* Entretien avec le président polonais Nawrocki
* Rencontre avec le parti ultra-conservateur Droit et Justice
* Visite du mur érigé à la frontière avec la Biélorussie
par Elizabeth Pineau
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, effectue en Pologne une visite très politique destinée à renforcer ses alliances et illustrer son combat contre l'immigration, à dix mois d'une élection présidentielle française où il pourrait jouer un rôle majeur.
L'occasion, aussi, pour le député européen de 30 ans ciblé pour son manque d'expérience de conforter sa stature européenne et internationale dans un pays de 38 millions d'habitants où les idées d'extrême droite ont le vent en poupe.
Officiellement, c'est en tant que président du groupe parlementaire Patriotes pour l'Europe que Jordan Bardella rend visite à ses alliés polonais après être allé en Italie, au Portugal et en Belgique.
Entre deux déplacements avec escorte policière toutes sirènes hurlantes, celui qui affirme se considérer comme le futur Premier ministre d'une Marine Le Pen présidente a salué "une grande puissance européenne avec laquelle la France a vocation à travailler demain, si nous remportons les élections."
Le possible candidat à l'Elysée - si Marine Le Pen est empêchée par la justice en vertu d'une décision attendue le 7 juillet dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national (ex RN) - a aussi parlé d'avenir sur ses sujets de prédilection tels que l'Europe - où il veut "tout changer sans rien détruire" - et l'immigration.
C'est à ce titre qu'il s'est rendu vendredi à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, porte de l'espace Schengen où un mur de métal de 184 km de long - sur 400 km de frontière - a été érigé pour empêcher l'immigration en provenance de l'Est.
"Ce mur est une protection. Un pays sans frontières n'est plus un pays", a dit Jordan Bardella, partisan du concept de "double frontière" en Europe, avec possibilité de refoulement.
Les thèses du RN sont confortées par l'adoption, mercredi au Parlement européen, d'un règlement autorisant la rétention de migrants expulsés, et les déboutés du droit d’asile dans des centres situés dans des pays hors de l'UE.
"Les vagues migratoires ne font que commencer", a-t-il prévenu, plaidant pour une hausse des moyens de l'agence surveillance des frontières de l'Union européenne Frontex, une demande en contradiction avec sa volonté de baisser drastiquement la contribution de la France à l'UE.
"LA RUSSIE EST UNE MENACE MULTIDIMENSIONNELLE"
Outre ses alliés du Mouvement national, le chef du RN a rencontré le président polonais Karol Nawrocki, conservateur et eurosceptique.
"Entre le président Nawrocki et le Rassemblement national, il y a des constats partagés. Il y a surtout un amour exprimé envers notre civilisation, envers notre identité européenne, qu'elle soit française ou polonaise", a dit l'eurodéputé.
Autre entretien d'importance ce vendredi : l'ex-Premier ministre et chef du parti ultra conservateur Droit et Justice Jarosław Kaczyński, qui rechignait jusqu'ici à se rapprocher d'un parti français jugé trop proche du Kremlin.
Favori des élections législatives de l'automne 2027, Droit et Justice ne siège pas dans le même groupe que le RN au Parlement européen.
"La Russie est une menace multidimensionnelle, hybride pour l'Europe (...) donc il faut avancer sans naïveté avec la volonté aussi de faire taire les armes et de permettre à l'Ukraine d'avoir des garanties de sécurité demain dans le cadre d'un accord de paix", a dit Jordan Bardella, qui n'a pour l'heure pas l'intention d'aller en Ukraine et a qualifié de "mise en scène" les visites à Kyiv de candidats à l'Elysée comme Edouard Philippe et Gabriel Attal.
Un an après être allé en Israël, Jordan Bardella a entamé sa visite en Pologne par un dépôt de gerbe aux portes de l'ancien ghetto juif de Varsovie.
"Je ne pouvais pas venir à Varsovie sans m'incliner devant ce monument qui rend hommage à ceux qui ont lutté contre la barbarie nazie", a dit celui qui préside un parti accusé par le passé de flirter avec l'antisémitisme.
L'ex-président du Front national, Jean-Marie Le Pen, a été condamné pour avoir qualifié les chambres à gaz des camps de la mort de "détails de l'Histoire."
(Reportage Elizabeth Pineau, édité par Benoit Van Overstraeten)

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