Louer son bien pour un tournage : opportunité financière ou contraintes cachées ? / iStock.com - Jacob Wackerhausen
Un marché lucratif en plein essor
Les productions - cinéma, publicité, séries, contenus digitaux - délaissent de plus en plus les studios, jugés coûteux et aseptisés, pour des lieux authentiques, plus vivants et souvent moins chers. Résultat : les propriétaires voient affluer des opportunités rémunératrices. Selon Le Mag de la Conso, une journée de tournage peut rapporter entre 1 000 et 5 000 €, parfois davantage pour des biens d’exception. Digital Chic confirme cette tendance : un appartement classique peut générer 600 à 1 000 € par jour, un loft industriel jusqu’à 2 000 €, et un lieu prestigieux 4 000 € pour une seule journée. Un complément de revenus qui fait rêver, d’autant que la location est ponctuelle : deux jours par ci, trois jours par-là, sans engagement long, comme pour une location meublée. Pour les résidences secondaires ou les biens vacants, c’est souvent une opportunité irrésistible.
Des contraintes souvent sous-estimées
Si la rémunération est attractive, l’envers du décor peut surprendre. Un tournage, c’est une micro-société éphémère qui s’installe chez vous : entre 10 et 30 personnes pour une production classique, parfois plus de 100 pour un film. Les équipes arrivent tôt, repartent tard, déplacent le mobilier, modifient la décoration, installent rails de travelling, câbles, projecteurs, régies son… Votre logement peut être totalement métamorphosé, et vos effets personnels parfois stockés ailleurs le temps du tournage. Les phases de montage, tournage et démontage s’étalent souvent sur plusieurs jours. Il est donc fréquent que l’on vous demande de quitter les lieux, la prise en charge d’un hébergement pouvant être négociée dans le contrat. Les nuisances ne s’arrêtent pas à l’intérieur : stationnement des camions, va-et-vient incessants, bruit… Les voisins peuvent rapidement perdre patience. Enfin, malgré les assurances obligatoires, les risques existent : dégradations, vols, sollicitations techniques (panne de chauffage, portail bloqué, alarme capricieuse…). D’où l’importance d’un état des lieux précis, idéalement photographique ou vidéo.
Un cadre juridique et contractuel à maîtriser
Louer son logement pour un tournage implique une convention de location détaillée : durée, horaires, aménagements, conditions d’annulation, tarif, caution, responsabilités, remise en état. Les dépassements horaires doivent être anticipés, tout comme les frais de nettoyage ou de réparation. Si les tournages sont couverts par la responsabilité civile professionnelle de la production (dégradations, accidents et dommages causés au logement ou aux tiers), il est recommandé de déclarer le tournage à son assureur pour ajouter une petite extension temporaire, car les objets de valeur restent sous la responsabilité de l'occupant du bien. Pour ce qui est de la fiscalité, les revenus perçus en échange de la mise à disposition d'un local nu pour le tournage d'un film sont imposables en revenus fonciers, tandis que ceux perçus pour un local meublé relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC). Enfin, les locataires doivent obtenir l’accord du propriétaire, et les biens en copropriété nécessitent celui du syndic... Un point souvent oublié.
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