Aller au contenu principal
Fermer

Télévision, influenceurs, sponsoring... Cette proposition de loi qui veut durcir le ton sur la publicité pour les paris sportifs

information fournie par Le Figaro 03/06/2026 à 18:41

(Crédits: Unsplash - Amit Lahav)

(Crédits: Unsplash - Amit Lahav)

Selon Emmanuel Duplessy, député écologiste à l'origine de la proposition de loi, les dépenses promotionnelles des plateformes de pari sportif auraient augmenté de 800 millions d'euros en 2026.

Spots télévisés, affiches dans le métro, placardées sur les bus... difficile d'échapper aux publicités pour les paris sportifs , désormais omniprésentes dans l'espace public. Et d'autant plus à quelques jours de l'ouverture du mondial de football. Mais ces dernières pourraient-elles bientôt ne plus avoir pignon sur rue ? C'est l'objectif d'une proposition de loi portée par le député écologiste (Génération.s) du Loiret Emmanuel Duplessy, présentée cet après-midi aux journalistes à l'Assemblée Nationale.

Le texte repose sur trois mesures principales. La première, inspirée du modèle britannique, viserait à interdire les publicités télévisées pour les opérateurs de paris dans les quinze minutes précédant et suivant la retransmission d'un événement sportif. «C'est pendant la diffusion des matches que la pression publicitaire est la plus forte» , explique Emmanuel Duplessy, «on en a eu une illustration lors de la finale de la Ligue des Champions avec 4 ou 5 publicités d'opérateurs de paris au moment du match» .

La proposition de loi entend également s'attaquer au sponsoring . Clubs, compétitions ou marques liées au sport ne pourraient plus associer leur image à des plateformes de paris sportifs . Pour le député, cette mesure vise à empêcher que «l'idée même du sport soit systématiquement liée à celle des jeux d'argent» , un glissement culturel qu'il juge «mortifère» . Enfin, le parlementaire souhaite interdire aux influenceurs et personnalités d'internet de promouvoir ces plateformes, sur le modèle des restrictions imposées par la loi Évin pour le tabac et l'alcool.

«Un cas d'école d'une activité qui coûte beaucoup plus cher à la société qu'elle ne lui rapporte»

Emmanuel Duplessy estime qu'il est nécessaire d'agir rapidement. Selon lui, le sport professionnel n'est pas encore structurellement dépendant des financements liés aux paris sportifs, même si ces derniers sont «dynamiques» . Mais si leur part venait à atteindre «10 %, 15 %, voire 20 % des financements» , prévient-il, il deviendrait «difficile de faire machine arrière» .

Un enjeu de santé publique, aussi . Le député considère que les paris sportifs constituent «un cas d'école d'une activité qui coûte beaucoup plus cher à la société qu'elle ne lui rapporte» . Il s'appuie notamment sur l'écart entre les recettes fiscales générées par les opérateurs, estimées à environ 5 milliards d'euros, et le coût social et sanitaire des jeux d'argent, évalué à 15,5 milliards d'euros par l'association Addictions France, associée à la préparation du texte.

Hausse des budgets promotionnels en vue de la Coupe du Monde

Cette vigilance est d'autant plus nécessaire, selon lui, que la Coupe du monde de football , qui débutera dans huit jours, s'accompagne généralement d'un pic d'activité sur les plateformes et l'attraction de nouveaux joueurs. En s'appuyant sur les données publiées par les opérateurs eux-mêmes, Emmanuel Duplessy affirme que leurs budgets promotionnels ont atteint 800 millions d'euros en 2026, soit une hausse de 25 %.

De son côté, l'Association Française des Jeux en Ligne (AFJEL), qui réunit les principales plateformes de paris sportifs en ligne, a annoncé ce matin, dans un communiqué, la mise en place de plusieurs mesures destinées à encadrer les pratiques durant la compétition. L'organisation promet notamment l'absence de publicités pendant les «pauses fraîcheur» prévues au cours des matches du Mondial, ainsi qu'un renforcement des contrôles d'identité et des dispositifs de détection des joueurs à risque. Nicolas Béraud, président de l'AFJEL assure que «les opérateurs agréés sont pleinement mobilisés afin que les paris sportifs associés à cette Coupe du monde demeurent un divertissement encadré, responsable et réservé aux adultes» .

Un cadre législatif datant de 2010

À l'exception de la loi du 12 mai 2010, qui a institué l'Autorité nationale des jeux (ANJ) et lui confie notamment l'établissement de la liste des plateformes de paris autorisées à faire de la publicité, il n'existe pas de cadre législatif spécifique encadrant les stratégies promotionnelles de ces opérateurs. Un décret de 2020 est toutefois venu préciser les motifs permettant à l'ANJ d'en faire suspendre certaines. Les communications commerciales doivent ainsi respecter plusieurs règles, dont l'interdiction de s'adresser directement aux mineurs, mais aussi celle de laisser entendre que le jeu favoriserait la «réussite sociale» ou que «jouer peut-être une solution face à des difficultés personnelles, professionnelles, sociales ou psychologiques» .

Emmanuel Duplessy assure que sa proposition de loi a déjà reçu le soutien de plusieurs députés, issus des différentes formations de gauche, mais aussi des rangs de la formation d'Édouard Philippe Horizons. Le député écologiste espère récolter assez de signatures pour présenter le texte à la rentrée prochaine à l'occasion d'une semaine transpartisane.

0 commentaire
Signaler le commentaire Fermer
A lire aussi
Pages les plus populaires