Aller au contenu principal
Fermer

Cette ville fantôme où les propriétaires lésés peinent à récupérer leur logement

information fournie par Le Figaro 15/07/2024 à 06:00

À Varosha, ancienne station balnéaire huppée à l’est de Chypre, des propriétaires qui ont dû fuir leur maison, l’ont retrouvée dans un triste état sans pouvoir y entrer.

Maisons en ruine , immeubles aux fenêtres béantes, barbelés: ancienne station balnéaire huppée de Chypre , Varosha, à l’est de l’île, est devenue une ville fantôme. Des centaines de badauds se pressent pour se prendre en photo devant des logements délabrés. Varosha incarne aussi l’inextricable question de la restitution des biens immobiliers, depuis sa réouverture partielle en 2020. Pour comprendre la raison du délabrement de la ville, il faut revenir 50 ans en arrière.

Le 20 juillet 1974, l’armée turque envahit le nord de Chypre après un coup d’État de nationalistes chypriotes-grecs voulant rattacher l’île à la Grèce. Les 45.000 habitants de Varosha prennent alors la fuite. Sur l’ensemble de l’île, quelque 170.000 Chypriotes hellénophones se réfugient dans le sud, tandis que 40.000 turcophones font le chemin inverse. Chypre est depuis divisée entre la République de Chypre qui exerce son autorité dans le sud, et la République turque de Chypre-Nord (RTCN) autoproclamée en 1983, reconnue uniquement par Ankara.

Nicolas Karageorgis avait 23 ans lorsqu’il a dû quitter ce district de la ville de Famagouste. « Au départ, on pensait que ce serait provisoire », se remémore cet ex-ingénieur qui lutte, comme d’autres déplacés, pour récupérer son logement . La République de Chypre reconnaît les droits des propriétaires chypriotes-turcs d’origine. Leurs biens sont loués à des déplacés du nord en attendant la résolution du conflit, et peuvent retourner chez eux sous conditions. En revanche, la République turque de Chypre du Nord a accordé la pleine jouissance des biens «abandonnés» à des Chypriotes-turcs déplacés du sud et des colons turcs. Varosha est un cas particulier. Mise sous scellés par l’armée turque, elle a été longtemps utilisée comme «monnaie d’échange», déplore Serdar Atai, 57 ans, un Chypriote-turc engagé pour la réconciliation. « Nous aimerions la voir renaître, avec le retour des anciens propriétaires », souffle-t-il. Avant l’invasion, la vieille ville de Famagouste abritait les Chypriotes-turcs, pour qui l’accès à Varosha était interdit.

En 2020, Nicolas Karageorgis est retourné voir la maison familiale pillée, sans pouvoir y entrer. « Elle est vide de choses, mais pleine de souvenirs », murmure-t-il, ému. Sa rue, envahie par les herbes folles, est barrée par trois cordes. Un écriteau rappelle l’interdiction d’approcher les maisons. « J’ai soumis une demande auprès de la Commission des biens immobiliers (gérée par la RTCN). On peut demander une indemnisation ou la restitution. J’ai choisi la restitution », raconte-t-il. Cette commission a été créée en 2005 pour traiter les réclamations liées aux propriétés dans le nord. Mais à l’exception de Varosha, les demandes de restitution se heurtent aux lois de la RTCN stipulant qu’une propriété ne peut être retirée à son occupant.

Reste l’ indemnisation . Les multiples procédures traînent. « Le bluff (côté turc) est de prétendre que si vous vous présentez vous serez indemnisé », explique l’avocat Achilleas Demetriades. Des propriétaires lésés « ont fait leur demande (...), des jugements ont été rendus (...) mais la Turquie refuse de verser les indemnisations », assure-t-il. Nicolas Karageorgis garde néanmoins espoir: « Si la maison était restituée, je la retaperais et j’y habiterais ». Les deux communautés vivent séparées par une zone démilitarisée. Tandis que les négociations pour la réunification piétinent, la résolution du problème des propriétés apparaît comme un préalable à une réconciliation. « I l est certain que la question des biens est importante », concède le maire chypriote-grec en exil de Famagouste, Simos Ioannou. « Mais nous n’y avons pas seulement laissé nos biens, nous y avons laissé notre âme. »

0 commentaire
Signaler le commentaire Fermer
A lire aussi
  • Des avions d'Air France sur le tarmac du Terminal 3 de l'aéroport d'Orly, le 24 juin 2020 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
    information fournie par AFP 28.03.2026 22:23 

    Air France a effectué samedi sa dernière rotation à Orly avant de se recentrer sur Roissy Paris-Charles-de-Gaulle, mettant un terme à une histoire de 80 ans, industrielle et parfois glamour, avec l'aéroport parisien. Le dernier vol aux couleurs de la compagnie ... Lire la suite

  • Un avion d'Air France sur le tarmac de l'aéroport d'Orly, le 24 juin 2020 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
    information fournie par AFP 28.03.2026 11:32 

    Air France quitte samedi l'aéroport parisien d'Orly pour se recentrer sur celui de Roissy Paris-Charles de Gaulle qui poursuivra les liaisons vers Nice, Toulouse et Marseille. Le dernier vol aux couleurs de la compagnie tricolore est un Nice-Paris qui atterrira ... Lire la suite

  • Surfaces annexes (balcon, terrasse...) : comment les valoriser à la revente ? / iStock.com - piovesempre
    information fournie par Boursorama avec LabSense 28.03.2026 08:30 

    Avoir un balcon, une terrasse ou un jardin n’est plus un simple bonus. Ces surfaces annexes sont devenues un véritable levier de valorisation immobilière. Encore faut-il savoir comment en tirer parti au moment de vendre. Explications. Un atout qui pèse réellement ... Lire la suite

  • Nadia Calviño : "L'Europe doit se libérer de ses dépendances excessives"
    information fournie par France 24 27.03.2026 18:05 

    Chocs pétroliers, guerre tarifaire, pressions sur le Groenland, désengagement en Ukraine… Jamais l’Europe n’a été autant bousculée par son allié américain, ni autant incitée à repenser sa puissance. Au cœur de cette réponse, la Banque européenne d’investissement ... Lire la suite

Pages les plus populaires