Les Européens doivent se doter d'"une vraie force de frappe, une vraie capacité qui soit crédible à l'échelle mondiale", selon le ministère de la Défense français.
( AFP / LUDOVIC MARIN )
Menaces, capacités, régulation, interopérabilité... Une trentaine de pays européens ont envoyé des responsables de la défense à Paris mardi et mercredi pour définir les moyens de préserver ensemble leurs intérêts de sécurité dans l'espace, devenu un théâtre de conflictualité.
Ce premier forum européen du spatial de défense, ouvert par la ministre française Catherine Vautrin en marge du sommet spatial international, a notamment rassemblé les commandants de l'espace et directeurs politiques des ministères de la défense des pays de l'UE, d'Ukraine, du Royaume-Uni, de Norvège et de Suisse "pour échanger sur les enjeux centraux du spatial de défense avec la forte volonté d'avancer ensemble", affirme le ministère français des Armées dans un communiqué. Il s'agissait "d'identifier des points d'intérêt communs entre les nations européennes pour accélérer leur montée en puissance et en responsabilité dans le domaine spatial", explique-t-il.
Il n'y avait jusqu'alors pas de format propre aux Européens "dans lequel on discute de l'évolution des menaces, de l'évolution des capacités et de l'interopérabilité entre nos capacités", fait-on valoir au sein du ministère. "On a besoin de faire de l'interopérabilité entre Européens pour avoir une vraie force de frappe, une vraie capacité qui soit crédible à l'échelle mondiale . Et donc, le but de ce forum, c'était de mettre tous les Space Commanders (commandants de l'espace, ndlr) et tous les directeurs de politique de défense autour de la table pour commencer à parler de ça".
"L'Europe est la réponse"
Encombrement de l'orbite basse par des milliers de satellites , absence de régulation internationale sur les comportements dans l'espace, rôle primordial des satellites pour les communications et capacités d'observation des forces armées : l'espace doit faire l'objet d'un "effort collectif" des Européens, a plaidé mercredi le français Guillaume Ollagnier, directeur général des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées, lors d'une table ronde après avoir participé à ce forum. "Il s'agit d'une question sur laquelle nous devons coopérer et renforcer les coopérations et les partenariats avec un certain nombre de partenaires proches, car ce n'est pas quelque chose que nous pouvons gérer seuls", a-t-il plaidé.
Pour son homologue allemand Martin Schäfer, "l'Europe est la réponse" : "Nous partageons la même évaluation de la menace, nous avons une vision commune de ce qui doit être fait, et nous travaillons ensemble guidés par des objectifs communs."
La guerre spatiale et les armements orbitaux sont déjà une réalité , a rappelé mardi Les Échos , qui évoque les missiles antisatellites russes, les avions de combat Mig modifiés, les satellites "kamikazes", les satellites équipés de lasers ou de produits corrosifs...
La Russie a déjà placé plusieurs de ces équipements en orbite, selon l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, Robert Wood.
"Warfighting domain"
Le quotidien économique a également évoqué les tentatives d'intimidations russes et chinoises à l'aide de satellites manœuvrés en orbite.
"Nous avons le soupçon de développements militaires d'une arme nucléaire en orbite et cela nous inquiète beaucoup", a indique le commandant de l'espace (CDE) français, cité par Les Échos .
Le CDE français s'est également inquiété du changement de doctrine américain, officialisé au printemps dans deux documents du CDE américain : "Ils font la part belle à l'offensive désinhibée, l'espace est un 'warfighting domain', le cadre international passe en priorité numéro 12. Ça devient plus guerrier avec une logique America First", a expliqué aux Échos le CDE français.
"Nous défendons l'usage responsable de l'espace pour en garantir un usage pacifiste, même si les Américains commencent à le remettre en cause", a-t-il assuré.
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