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Allemagne-L'affaiblissement de Merz met en relief l'érosion du centre
information fournie par Reuters 21/09/2026 à 16:57
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par James Mackenzie

L'extrême droite et l'extrême gauche allemandes ont toutes deux enregistré des gains importants lors des élections régionales de dimanche, mettant une nouvelle fois en évidence l'érosion du centre dans la plus grande économie européenne et, partant, l'affaiblissement politique du chancelier Friedrich Merz.

Le parti anti-immigration Alternative pour l'Allemagne (AfD) a confirmé sa force dans les anciens Länder communistes de l'Est en remportant la première place dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, capitalisant sur son triomphe d'il y a deux semaines en Saxe-Anhalt.

L’AfD a également signé son meilleur résultat à Berlin, où le parti Die Linke (extrême gauche) est arrivé en tête et semble en passe de remplacer les chrétiens-démocrates conservateurs (CDU) de Friedrich Merz à la mairie.

Le chancelier conservateur a qualifié le résultat en Mecklembourg-Poméranie occidentale — le pire de l’histoire de la CDU — de "désastre". Il a cependant balayé les rumeurs selon lesquelles il pourrait démissionner, s’engageant à rester en poste pour mener à bien les réformes fiscales et des retraites qui, espère-t-il, contribueront à relancer l’économie allemande en perte de vitesse.

Pour l’instant du moins, le parti lui a apporté son soutien, même si ce résultat va accroître la pression au sein de sa coalition avec les sociaux-démocrates (SPD) de centre-gauche, dont certains souhaitent édulcorer certains volets du programme de réformes.

"En tant que gouvernement, nous devons analyser les raisons de ce sentiment d’incertitude qui règne dans le pays", a déclaré Lars Klingbeil, co-président du SPD.

Un sentiment généralisé de malaise économique et de désillusion vis-à-vis des partis politiques traditionnels laisse présager de nouvelles turbulences, alors qu’une série d’élections régionales est prévue l’année prochaine dans l’ouest de l’Allemagne.

"L’Allemagne entre dans une période d’instabilité politique où il est de plus en plus difficile de former des coalitions viables, ce qui n’augure rien de bon pour l’Europe alors que l’Allemagne en est le leader de facto", observe Sudha David-Wilp, chercheuse senior au German Marshall Fund of the United States.

L’AfD entend expulser les étrangers sans titre de séjour en Allemagne, rétablir les liens énergétiques avec la Russie et sortir de l’euro, tandis que Die Linke souhaite plafonner les loyers et nationaliser une grande partie du marché immobilier berlinois.

En revanche, la poursuite par Friedrich Merz de ce qu’il qualifie de réformes douloureuses mais nécessaires n’a pas encore débouché sur des améliorations tangibles pour les électeurs.

"On voit à quel point il est difficile de rallier les gens lorsqu’on est au gouvernement et au cœur de la société", témoigne Stefan Evers, tête de liste de la CDU à Berlin.

DÉSASTRE

Avant même les élections, la cote de popularité du chancelier était au plus bas et son parti était devancé par l’AfD dans les sondages nationaux depuis des mois. "Les gens nous disaient que tant qu’il aurait son mot à dire, ils ne voteraient pas pour nous", a déclaré un militant de la CDU en Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Dès le début de son mandat, lorsque la formalité du vote de confirmation du Parlement s'est transformée en une humiliation publique, nécessitant un second tour de scrutin, Friedrich Merz a peiné à asseoir son autorité.

Il a multiplié les gaffes, qu’il s’agisse d’affirmer que les Allemands devaient travailler plus longtemps ou de se présenter comme issu de la "classe moyenne" alors qu’il occupait un poste très bien rémunéré au sein du conseil d’administration de BlackRock Asset Management.

Les sondages indiquent que ses erreurs de communication et sa difficulté à établir un lien émotionnel avec des électeurs inquiets pour leur avenir économique ont toutes deux contribué au résultat des cinq élections régionales de cette année.

Mais les défis économiques profondément enracinés de l’Allemagne — le vieillissement de la population, une croissance faible et l’érosion de son tissu industriel sous la pression croissante de la Chine — ne se prêtent pas à des solutions faciles.

Les réformes elles-mêmes ont posé des problèmes dans l’Allemagne de l’Est, anciennement communiste, où, malgré plus de trois décennies de transformation économique, davantage d’électeurs que dans l’Ouest perçoivent le salaire minimum et dépendent entièrement de la retraite de l’État après leur carrière.

Manuela Schwesig, ministre-présidente SPD du Mecklembourg-Poméranie occidentale, dont le succès à limiter les gains de l’AfD dans son Land a constitué l’une des rares lueurs d’espoir pour le gouvernement, s’est dite "surprise" par le refus de Merz de changer de cap.

Durant la campagne, elle a vivement critiqué le chancelier, qu’elle accuse de faire preuve d’indifférence envers les électeurs confrontés à la flambée des prix des carburants. Elle a également appelé à modifier la réforme des retraites qui relève l'âge légal de départ — un sujet particulièrement impopulaire dans l’Est, où beaucoup n’ont pas constitué la même épargne que leurs homologues de l’Ouest.

UN REMPART SOUS PRESSION

Quelques jours avant le scrutin, alors que les spéculations allaient bon train sur la fragilité de sa position, les hauts responsables de la CDU se sont ralliés au chancelier, conscients que son remplacement mettrait en péril le programme de réformes sans pour autant résoudre les problèmes sous-jacents.

Jusqu’à présent, la stratégie du "pare-feu" a réussi à empêcher l'AfD de prendre le pouvoir.

Mais des doutes grandissants surgissent quant à la possibilité d’exclure un parti qui bénéficie, en Allemagne, du soutien d’un nombre d’électeurs plus important que tout autre.

Le parti nationaliste a même déclaré qu'il avait remplacé la CDU du chancelier Friedrich Merz comme foyer de la droite allemande, affirmant que la CDU avait viré à gauche et avait perdu sa raison d'être.

"Nous avons remplacé la CDU en tant que 'parti du peuple'", a déclaré la cheffe de file de l'AfD Alice Weidel, blâmant ce qu'elle a appelé la "politique purement de gauche" de la CDU et son refus de coopérer avec l'AfD.

Malgré les réticences à coopérer avec un parti classé à l'extrême droite, de plus en plus de voix s’élèvent au sein de la CDU pour demander un changement de cap.

"Ce 'pare-feu' n’a rien apporté à la CDU et celle-ci doit y réfléchir", a déclaré Leif-Erik Holm, tête de liste de l’AfD en Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Les sondages d’opinion révèlent une profonde désillusion chez de nombreux électeurs face à un système politique marqué par une succession de coalitions entre les partis traditionnels de centre-droit et de centre-gauche, autrefois farouchement opposés.

Sous l’ancienne chancelière Angela Merkel, la "grande coalition" entre la CDU et le SPD, qui n’avait eu lieu qu’une seule fois auparavant au niveau fédéral dans les années 1960, est devenue la norme. Merz, autrefois considéré comme un conservateur radical, a renouvelé l’expérience après l’effondrement, en 2024, d’une autre coalition dirigée par le chancelier du SPD, Olaf Scholz.

"Cela a simplement créé un vide à droite et à gauche, permettant à ces partis d’émerger", résume Sudha David-Wilp.

(Rédigé par James Mackenzie Version française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)

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