Le Premier ministre albanais, Edi Rama, s'adresse à la 81e Assemblée générale des Nations unies (AGNU) au siège de l'ONU à New York
par Fatos Bytyci et Edward McAllister
Le Premier ministre albanais Edi Rama a exclu de démissionner jeudi auprès de Reuters, alors que le pays est secoué par des manifestations étudiantes émaillées de violences.
Des centaines d'étudiants se sont de nouveau rassemblés jeudi dans les rues de Tirana, la capitale albanaise, pour protester notamment contre des frais de scolarité en hausse, à l'occasion d'une troisième journée de mobilisation.
La police a fait usage de canons à eau pour disperser les manifestants qui ont brisé les vitrines de certains commerces, ce qui a contraint le Parlement à annuler sa session.
Les manifestants accusent de corruption le Parti socialiste du Premier ministre Edi Rama et appellent à la démission de ce dernier.
"Quant aux appels à ma démission, ce sont les élections démocratiques qui déterminent le changement de gouvernement. Nous avons tenu des élections l'an dernier, pas une révolution", a réagi Edi Rama dans une réponse écrite aux questions de Reuters.
"Ma responsabilité est d'écouter, de répondre aux inquiétudes légitimes et de faire en sorte que l'Albanie continue d'avancer. Toute alternative serait une trahison des Albanais qui m'ont confié un mandat fort pour achever les négociations sur l'adhésion à l'Union européenne", a-t-il ajouté.
Ces manifestations représentent la vague de contestation la plus massive du mandat du pro-européen Edi Rama, au pouvoir depuis septembre 2013 après avoir remporté successivement quatre élections législatives - les dernières en mai 2025.
UNE ADHÉSION À L'UE DÈS 2028
Le Premier ministre albanais s'est dit prêt à discuter des frais de scolarité croissants, ajoutant cependant : "Attaquer les institutions, détruire les biens publics et menacer la sécurité publique n'ont rien à faire avec les demandes légitimes des étudiants."
Les étudiants protestent contre les conditions d'apprentissage dans les universités du pays, où les frais de scolarité ont augmenté, le manque de soutien financier et les perspectives incertaines sur le marché du travail.
Le mouvement étudiant a pris le relais des manifestations de l'été dernier contre un projet touristique de luxe dans lequel est impliqué Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump.
"La corruption doit être combattue et, comme l'UE l'a récemment affirmé, l'Albanie s'y attaque comme jamais", a déclaré Edi Rama.
"Peut-être que certaines forces, en Albanie comme à l'étranger, ne veulent pas que l'Albanie parvienne à réussir son adhésion à l'UE. Mais je n'accepterai pas que la violence vienne faire dérailler l'avenir européen de l'Albanie."
Avec le Monténégro, l'Albanie est actuellement en tête du processus parmi les pays des Balkans et vise une adhésion dès 2028.
L'image de l'Albanie a toutefois été ternie par des scandales de corruption, des analystes politiques avançant que le pays est un centre de blanchiment d'argent pour les gangs et les trafiquants d'armes.
(Reportage de Fatos Bytyci; version française Zhifan Liu)

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