Divorce et pension de réversion: dans certains cas, le conjoint divorcé survivant peut encore percevoir une part de la retraite de l’assuré décédé, même s’il s’est remarié. ( crédit photo : Getty Images )
Sommaire:
- Pension de réversion: les chiffres clés à connaître
- Qu’est-ce qu’une pension de réversion?
- Quels sont mes droits en cas de divorce?
- Exemple d’une situation de divorce
- Comment faire valoir mes droits en cas de divorce?
- Les pistes de réforme envisagées
Pension de réversion: les chiffres clés à connaître
Selon les dernières statistiques du ministère de la Drees (Panorama «Les retraités et les retraites», éd. 2025), la pension de droit direct moyenne des femmes résidant en France est inférieure de 38% à celle des hommes en 2023, contre un écart de 50% en 2002. Cet écart se réduit à 25% si l’on tient compte des pensions de réversion dont les femmes sont les principales bénéficiaires (87%): le montant mensuel moyen de leur pension s’élevant alors à 1401 euros (1955 euros pour les hommes). Fin 2023, 17,2 millions de personnes étaient retraités de droit direct des régimes français et 4,4 millions de personnes bénéficient d’une pension de réversion.
Quant à l’âge de départ à la retraite l’âge conjoncturel s’élève à 62 ans et 9 mois fin 2023 pour les retraités de droit direct résidant en France, avec un écart de 8 mois entre les hommes (partis en moyenne à 62 ans et 5 mois) et les femmes (parties à 63 ans et 1 mois).
Qu’est-ce qu’une pension de réversion?
La pension de réversion constitue une aide payée au conjoint survivant d’un couple, le plus souvent la femme compte tenu des différences en termes d’espérance de vie et de durée de carrière entre les deux sexes. Une fraction de la pension principale de son conjoint lui est versée pour lui garantir un revenu minimum pour vivre. Tous les régimes de retraite versent des pensions de réversion, à différents taux et sous des conditions variables. Elles correspondent à 54% du montant de la pension dans le régime de base, à 60% dans les régimes de retraite complémentaire du secteur privé (Agirc-Arrco) et à 50% dans les régimes de retraite du secteur public.
Au 1er janvier 2026, les retraites de base ont été revalorisées à 0,9%, ce qui a mécaniquement relevé le montant plancher et le montant plafond de la réversion, puisque celle-ci est calculée sur la base de retraite du conjoint décédé.
Quels sont mes droits en cas de divorce?
Seuls les conjoints mariés ont accès à la réversion. Par conséquent, les partenaires de Pacs, pas plus que les concubins n’y sont éligibles. Certains régimes n’octroient plus de pension de réversion en cas de remariage du veuf ou la veuve. De même, dans le cadre des régimes de la fonction publique, le conjoint survivant perd ses droits également s’il vit en concubinage.
En revanche, quel que soit le régime, les conjoints survivants divorcés de l’assuré décédé peuvent bénéficier de la réversion. Si le défunt s’était remarié, les ex-conjoints se partagent le montant de la pension de réversion au prorata de la durée respective de chacun des mariages. Au décès d’un des bénéficiaires, la part qui lui était versée est répartie sur le ou les autres bénéficiaires. Selon les régimes, des conditions d’âge, de durée de mariage et de niveau de ressources doivent être remplies. Et dans la plupart d’entre eux, au-delà d’un certain niveau de revenu, la réversion peut ne pas être versée.
Exemple d’une situation de divorce
Votre ex-époux retraité vient de décéder. Il touchait une retraite de 1500 euros bruts par mois.
Pour bénéficier de la pension de réversion (régime de base), vous devez être âgée de 55 ans au moins. En outre, vos ressources personnelles annuelles ne doivent pas dépasser le seuil de 25.001,60 euros (40.002,56 euros si vous êtes en couple: mariage, Pacs ou concubinage), ce plafond étant indexé sur le Smic horaire.
Hors cas de majoration, le montant de la pension sera en principe égal à 54% du montant de la retraite que votre ex-conjoint percevait au moment de son décès, et, en 2026, au minimum de 4019,13 euros et au maximum 12.976,20 euros par an (soit respectivement 334,92 euros et 1081,35 euros par mois).
Montant retraite ex-époux: 1500 euros.
Montant de la pension réversion estimé si toutes les conditions d’âge et de revenu sont remplies: 810 euros mensuels (54% de 1.500 €), soit 9720 euros annuels.
Ce montant pourra être majoré de:
- 10% si vous avez élevé au moins trois enfants.
- 11,1% si vous avez atteint l’âge de la retraite à taux plein et que le montant total de vos pensions (base, complémentaires et réversion) ne dépasse pas 1.006,69 euros par mois, (soit 3.020,07 euros par trimestre).
- 113,59 euros par mois par enfant à charge en 2026, si vous n’avez pas encore droit à la retraite à taux plein et que vous n’êtes pas titulaire d’une retraite personnelle d’un régime de base obligatoire.
- Montant retraite ex-époux: 1.500 euros.
- Durée des deux mariages: 180 + 120 = 300 mois.
- Montant de la pension réversion estimé si toutes les conditions d’âge et de revenu sont remplies par la 1re épouse: 810 x 180 / 300 = 486 euros mensuels, soit 5832 euros annuels.
- Montant de la pension réversion estimé si toutes les conditions d’âge et de revenu sont remplies par la 2e épouse: 810 x 120 / 300 = 324 euros mensuels, soit 3888 euros annuels.
Comment faire valoir mes droits en cas de divorce?
Le versement d’une pension de réversion n’est pas automatique au moment du décès de l’assuré. La veuve doit impérativement en faire la demande auprès de la ou des caisses de retraite auxquelles l’assuré décédé était affilié pour en bénéficier. Pour les pensions de réversion de base (salariés, agricoles, indépendants, professions libérales, cultes), une seule demande suffit (formulaire Cerfa n° 13364*02) car les régimes de base sont censés communiquer entre eux. Si passé quatre mois vous n’avez pas reçu un récépissé de la part de la caisse de retraite, cela signifie que votre demande a été refusée. Une demande spécifique doit être envoyée en parallèle au régime complémentaire des salariés (Agirc-Arrco). Dans tous les cas de figure, il est plus prudent de contacter l’ensemble des régimes de l’assuré à son décès afin de faire valoir ses droits, y compris s’ils communiquent entre eux. Il est de ce fait impératif de conserver le maximum de documents. Il faut également se renseigner sur les régimes de l’affilié avant son décès, en particulier dès que celui-ci liquide ses droits au moment de son départ à la retraite pour pouvoir faire valoir le moment venu sa pension de réversion. Pour cela, il faut avoir conservé de bonnes relations avec son ex-époux!
Même si la vie commune est relativement ancienne, au moment du décès d’un ex-conjoint, les femmes divorcées conservent des droits sur la pension de réversion de leur ex-mari. Il ne faut alors pas hésiter à se manifester auprès du notaire en charge de la succession, car celui-ci constitue une aide précieuse pour faire valoir ses droits.
Les pistes de réforme envisagées
En mai 2023, le Conseil d’orientation des retraites (COR) a conclu qu’à situation de vie identique, les droits diffèrent fortement entre couples mariés et pacsés. Une proposition de loi étendant la réversion aux couples pacsés a été déposée le 16 septembre 2025 ; elle est encore en commission des affaires sociales et ne crée aucun droit nouveau à ce stade.
Autre piste à l’étude: l’harmonisation des taux de réversion entre régimes, avec un taux unique évoqué entre 50% et 60%, sans décision arrêtée.
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