L'Assemblée nationale le 26 avril 2025 ( AFP / ALAIN JOCARD )
A 10 mois de l'élection présidentielle, la campagne n'est pas encore officiellement ouverte. Mais à l'Assemblée nationale, elle a déjà commencé pour La France insoumise et le Rassemblement national, qui se servent de l'hémicycle comme tribune et du Palais Bourbon comme terrain de jeu.
Mardi, lors du point de presse du groupe LFI, le député François Piquemal a brandi un maillot de football floqué d'un "Mélenchon 27", clin d’œil au scrutin à venir.
Une scène dénoncée par l'élu RN Matthias Renault qui a écrit jeudi à la présidente Yaël Braun-Pivet pour demander "un rappel ferme" de "l'interdiction d'utiliser les locaux, moyens et facilités de l'Assemblée nationale à des fins de promotion électorale".
Dans l'hémicycle, le Rassemblement national n'est pas en reste. Depuis la dissolution et la recomposition de l'Assemblée nationale, les députés d'extrême droite ponctuent fréquemment leurs interventions d'un "Quand Marine Le Pen et Jordan Bardella arriveront au pouvoir".
Côté Insoumis, la déclaration de Jean-Luc Mélenchon le 3 mai a servi de déclencheur. Depuis, chacune ou presque de leurs prises de parole se terminent par un "tenez bon", "l'année prochaine nous prendrons le pouvoir".
Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale le 11 juin 2026 ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
Ces dernières semaines, la campagne a franchi un cap. Les axes programmatiques s'invitent désormais au micro.
Députés LFI et RN semblent parfois davantage lire des professions de foi que défendre des amendements. Un texte sur la prévention des attentats et les propositions sur la sécurité sont déroulées. Le lendemain, celles sur le logement.
"Nous, on est déjà partis, quand les autres se demandent encore: + Avec quel candidat ? Quelles forces ? Et sur quel projet ?+", raille le ténor LFI Eric Coquerel.
En coulisses
Entre ces deux pôles, les autres formations politiques apparaissent en retrait. La bataille se joue encore en coulisses. A gauche comme à droite, de nombreux élus n'ont pas arrêté leur choix, face à la multitude de prétendants.
Si l'eurodéputé Raphaël Glucksmann fait parler de lui dans les médias, son nom n'est quasiment jamais prononcé dans l'hémicycle. Ses soutiens députés se comptent sur les doigts d'une main, mais ils s'activent pour convaincre camarades socialistes et centristes.
Les candidats-députés François Ruffin, Clémentine Autain ou Jérôme Guedj sont discrets. Tout comme l'ancien président de la République devenu député, François Hollande, qui "se prépare".
La présidente des députés RN, Marine Le Pen, le 23 juin 2026 ( AFP / Alain JOCARD )
Du côté du centre et de la droite, difficile de marteler au micro "quand nous serons au pouvoir", pour des groupes qui soutiennent déjà l'exécutif.
Les tentatives de Gabriel Attal pour s'imposer en candidat défenseur du travail avec un texte sur le 1er-Mai, n'ont pas rencontré l'écho espéré. Bien que chef du groupe macroniste, il ne peut compter sur l'ensemble de ses députés, certains, à l'image d'Élisabeth Borne, ne cachant même pas leur hostilité à sa candidature. Réseaux sociaux, dédicaces de son livre, déplacements et meetings apparaissent pour l’heure plus efficaces.
Edouard Philippe a de longue date, décidé de déployer sa campagne hors de l'Assemblée : premier à se déclarer, dès 2024, il a fait le choix de ne pas briguer un mandat législatif.
Quant à Bruno Retailleau, candidat des Républicains, il dispose de peu de relais à l'Assemblée nationale, y compris parmi les députés LR et leur chef Laurent Wauquiez, mais peut s'appuyer sur le Sénat, où il siège et où il a longtemps dirigé le groupe.
Pour l'heure, nul "débauchage actif" des députés, assurent les entourages, qui observent une forme de pacte de non-agression, au moins jusqu'à la rentrée.
Mais à mesure que l'échéance approche, et si le nombre de prétendants ne se réduit pas dans ces espaces politiques, les débats budgétaires pourraient transformer l'hémicycle en véritable arène de campagne, croit un responsable de groupe.
D'ores et déjà la campagne peut peser sur les prises de position des uns et des autres.
"La période électorale, ce n'est pas celle des nuances", dit un député RN concédant que le souhait de son parti d'apparaître "pro-business et pro-technologie" a pu jouer sur certains votes. A l'inverse, un député de droite parie sur le fait que les Insoumis "devraient s'assagir", comme lors de la campagne de 2022, "pour laisser Mélenchon faire campagne et ne pas effrayer".

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