La hausse des taux d'intérêt de la dette française a des répercussions sur les finances publiques, mais aussi sur l'ensemble de l'économie, affectant notamment les conditions de crédit des ménages et des entreprises.
( AFP / PHILIPPE HUGUEN )
Une contagion attendue au secteur privé
Les taux auxquels la France emprunte sur les marchés montent depuis plusieurs semaines. Ils étaient mardi soir à 4,93 % sur dix ans.
"L'impact n'est pas seulement sur les comptes publics, il est dans la vie quotidienne de tous les Français", rappelait mi-octobre le ministre des Comptes publics David Amiel.
Pour Paul Chollet, chef économiste de Crédit Mutuel Arkéa, "la crainte est que la quasi intégralité de la hausse des taux longs souverains se répercute sur les conditions de financement" des acteurs économiques. "Je pense que ça va s'accélérer dès maintenant", dit-il.
"On va commencer à voir les effets sur les taux d'intérêt du secteur privé (...) d'ici 3 à 6 mois", estime aussi Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.
Pour les banques, durcissement des conditions à venir
Sur le marché français, assureurs et banques sont des acheteurs naturels de dette française dans le cadre de la gestion de leur bilan et des fonds en euros qu'ils proposent à leurs clients.
La hausse des taux induit une baisse de la valeur des obligations publiques existantes, "infligeant des pertes aux banques françaises qui en détiennent beaucoup. D'où une forte baisse des cours de leurs actions depuis août", souligne Éric Dor, directeur des études économiques à l'école de commerce Ieseg.
À cela s'ajoute le fait que, les produits d'épargne classiques retrouvant une meilleure rémunération, "moins de clients vont demander des montages financiers complexes", entraînant "une réduction de chiffre d'affaires" pour les banques, et que "plus de clients font défaut sur leurs prêts".
"Ces banques sont assez capitalisées pour absorber le choc", poursuit M. Dor, mais "toute perte de rentabilité peut les amener à augmenter les taux sur le crédit".
Dans l'immobilier, accès à la propriété compliqué
Pour les crédits immobiliers, les banques calculent le taux d'intérêt par rapport à un taux de référence, qui dépend des taux longs souverains. Actuellement, les taux immobiliers évoluent entre 3,2 % et 3,5 % (avec un taux moyen de 3,32 % en août).
Mais "on va avoir très rapidement des taux à plus de 4 % d'ici le premier trimestre 2027", estime Maxime Darmet, pour qui "la reprise attendue depuis 2023-2024 du marché immobilier est tuée dans l'œuf".
Remonter à 4 % "compromettrait la capacité de financement des ménages", car par ailleurs, "la hausse des salaires est insignifiante, le pouvoir d'achat est en diminution, les dépenses alimentaires et énergétiques des ménages augmentent", souligne Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim).
Des taux de crédit immobilier plus élevés évincent progressivement de l'accession à la propriété les ménages modestes, puis une partie de la classe moyenne.
Ce phénomène a aussi un impact sur la construction neuve, en crise depuis quatre ans, avec des promoteurs qui peinent à trouver preneurs pour leurs logements.
Des prêts à la consommation plus difficiles
Les taux d'intérêt du crédit à la consommation, actuellement autour de 6 %, devraient aussi augmenter pour "facilement atteindre les 7 - 7,5 %" d'ici la fin du premier trimestre 2027, selon Maxime Darmet.
Pour les Français, "ce sera plus difficile d'avoir accès au crédit", utilisé notamment pour l'achat des voitures, des biens d'équipement ou des travaux de rénovation, ajoute-t-il.
Ces secteurs devraient être impactés, et "des pans entiers de l'économie peuvent être grippés", estime Paul Chollet.
Des entreprises pénalisées aussi
Pour les entreprises qui se financent par emprunt bancaire, même mécanisme: les taux facturés par les banques vont augmenter.
Et pour les grandes entreprises "qui ne passent pas par des emprunts bancaires mais qui émettent elles-mêmes des obligations d'entreprises, leur taux va être indexé sur celui des OAT (obligations assimilables du Trésor), plus une prime de risque qui va dépendre de leur solvabilité", explique Eric Dor.
Du fait de ces conditions, "l'investissement va souffrir", dit-il.
Pour Maxime Darmet, la détérioration du crédit "va aussi contribuer à maintenir un niveau de faillites très élevé" des entreprises.
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