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Ce que Donald Trump devrait apprendre de la chute de l’empire aztèque
information fournie par The Conversation 04/02/2026 à 14:30

(Crédits: Unsplash - Max Letek)

(Crédits: Unsplash - Max Letek)

La chute des Aztèques rappelle qu'un pouvoir fondé sur la force accumule des ennemis plus vite qu'il ne consolide des alliances. Une dynamique ancienne, aux résonances très contemporaines.

En 1520, des émissaires aztèques arrivèrent à Tzintzuntzan, la capitale du royaume tarasque, dans l'actuel État mexicain du Michoacán. Ils apportaient un avertissement de l'empereur aztèque Cuauhtémoc, mettant en garde contre l'arrivée d'étrangers étranges — les Espagnols — qui avaient envahi le territoire et représentaient une grave menace. Les émissaires demandèrent une audience auprès du souverain tarasque, le « Cazonci », le roi Zuanga. Mais Zuanga venait de mourir, très probablement de la variole apportée par les Espagnols.

Les relations entre les deux empires étaient tendues de longue date. Ils s'étaient affrontés sur la frontière occidentale dès 1476, livrant de grandes batailles et fortifiant leurs frontières. Les Tarasques disaient des Aztèques qu'ils étaient fourbes et dangereux — une menace pour leur existence même.

Ainsi, lorsque ces émissaires arrivèrent pour s'adresser à un roi déjà mort, ils furent sacrifiés et n'obtinrent audience avec lui que dans l'au-delà. À cet instant précis, le destin des Aztèques était scellé dans le sang.

L'empire aztèque ne s'est pas effondré faute de moyens. Il s'est écroulé parce qu'il avait accumulé trop d'adversaires, exaspérés par sa domination. C'est un épisode historique auquel le président américain, Donald Trump, devrait prêter attention, alors que sa rupture avec les alliés traditionnels des États-Unis se creuse.

Carl von Clausewitz et d'autres philosophes de la guerre ont exposé la différence entre force et puissance dans la conduite des affaires de l'État. Au sens le plus large, la puissance est un capital idéologique, fondé sur la force militaire et l'influence dans la sphère politique mondiale. À l'inverse, la force désigne l'usage de la puissance militaire pour contraindre d'autres nations à se plier à sa volonté politique.

Alors que la puissance peut se maintenir grâce à une économie solide, des alliances et une influence morale, la force, elle, s'épuise. Elle consomme des ressources et risque d'affaiblir à la fois le capital politique interne et l'influence mondiale qu'a un pays si son usage est perçu comme arrogant ou impérialiste.

L'empire aztèque s'est formé en 1428 sous la forme d'une triple alliance entre les cités-États de Tenochtitlan, Texcoco et Tlacopan, Tenochtitlan finissant par dominer l'ensemble. L'empire exerçait la force par des campagnes militaires saisonnières, tout en l'équilibrant par une dynamique de puissance fondée sur la mise en scène sacrificielle, la menace, le tribut et une culture de supériorité raciale.


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Dans son usage à la fois de la force et de la puissance, l'empire aztèque était coercitif et reposait sur la peur pour gouverner. Les populations soumises à l'empire, comme celles engagées dans ce qui semblait être une guerre permanente, nourrissaient une profonde animosité et une forte défiance à l'égard des Aztèques. L'empire s'était ainsi construit sur des peuples conquis et des ennemis attendant la bonne occasion de renverser leurs maîtres.

Hernán Cortés, le conquistador espagnol qui finit par placer de vastes territoires de l'actuel Mexique sous la domination de l'Espagne, sut exploiter cette hostilité. Il noua des alliances avec Tlaxcala et d'autres anciens sujets des Aztèques, renforçant sa petite force espagnole par des milliers de guerriers autochtones.

Cortés mena cette force hispano-autochtone contre les Aztèques et les assiégea à Tenochtitlan. Les Aztèques n'avaient plus qu'un seul espoir : convaincre l'autre grande puissance du Mexique, l'empire tarasque à l'ouest, de s'allier à eux. Leurs premiers émissaires connurent un sort funeste. Ils tentèrent donc à nouveau leur chance.

En 1521, des envoyés aztèques arrivèrent une fois encore à Tzintzuntzan et rencontrèrent cette fois le nouveau seigneur, Tangáxuan II. Ils apportaient des armes en acier capturées à l'ennemi, une arbalète et une armure afin de démontrer la menace militaire à laquelle ils faisaient face.

Des envoyés aztèques présentant des armes au souverain tarasque.

Des émissaires aztèques présentant des armes espagnoles au roi tarasque comme preuve de la menace. Codex Michoacan, CC BY-NC
Le roi tarasque prêta cette fois attention à l'avertissement. Il envoya une mission exploratoire à la frontière afin de déterminer s'il s'agissait d'une ruse aztèque ou de la vérité. À leur arrivée sur la frontière, les émissaires rencontrèrent un groupe de Chichimèques — un peuple de guerriers semi-nomades qui travaillaient souvent pour les empires afin de surveiller les frontières.

Lorsqu'on leur expliqua que la mission se rendait à Tenochtitlan pour évaluer la situation, les Chichimèques répondirent qu'il était trop tard. La ville n'était plus désormais qu'un lieu de mort, et eux-mêmes se rendaient auprès du roi tarasque pour offrir leurs services. Tangáxuan se soumit aux Espagnols l'année suivante en tant que royaume tributaire, avant d'être brûlé vif en 1530 par des Espagnols cherchant à savoir où il avait dissimulé de l'or.

Si les Tarasques avaient entretenu des relations politiques normales avec les Aztèques, ils auraient pu enquêter sur le message des premiers émissaires. On peut imaginer combien l'histoire aurait été différente si, lors du siège de Tenochtitlan, 40 000 guerriers tarasques — réputés bons archers — étaient descendus des montagnes de l'ouest. Il est peu probable que Cortés et son armée aient alors pu l'emporter.

La politique étrangère américaine

Les échecs de l'empire aztèque ne relevaient ni d'un déficit de courage ni d'une infériorité sur le plan militaire. Lors de leurs combats contre les Espagnols, les Aztèques ont à maintes reprises fait preuve d'adaptabilité, apprenant à affronter les chevaux et les navires armés de canons. L'échec résidait dans une faille fondamentale de la stratégie politique de l'empire — celui-ci reposait sur la coercition et la peur, laissant ainsi en réserve une force prête à contester son autorité au moment où il était le plus vulnérable.

Depuis 2025 et le retour de Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat, la politique étrangère américaine s'inscrit dans cette logique. L'administration Trump a récemment mis en avant une puissance coercitive au service d'ambitions mêlant richesse, visibilité et affirmation de l'exceptionnalisme américain ainsi que d'une supériorité affichée.

Cette orientation s'est manifestée par des menaces ou par un recours ponctuel à la force, notamment à travers des droits de douane ou des opérations militaires en Iran, en Syrie, au Nigeria et au Venezuela. Mais cette stratégie est de plus en plus contestée par d'autres États. La Colombie, le Panama, le Mexique ou encore le Canada ont, par exemple, largement fait fi de ces menaces coercitives.

À mesure que Trump utilise la puissance américaine pour revendiquer le Groenland, ses menaces gagnent en faiblesse. Les pays de l'Otan respectent leur pacte de longue date avec détermination économique et militaire, leurs dirigeants affirmant qu'ils ne céderont pas aux pressions de Trump. Les États-Unis se retrouvent ainsi poussés vers une position où ils pourraient devoir passer de la puissance coercitive à la force coercitive.

Si cette trajectoire se poursuit, les engagements militaires, l'hostilité des voisins et les vulnérabilités liées à la montée en puissance d'autres armées, aux perturbations économiques et aux catastrophes environnementales pourraient bien laisser la nation la plus puissante du monde exposée, sans alliés.

Alors que Trump mobilise la puissance américaine pour revendiquer le Groenland, ses menaces apparaissent de moins en moins crédibles. Les États membres de l'Otan respectent leur accord de longue date avec une détermination économique et militaire affirmée, leurs dirigeants déclarant qu'ils ne plieront pas face aux pressions de Trump. Les États-Unis se rapprochent ainsi d'un point où la coercition politique pourrait laisser place à la coercition militaire.

Si cette voie est maintenue, les conflits armés, l'hostilité régionale et les fragilités liées aux capacités accrues d'autres puissances militaires, aux déséquilibres économiques et aux catastrophes environnementales pourraient laisser la première puissance mondiale isolée.


Auteur: Jay Silverstein - Senior Lecturer in the Department of Chemistry and Forensics, Nottingham Trent University

Cet article est issu du site The Conversation

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