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Idée de sortie: découvrez les photographies de Vivain Maeir, nourrice devenue photographe mondialement reconnue
information fournie par Le Particulier pour BoursoraMag07/01/2022 à 08:30
Temps de lecture: 4 min

Pendant toute sa vie, Vivian Maier a réalisé incognito des chefs d’œuvre de la photographie crédit photo : Capture d’écran Instagram @museeduluxembourg

Pendant toute sa vie, Vivian Maier a réalisé incognito des chefs d’œuvre de la photographie crédit photo : Capture d’écran Instagram @museeduluxembourg

En 2009, Vivian Maier s’est éteinte dans le plus grand anonymat et la pauvreté. Parmi les milliers de photographies qu’elle a réalisées, sans presque jamais les développer ou les montrer, une centaine d’entre elles font l’objet d’une exposition à Paris. D’autres ont déjà connu les honneurs du Chicago Cultural Center. En un peu plus de 10 ans, cette femme inconnue de son vivant est devenue une des légendes de la photographie de rue. Une partie de son œuvre est à découvrir en ce moment au Musée du Luxembourg.

Un agent immobilier découvre le trésor de Vivian Maier

En 2007, John Maloof, un jeune agent immobilier, achète dans une salle des ventes un lot contenant une malle pleine de 30.000 clichés et négatifs d’un photographe inconnu. Ce qu’il ignore c’est qu’au même moment l’auteure de ces photos est hospitalisée dans le plus grand dénuement dans un des hôpitaux de Chicago, et ne peut plus payer son garde-meubles. Mais John Maloof ne s’intéresse pas immédiatement à ces clichés. Quelque temps plus tard, il se penche à nouveau sur sa trouvaille et découvre l’incroyable qualité des photographies dont très peu sont développées. Sur une enveloppe, il déchiffre un nom: Vivian Maier.

On est en 2009 quand il googlise ce nom et qu’il découvre un faire-part annonçant la mort de cette femme, la même année, à l’âge de 83 ans. Entre-temps, il avait acquis auprès de certains acheteurs de la vente aux enchères d’autres négatifs. La curiosité de John Maloof le conduira à acquérir la totalité du garde-meubles. Il découvre que la vieille dame, sans doute atteinte du syndrome de Diogène, conservait tout. Grâce à cette accumulation d’objets insignifiants, il commence à reconstituer la vie de celle qui va devenir une des photographes les plus admirées en ce début de XXIe siècle.

La vie d’une invisible qui voyait tout

Voici donc la vie de Vivian Maier telle qu’elle a pu être reconstituée grâce à une longue enquête. Née le 1er février 1926 à New-York, Vivian Maier est le second enfant d’immigrés européens installés depuis peu aux États-Unis . Sa mère est Française, originaire des Hautes Alpes, et son père est d’origine hongroise. Mais Vivian Maier ne connaitra pas vraiment la vie de famille. Son père alcoolique et joueur désertera vite le foyer en compagnie de son frère. La petite Vivian vit avec sa mère et ce n’est pas facile. Menteuse pathologique et assez peu travailleuse, Maria Maier trimballe sa fille comme un fardeau.

En 1932, elle emmène Vivian découvrir les Alpes et son village natal. Elle immortalise alors quelques instants de la vie de sa fille à travers des photographies conservées jusqu’à aujourd’hui. Dix-huit ans plus tard, Vivian retournera dans ce pays car sa grande tante l’a choisie comme héritière aux dépens de sa mère. Elle se promène seule sur les chemins. Chaque rencontre devient une photo et les habitants posent volontiers pour cette drôle d’étrangère.

Ses photos témoignent de ses voyages

En 1952, Vivian revient à New-York, puis s’installe à Chicago où elle devient nounou. Les enfants qu’elle gardait se souviennent de ses appareils photo. Elle ne s’en séparait jamais et les dégainait plusieurs fois lors de leurs promenades. Il en reste des portraits de passants ou de laissés pour compte se mélangeant à des scènes de vie quotidienne. Voyageuse dans l’âme, elle part pour de brefs séjours en Amérique centrale, à Cuba ou au Canada.

Et en 1959, elle décide de se lancer dans un tour du monde de 6 mois. Manille, Bangkok, le Yemen, l’Egypte sont autant d’étapes de cet incroyable voyage. Revenant par l’Italie et la France, elle s’attarde à nouveau dans la vallée de son enfance, le Champsaur. Des milliers de photos racontent ce périple. Des photographies uniques qui témoignent d’une époque. De sa vieillesse on connaît peu de choses. On la devine seule, paranoïaque, vivant dans la pauvreté et atteinte de cette manie de conservation du moindre ticket de métro.

Vivian Maier enfin révélée

Pendant un demi-siècle, cette simple nourrice a pris des milliers de photographies dans les rues de Chicago, sans presque jamais les montrer. Pourtant ses lettres en témoignent, elle était consciente de son talent. En 1956, elle est engagée dans la famille Gensburg dont les enfants l’aideront financièrement à la fin de sa vie. Pendant une dizaine d’années, elle dispose d’une salle de bain qu’elle transforme en laboratoire. C’est un des seuls moments où elle développe ses photos. Seuls 5% de ses clichés sont sortis de la chambre noire de son vivant. Les milliers d’autres sont restées à l’état de pellicule. On ignore toujours pourquoi elle a gardé ses images pour elle. Mais l’important est là, ses milliers de clichés émouvants, magnifiques et parfois drôles sont enfin entrés dans l’histoire de l’art. Le visage d’un enfant, le regard d’un mendiant, un gros plan sur un objet insolite, le reflet de la photographe dans une vitrine, un couple enlacé, autant de moments immortalisés avec talent et grâce. L’exposition du musée du Luxembourg est une belle occasion de rendre hommage à l’art de cette photographe maudite. Mais nul ne peut savoir si elle aurait apprécié d’être ainsi mise en lumière.

À Paris, inauguration d’une rue Vivian Maier

En novembre 2021, à l’occasion du rendez-vous annuel de Paris Photo au Grand Palais Éphémère une rue Vivian Maier a été inaugurée dans le treizième arrondissement, non loin de la place d’Italie. L’occasion de se rappeler que de la rue Marguerite de Rochechouart aux places Joséphine Baker et Olympe de Gouges, seuls 12% des rues parisiennes portent le nom d’une femme .

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