Contre les traînées de condensation qui strient le ciel de blanc et qui réchauffent l'atmosphère, l'aviation peut mieux faire ( AFP / Paul ELLIS )
Contre les traînées de condensation qui strient le ciel de blanc et qui réchauffent l'atmosphère, l'aviation peut beaucoup mieux faire, et commence seulement à se préoccuper des solutions.
Le constat est fait à la fois par des scientifiques, des militants de l'environnement et des entreprises qui conseillent les compagnies aériennes dans ce domaine.
Il était au cœur d'un colloque organisé lundi à Paris par la députée écologiste française Christine Arrighi. "C'est un sujet qui était méconnu, mais qui commence à être mis en lumière", remarquait-elle devant la presse.
Les traînées de condensation se forment lorsque la vapeur d'eau contenue dans les gaz d'échappement des avions se condense et gèle dans un air froid et humide, autour des particules, principalement de suie, qu'émettent les moteurs.
En empêchant les rayonnements terrestres de s'échapper vers l'espace, ces traînées contribuent au réchauffement de l'atmosphère.
Les connaissances sur le phénomène avancent. En revanche, les pratiques n'évoluent que très lentement, au moment même où le trafic aérien et les températures ne cessent de battre des records dans le monde.
3% des vols
La bonne nouvelle: "Ce sont seulement 3% des vols à l'échelle mondiale qui produisent 80% du réchauffement lié aux traînées de condensation", expliquait un spécialiste de l'aérien pour le cercle de réflexion Transport & Environment, Jérôme du Boucher.
La mauvaise: le réchauffement provoqué par ces traînées "est du même ordre de grandeur que l'impact climatique des émissions de CO2", ajoutait-il. Les compagnies aériennes et l'industrie aéronautique le reconnaissent, mais après avoir longtemps prétexté le manque de certitudes sur le sujet, elles ne sont pas pressées d'agir.
Le réchauffement provoqué par ces traînées "est du même ordre de grandeur que l'impact climatique des émissions de CO2" ( AFP / Farooq NAEEM )
Air France, venu lors du colloque présenter ses initiatives sur le sujet, fait partie des pionniers. La compagnie s'est concentrée sur 4.300 vols transatlantiques en février, mars et avril, afin d'identifier lesquels pourraient changer de trajectoire.
Avec l'aide de deux jeunes entreprises françaises, Estuaire et Klima, cela a abouti à modifier 130 plans de vol, soit 3% d'entre eux, sans générer de retard à l'atterrissage. "Les résultats obtenus sont encourageants", a commenté dans un communiqué le directeur développement durable de la compagnie, Vincent Etchebehere.
Le test était mené dans le cadre d'un projet de l'Union européenne baptisé Ciconia, auquel participent également Airbus et Boeing et les compagnies EasyJet et Swiss.
Leur concurrente hongkongaise Cathay Pacific s'est associée de son côté à Google, qui vante une application de son intelligence artificielle Gemini. Le programme est centré sur l'Asie-Pacifique, après ceux du géant des technologies aux États-Unis et dans l'Atlantique.
"Nous avons lancé un essai en conditions réelles avec plus de 100 vols visés, sur l'ensemble du réseau de Cathay Pacific. Plus de 80 ont suivi une trajectoire pour éviter les traînées de condensation", écrivait Google début septembre.
Capteurs d'humidité
Le potentiel est le plus élevé dans les zones les plus humides et froides, donc typiquement avec des vols de nuit, en hiver, à des latitudes élevées. Dans certains cas, le taux d'humidité peut grimper à 130 voire 140%. Il s'agit alors d'éviter l'endroit, soit en le contournant, soit en augmentant ou en abaissant l'altitude de l'avion.
Cela exige l'analyse de données météorologiques fines. Transport & Environment propose de les compléter par une innovation très simple: équiper les avions de ligne de capteurs d'humidité.
Quant à la Commission européenne, elle propose que les compagnies aériennes qui évitent les traînées de condensation obtiennent des quotas dans son marché du carbone.
Ce serait un progrès vu comme insuffisant. Selon l'ONG Opportunity Green, "il n'y a pas d'incitation pour ceux qui conçoivent les plans de vol ou les compagnies de mettre réellement en œuvre de quoi éviter les traînées de condensation".

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