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«L’épargne : indicateur de la confiance ?»

information fournie par Le Cercle des économistes 01/07/2019 à 08:00
Jean-Paul Pollin
Jean-Paul Pollin

Jean-Paul Pollin

Université d'Orléans

Professeur

http://www.univ-orleans.fr/fr

Les décisions de placements ont aussi été affectées par des modifications dans la réglementation et la fiscalité de l'épargne. (crédit : Adobe Stock)

Les décisions de placements ont aussi été affectées par des modifications dans la réglementation et la fiscalité de l'épargne. (crédit : Adobe Stock)

L'assurance vie a de nouveau enregistré une collecte positive en mai. Les dépôts sur les contrats ont dépassé les retraits à hauteur de 1,9 milliard d'euros. Cette hausse, continue depuis le début de l'année, traduit-elle une confiance dans le produit d'épargne ou une défiance à l'égard de la conjoncture économique ? Selon Jean-Paul Pollin, la perception de la situation par les épargnants est beaucoup plus ambigüe.

On convient généralement du fait que la décision d'épargner suppose que l'on ait confiance dans la situation économique présente et à venir, dans la stabilité politique et institutionnelle… C'est-à-dire dans les facteurs qui garantissent la bonne exécution des contrats entre offreurs et demandeurs de capitaux. Ce qui incite à penser qu'un niveau de confiance plus élevé devrait susciter un taux d'épargne plus fort.

Dans les faits, la relation entre ces deux termes paraît pourtant plus ambigüe, voire contradictoire. On remarquera notamment que le pessimisme « structurel » des français, que font ressortir diverses enquêtes, ne se reflète pas dans leur taux d'épargne qui est l'un des plus élevés en Europe, pour autant que ces chiffres soient réellement comparables. D'autre part, sur le court terme, il n'existe pas de lien robuste entre le taux d'épargne et les indicateurs de confiance obtenus par enquête (par exemple celle réalisée mensuellement par l'INSEE auprès des ménages).

Ce résultat s'explique aisément, parce que les définitions de l'une et l'autre variables ont une part d'arbitraire ; mais surtout parce qu'une partie de l'épargne est constituée à titre de précaution. On épargne en anticipation d'une période de basse conjoncture, de montée du chômage, donc par prudence sinon par défiance. On notera au passage que ce comportement est un facteur d'amplification du cycle économique, puisqu'il tend à réduire la dépense en situation de récession.

Cela dit, cette épargne de précaution est en principe éphémère et, de plus, elle donne lieu à des placements liquides. De sorte que c'est la composition de l'épargne plutôt que son niveau qui est susceptible de refléter la confiance des agents dans leurs situations individuelles présente et à venir, et dans le contexte macroéconomique. En retour, les caractéristiques de l'épargne conditionnent celles des investissements, affectant ainsi la croissance et la confiance qu'elle inspire.

Des changements de réglementation  qui affectent l'épargne

On trouve une bonne illustration de ces mécanismes dans la conjoncture de ces vingt dernières années, en France et dans nombre de pays de la zone euro, en dépit de différences institutionnelles marquées. On y observe d'abord que les taux d'investissements immobiliers constituent une partie importante de l'épargne des ménages, et qu'ils évoluent à l'inverse des taux d'épargne financière jouant ainsi leur rôle de valeur refuge en situation d'incertitude. Ce qui se traduit pour partie par une éviction d'investissements potentiellement plus productifs.

Quant à l'épargne financière, elle a connu aussi, durant cette même période, d'importantes fluctuations dans sa composition. En France, comme dans la zone euro, les placements directs et indirects (via les OPC) en fonds propres ont fortement reculé au début des années 2000, en 2008-2009 et en 2012. La collecte de l'assurance vie a suivi un profil semblable ; d'autant qu'en France, les placements en unités de compte sont très sensibles aux fluctuations boursières. Enfin, les placements liquides ont évolué à l'inverse des mouvements précédents.

Bien sûr, les décisions de placements ont aussi été affectées par des modifications dans la réglementation et la fiscalité de l'épargne. Mais en définitive, au terme de cette période marquée par des crises, des transformations anxiogènes de l'économie et un affaissement de la croissance potentielle, l'épargne a pris une forme plus liquide et plus averse au risque. D'autant que certaines entreprises ont aussi privilégié l'accumulation de liquidité à l'investissement. Or, ces comportements ont débouché sur une forte croissance des primes de risque (l'écart entre le rendement requis sur le capital et le taux sans risque) que l'on observe dans les pays développés. Ce qui explique notamment la difficulté des Banques Centrales à relever leurs taux, ainsi que la panne de croissance que connaissent ces mêmes pays et qui est de nature à alimenter la défiance.

On en vient alors à s'interroger sur les dispositions à prendre pour tenter de briser cette spirale déstabilisante entre la défiance et les comportements de protection qu'elle suscite. Cela fera l'objet de discussions lors de la session des Rencontres Economiques consacrée à ce thème.

Jean-Paul Pollin, membre du Cercle des économistes, recteur émérite de l'Université d'Orléans


Cette tribune est publiée dans le cadre des 19e Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence. Jean-Paul Pollin interviendra dans la session, «L'épargne : indicateur de la confiance ?», samedi 6 juillet 2019.
Les Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence
Les 5, 6 et 7 juillet 2019 « Renouer avec la confiance !»
3 jours de débats ouverts et gratuits, organisés par le Cercle des économistes.
De portée internationale cet évènement réunit chefs d'entreprise, universitaires, étudiants et représentants de la société civile venus du monde entier autour d'un thème au cœur de l'actualité économique.
Retrouvez le programme complet et suivez les débats en direct sur
lesrencontreseconomiques.fr

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