par Emanuele Berro et Friederike Heine
La ville d'Heidenau, dans l'est de l'Allemagne, a approuvé une motion du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) et de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) interdisant la future pose au sol de plaques commémoratives des victimes de l'Holocauste.
Les "Stolpersteine" (littéralement "pierres sur lesquelles on trébuche") sont des pavés mémoriels créés dans les années 90 par l'artiste berlinois Gunter Demnig en hommage aux victimes du nazisme. On en trouve dans plusieurs villes d'Allemagne mais aussi dans d'autres pays européens.
La décision prise jeudi à Heidenau, une ville située près de Dresde, dans le Land de Saxe, intervient alors que l’AfD devance la CDU du chancelier au pouvoir Friedrich Merz dans les sondages nationaux après des succès régionaux.
L’AfD a souvent remis en cause la mémoire de l’Holocauste en Allemagne. Le cofondateur du parti, Alexander Gauland, a notamment qualifié l’époque nazie de simple "fiente d’oiseau" dans l'Histoire allemande.
Le conseil municipal de Heidenau a décidé que les futures commémorations se concentreraient sur un site situé dans le cimetière nord de la ville.
Cette décision a relancé le débat sur le respect par la CDU du "Brandmauer", un principe de "mur coupe-feu" informel selon lequel les principaux partis allemands excluent toute coopération officielle avec l’AfD.
Les sections locales de l’AfD et de la CDU n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters dans l'immédiat.
"Je suis consternée qu’un parti démocratique ait choisi de soutenir une manœuvre aussi transparente de la part de l’AfD extrémiste", a déploré Charlotte Knobloch, présidente d’une association juive de Bavière, au groupe de presse Funke.
L’adoption de la motion allait à l’encontre d’une recommandation de l’administration municipale.
"Une interdiction générale des futurs Stolpersteine n’est ni nécessaire à la création d’un mémorial central, ni justifiée par la proposition elle-même", avait déclaré l’administration municipale dans un communiqué avant la décision.
Les partisans de la motion ont fait valoir que de nombreux habitants considéraient les "Stolpersteine" comme inappropriés car les passants peuvent marcher dessus.
(Rédigé par Emanuele Berro et Friederike Heine ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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