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Dans l’immobilier, contourner une agence après une visite peut avoir de lourdes conséquences. Une récente affaire le rappelle clairement.
Dans l’immobilier, la tentation peut être grande de vouloir réduire la facture au moment d’acheter. Après une visite organisée par une agence, certains acquéreurs imaginent parfois pouvoir reprendre contact directement avec le vendeur et conclure la vente sans passer par l’intermédiaire. Sur le papier, l’idée peut sembler avantageuse : quelques milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros de frais économisés. Mais cette stratégie peut se retourner lourdement contre ceux qui s’y risquent. Lorsqu’un agent immobilier a permis la mise en relation entre un acheteur et un vendeur, son rôle ne disparaît pas simplement parce que la vente est ensuite finalisée en dehors de lui.
Une agence contournée après plusieurs visites
Une récente affaire jugée en France rappelle avec force ce principe. À la fin de l’année 2017, un agent immobilier reçoit un mandat non exclusif pour vendre une villa de prestige située dans le sud-est du pays. Le bien est proposé à plus de 3 millions d’euros, commission comprise. Quelques mois plus tard, un couple d’acquéreurs manifeste son intérêt pour la propriété. L’agent organise alors plusieurs visites, présente le bien, transmet les informations utiles et permet aux acheteurs d’entrer concrètement dans le processus. À ce stade, même si aucune vente n’est encore conclue, son intervention est déjà déterminante : sans lui, les futurs acquéreurs n’auraient pas découvert cette maison dans ces conditions.
Le problème survient après ces visites. Plutôt que de poursuivre les échanges par l’intermédiaire de l’agence, les acheteurs prennent directement contact avec les propriétaires, rapporte La Dépêche . L’objectif, selon les éléments retenus par la justice, est clair : éviter la commission d’agence, estimée à environ 6 % du prix de vente. Quelques semaines après avoir été mis en relation grâce au professionnel, les deux parties signent une promesse de vente sans l’en informer. La démarche n’a rien d’un simple oubli administratif. Des documents examinés au cours de la procédure montrent que les acquéreurs avaient conscience du risque juridique lié à cette éviction. Une clause avait même été prévue pour tenter d’anticiper d’éventuelles poursuites fondées sur l’intervention de l’agence.
Le comportement des acheteurs au cœur du dossier
La vente est finalement signée en août 2018 pour un montant de 2,5 millions d’euros. Dans l’acte, toute mention de l’agent immobilier a disparu. Pour ce dernier, le préjudice est évident : il a présenté le bien, organisé les visites, rapproché les parties, puis a été écarté au moment où son travail aurait dû être rémunéré. Il décide donc de saisir la justice. Pour établir son rôle dans l’opération, il produit notamment des bons de visite, des échanges de courriels et plusieurs pièces montrant qu’il est bien à l’origine du contact entre les acquéreurs et les vendeurs. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’une agence qui revendique une commission sans preuve, mais d’un professionnel capable de démontrer son intervention.
Les juridictions saisies vont retenir la mauvaise foi des acheteurs. Les magistrats estiment qu’ils ne pouvaient pas ignorer le rôle joué par l’agent dans la réalisation de la vente. En choisissant de traiter directement avec les propriétaires après avoir visité le bien grâce à lui, ils ont volontairement privé le professionnel de la rémunération à laquelle il pouvait prétendre. Le point est important : même si l’acheteur n’a pas nécessairement signé un mandat avec l’agence, sa responsabilité peut être engagée lorsqu’il participe sciemment à une manœuvre destinée à contourner l’intermédiaire. Dans ce type de dossier, ce n’est donc pas seulement le contrat qui compte, mais aussi le comportement des parties.
Une économie qui finit par coûter très cher
Après plusieurs années de procédure, la sanction est lourde. Le couple est condamné à verser 150 000 euros de dommages et intérêts à l’agent immobilier, une somme correspondant à la commission qu’il aurait dû percevoir si la transaction avait été menée normalement. La Cour de cassation, en rejetant le dernier recours des acquéreurs, confirme définitivement cette décision. L’affaire montre qu’une économie recherchée au départ peut se transformer en coût bien plus important, surtout lorsque les juges considèrent que l’agent a été volontairement évincé. Huit ans après les premières démarches, les acheteurs se retrouvent donc rattrapés par une opération qu’ils pensaient sans doute avoir réglée depuis longtemps.
Pour les particuliers, cette décision rappelle une règle simple : lorsqu’un bien a été découvert par l’intermédiaire d’une agence, mieux vaut ne pas chercher à contourner le professionnel. Cela ne signifie pas qu’un acheteur doit payer n’importe quels frais sans vérifier les conditions du mandat ou de la vente. En revanche, s’il a visité le logement grâce à une agence, signé un bon de visite ou échangé avec elle sur le bien, il prend un risque sérieux en tentant ensuite de conclure directement avec le vendeur. Dans l’immobilier, vouloir économiser la commission peut parfois coûter beaucoup plus cher que prévu. Avant de négocier dans l’ombre, mieux vaut donc relire les documents signés et mesurer les conséquences possibles.
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