recours suspend l'exécution de sa peine.
Son choix risqué a déclenché d'intenses et complexes débats juridiques. Et repose sur une stratégie consistant à gagner du temps, en misant sur les importants délais des procédures judiciaires.
"Je ne joue pas la montre, je suis une citoyenne qui use de ses droits", a-t-elle clamé mercredi.
Reste que ses lieutenants ont invité la justice à prendre son temps.
Louis Aliot, maire RN de Perpignan qui va lui aussi se pourvoir en cassation, a estimé sur BFMTV/RMC qu'"il n'y a plus urgence" à ce que cette cour se prononce étant donné que Marine Le Pen peut être candidate.
Marine Le Pen (c), cheffe du groupe parlementaire Rassemblement national (RN) et candidate à la présidentielle de 2027, salue ses sympathisants après une réunion de campagne à l'hôtel de ville de La Flèche, le 8 juillet 2026 dans la Sarthe ( AFP / FRED TANNEAU )
La Cour de cassation, qui met généralement un an pour se prononcer, avait indiqué en janvier qu'elle tenterait de trancher autour de la fin d'année en raison de l'imminence de la présidentielle, dont le premier tour est prévu le 18 avril 2027.
Tiendra-t-elle ce calendrier? Si la cour rejette d'ici là le pourvoi de la candidate, celle-ci pourrait encore être contrainte de faire campagne avec un bracelet électronique.
"Prendre en otage"
En se lançant malgré sa condamnation, Marine Le Pen, qui avait réclamé par le passé une inéligibilité "à vie" des politiques condamnés pour de tels faits, s'expose aux critiques.
Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (g), quitte la cour d'appel de Paris le 7 juillet 2026, après le prononcé de l'arrêt en appel pour détournement de fonds publics européens dans l'affaire des emplois présumés fictifs au Parlement européen ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Gabriel Attal, candidat de Renaissance, l'a accusée de faire "pression sur la Cour de cassation" pour qu'elle ne rende pas sa décision avant la présidentielle et de "prendre en otage" la campagne, la comparant à Donald Trump.
"On ne doit pas être candidat à la présidence de la République quand on est condamné pour détournement de fonds publics", a abondé Raphaël Glucksmann, eurodéputé Place publique et probable candidat.
Difficile de prévoir, pour l'heure, la réception que lui feront les électeurs.
Ses sympathisants pourraient apprécier sa "détermination", a affirmé à l'AFP le sondeur Brice Teinturier (Ipsos-BVA), mais "les affaires abîment toujours".
La cour d'appel a déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d'une "organisation" pour salarier au titre d'assistants parlementaires d'eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti, avec un préjudice du Parlement européen estimé à 2,8 millions d'euros entre 2004 et 2016.

8 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer