A la fois porte-parole de l'industrie française de l'aérospatial au sein du Gifas et directeur général de Safran, Olivier Andriès a évoqué les nouvelles perspectives qui se présentent à un secteur qui doit composer avec la distance croissante vis-à-vis du traditionnel allié américain.
Olivier Andriès, à Marchin, le 3 juin 2025 ( Belga / ERIC LALMAND )
Pendant que les Etats-Unis poursuivent leur ballet diplomatique et militaire agité au Moyen-Orient, la filière aérospatiale française pourrait tirer les marrons du feu en raison du désengagement des Etats-Unis auprès de leurs clients européens, a jugé mercredi 6 mai son président.
"Il y a une opportunité indirecte" pour que la "préférence européenne" dans la défense soit mise en oeuvre, a déclaré Olivier Andriès, président du Gifas, Groupement des industries aérospatiales françaises, au cours d'une conférence de presse.
Face aux déboires de livraisons de matériel américain, le patron de Safran a remis en questions les postulats selon lequels les équipements Made in USA "sont disponibles tout de suite" ou "plus performants que les européens". En raison de la campagne militaire en Iran, les Etats-Unis ont en effet vu fondre leurs stocks de munitions, détournant au passage des capacités de livraisons à l'export pour leurs propres besoins. Plusieurs pays nordiques et baltiques, dont l'Estonie, vont ainsi devoir attendre pour recevoir leur matériel, tandis que la Suisse est embourbée dans une commande de F-35 aux difficultés multiples. Le Danemark, lui, a franchi le cap en optant pour le système franco-italien SAMP/T NG de Thales et MBDA, au détriment du célèbre "Patriot" américain.
Ces arguments sur la disponibilité et la supériorité du matériel américain peuvent ainsi "être battus en brèche", estime ainsi Olivier Andriès, pour qui l'exemple du SAMP/T NG associé aux missiles Aster, est l'illustration que les Européens n'ont "pas à rougir".
"Aucun impact à date" de la guerre dans la branche civile
Depuis le début de la guerre du Golfe, certains pays en Europe du Nord et Europe de l'Est, particulièrement les pays baltes, "ont reçu des messages de la part des Etats-Unis qu'ils seraient dépriorisés", a-t-il assuré. Pour la branche civile "il n'y a aucun impact à date", a déclaré M. Andriès, qui est également le directeur général du motoriste Safran. "Il n'y a eu aucune demande d'aucune compagnie aérienne de repousser des livraisons d'avions (...) Depuis quelques années, le secteur aérien est plutôt en manque d'avions".
Les compagnies du Golfe ont repris entre 50 à 70% de leurs vols tandis que la part des compagnies low cost qui ont réduit leur programme de vols en raison de la hausse du prix du kérosène est "relativement faible", a-t-il poursuivi. "Nous ne voyons pas non plus de signaux à date de baisse d'activité dans le domaine de la maintenance", a-t-il ajouté. L'impact de la guerre sur la filière dépendra toutefois de la durée de la crise, a-t-il souligné. "Si la crise devait s'arrêter dans les prochaines semaines, ce serait un choc dont le secteur se remettrait assez rapidement. Mais si la crise devait durer plus longtemps, on est dans un autre scénario", a-t-il déclaré.
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