Aller au contenu principal
Fermer

Mais à quoi sert encore le Livret A ?

information fournie par The Conversation 11/04/2026 à 09:22

(Crédits: Adobe Stock)

(Crédits: Adobe Stock)

C'est un paradoxe : le taux de rémunération du Livret A est régulièrement l'objet de critiques pour sa faiblesse relative. Simultanément, il reste le placement préféré des Français, détenu par 8 sur 10 d'entre eux. Peut-être parce que ce n'est pas qu'une question de rendement financier. Et que ce livret plus que bicentenaire remplit des fonctions essentielles dans l'économie, avec un encours total de… 450 milliards d'euros.

Le Livret A est né le 22 mai 1818, à Paris, avec la création de la première Caisse d'épargne. Depuis, il est le produit d'épargne préféré des Français, puisqu'ils sont près de 57 millions (83 % de la population) à en posséder un aujourd'hui. Au début de 2026, l'encours total frôlait 450 milliards d'euros.

Une popularité sans égal

La popularité du Livret A s'explique par sa simplicité d'ouverture, sa parfaite liquidité, son absence de fiscalité et de risque.

Chaque Français, quel que soit son âge, peut ouvrir un Livret A (et un seul !) dans la banque de son choix avec un capital initial de 10 euros, soit le montant du solde minimum. Le plafond est fixé à 22 950 euros. Le Livret A a un quasi « jumeau », le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) qui obéit aux mêmes règles, mais avec un plafond maximal de 12 000 euros. Le livret A est également accessible à certaines personnes morales (associations, syndicats de copropriétaires et organismes HLM), mais non aux entreprises.

Les fonds sont disponibles sans préavis à la différence d'autres supports d'épargne, tels que l'assurance vie, c'est dire que c'est un placement très liquide. Le retrait minimal est de 10 euros. Il est possible de retirer des espèces directement au guichet ou à un distributeur automatique de billets.

Pas d'impôt et peu de risques

Les intérêts perçus sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Autrement dit, le rendement nominal est strictement égal au rendement brut. Le taux d'intérêt servi à l'épargnant est fixe entre deux semestres. Chaque détenteur peut alors calculer le montant des intérêts (calculés par quinzaine et capitalisés au 31 décembre de chaque année).

À lire aussi | Où va l’épargne financière des ménages Français et que finance-t-elle ?

Enfin, le Livret A est un actif sans risque, car l'épargne placée est protégée par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution en cas de faillite de la banque.

Ces avantages font du Livret A le support privilégié pour l'épargne de précaution des ménages, c'est-à-dire un matelas de sécurité immédiatement mobilisable pour faire face à un imprévu. Pour de nombreux Français, il s'agit d'ailleurs du seul support d'épargne. D'où son caractère singulier. Bien évidemment, ces qualités indéniables sont contrebalancées par un rendement faible qui peut faire l'objet de polémiques.

Un faux débat récurrent

Le taux d'intérêt du Livret A est fixé par l'État qui se réfère au calcul effectué par la Banque de France deux fois par an. Depuis 2021, le taux est la moyenne semestrielle du taux d'inflation (hors prix du tabac) et des taux interbancaires à court terme (€STR), avec un arrondi au dixième de point le plus proche.

Cette formule implique que le taux d'intérêt plancher du Livret A est de 0,5 %. Elle implique également que, à certaines périodes, le rendement réel (taux nominal auquel on retranche l'inflation) du Livret A soit négatif : cela implique une perte de pouvoir d'achat de l'argent ainsi épargné. Ce fut le cas notamment lors de la période post-Covid (voir graphique).

Depuis le 1er février 2026, le taux nominal est ainsi fixé à 1,5 % (contre 1,7 % auparavant), ce qui implique un rendement réel d'environ à 0, 8 %. Du point du seul rendement, le Livret A n'est donc pas le produit le plus intéressant. En comparaison, les contrats d'assurance-vie en euros ont rapporté, en moyenne, 2,65 % en 2025.

Sur la même période, le CAC 40 a progressé de plus de 10 %. Rappelons toutefois qu'à l'inverse le rendement nominal des dépôts à vue est nul, donc toujours inférieur à celui du Livret A.

Une contrepartie

La faiblesse du rendement du Livret A n'est donc que la contrepartie de ses avantages. En détenant des encours parfaitement sécurisés, les épargnants doivent accepter un rendement réel faible. En finance, ce n'est pas vraiment une surprise. Plus de rendement implique nécessairement de prendre plus de risque, comme l'a souligné le Prix Nobel d'économie William Sharpe. Le Livret A est alors un support adéquat pour les épargnants manifestant une forte aversion pour le risque.

La faiblesse du rendement ne doit pas, non plus, occulter le rôle économique et social que joue le Livret A pour l'économie française par l'intermédiaire de la Caisse des dépôts et des banques.

Le rôle de la Caisse des dépôts

Les quelque 450 milliards d'euros placés sur le Livret A ne dorment pas paisiblement. Ils alimentent un circuit de financement de prêts à long terme qui doit simultanément rester liquide pour faire face aux demandes de retraits. Ainsi l'annonce de la baisse du taux au 1er février s'est-elle accompagnée d'une décollecte de 1,87 milliard d'euros en janvier 2026.

À lire aussi | Épargne : le Livret A va financer la relance du nucléaire, mais le gouvernement veut rassurer sur le logement social

Près de 65 % des fonds sont centralisés à la Caisse des dépôts, qui transforme des dépôts liquides en financements longs, notamment par des prêts au logement social et à la politique de la ville. Le Livret A n'est donc pas une caisse fermée. C'est un dispositif de transformation des dépôts liquides en financements longs, sous contrainte de liquidité.

Pour la Caisse des dépôts et sa Banque des territoires, l'enjeu est massif puisque le stock de prêts sur fonds d'épargne atteint 202 milliards d'euros en 2024, dont 180 milliards consacrés au logement social et à la politique de la ville. Pour la seule année 2024, 28,5 milliards d'euros de prêts ont été accordés.

Une ressource structurante

Le Livret A est ainsi une ressource structurante pour le financement du logement social et d'investissements territoriaux de long terme. Concrètement, ces financements couvrent la construction et la réhabilitation de logements sociaux, mais aussi les résidences étudiantes et, dans certains cas, des équipements médico-sociaux, tels que les Ehpad, pour accompagner le vieillissement de la population française.

Mais l'effet du Livret A ne s'arrête pas à la sphère publique. La part non centralisée, soit 35 % des encours, reste au bilan des banques distributrices. Cet autre versant, plus discret, implique que l'épargne réglementée contribue aussi au financement de l'économie.

Le Livret A et le crédit bancaire

La part non centralisée demeure au passif du bilan des banques et constitue une ressource de financement. La loi impose que ces ressources soient orientées vers le financement des petites et moyennes entreprises (PME), de la transition énergétique et de l'économie sociale et solidaire, avec des obligations de reporting public.

La Banque de France chiffre à 245,6 milliards d'euros l'encours conservé au bilan fin 2024. Pour la même année, les prêts nouveaux aux PME atteignent 116,7 milliards d'euros et l'encours total de crédits aux PME 568,5 milliards d'euros. Il s'agit donc d'un fléchage par enveloppe plutôt qu'un « tuyau » euro-pour-euro. En effet, la part non centralisée alimente une enveloppe de ressources au bilan bancaire, et le fléchage se vérifie par des montants agrégés, non par une correspondance euro-pour-euro entre un dépôt et un prêt.

Le Livret A remplit donc une double fonction. D'un côté, il offre aux ménages une épargne de précaution simple et sécurisée. De l'autre, il alimente un circuit de financement collectif, du logement social au crédit bancaire aux PME. Cette ambivalence explique sa place particulière.


Auteur: Jean-Marc Figuet - Professeur d'économie, ISG Lab, Université de Bordeaux

Cet article est issu du site The Conversation

4 commentaires
  • 13 avril 15:41

    Quand je pense que ces députés ignorants pensent que c’est un placement improductif!!!


Signaler le commentaire Fermer
A lire aussi
  • (Crédits: Adobe Stock)
    information fournie par Tout sur mes finances  15.10.2026 18:03 

    En moins de sept ans, le plan d'épargne retraite s'est imposé comme le produit incontournable pour préparer financièrement votre retraite. Selon une étude de la Mutualité française, il rassemble désormais 55% des adhérents à un dispositif de retraite supplémentaire. ... Lire la suite

  • Après un héritage, respecter les délais légaux tout en prenant le temps de définir ses besoins permet de faire des choix financiers adaptés à ses projets ( Shutterstock )
    information fournie par Boursorama avec Editorialink 15.10.2026 13:12 

    Un héritage peut modifier l’équilibre financier d’une vie. Avant de prendre des engagements, quelques précautions permettent d’aborder sereinement la suite. Recevoir un héritage peut changer bien des choses : financer un logement, alléger un crédit ou concrétiser ... Lire la suite

  • The Big Long : retrouver le replay de l'épisode 7
    information fournie par Boursorama 15.10.2026 11:47 

    Tout le monde parle d'investissement. Personne ne montre son vrai compte bancaire, ses gains et ses pertes. Jokariz si. Ancien professionnel des marchés, le créateur de contenus a ouvert un compte neuf avec 100.000 € sur BoursoBank. Il va tout montrer en live : ... Lire la suite

  • dessin point d'interrogation et ampoule (Crédits: Adobe Stock)
    information fournie par Café de la Bourse 15.10.2026 08:34 

    Le Livret A reste le réflexe d'épargne de nombreux Français. Simple, sans risque et disponible à tout moment, il constitue une réserve de sécurité particulièrement adaptée aux dépenses imprévues et aux besoins de trésorerie à court terme. Mais faut-il pour autant ... Lire la suite

Pages les plus populaires