Anne-Claire Legendre, nouvelle directrice de l'Institut du monde arabe (IMA), s'adresse à la presse à l'Institut du monde arabe (IMA), le 17 février 2026 à Paris ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )
Une diplomate pour succéder à Jack Lang : Anne-Claire Legendre, proche conseillère d'Emmanuel Macron, a été choisie mardi pour donner "un nouvel élan" à l'Institut du monde arabe (IMA) où elle remplace l'ancien ministre socialiste, poussé vers la sortie en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein.
"Mon rôle, c'est de ramener de la sérénité" à l'IMA et de "lui redonner la confiance du public", a déclaré cette arabophone de 46 ans, première femme à présider cette institution hybride, lieu culturel et instrument diplomatique.
Depuis plusieurs jours, l'IMA était indirectement percuté par la mise au jour des nombreux échanges entre Jack Lang, son président depuis 13 ans, et Jeffrey Epstein, le financier américain et criminel sexuel mort en prison en 2019.
Pour ses premières déclarations publiques, sa successeure, jusqu'à présent conseillère d'Emmanuel Macron chargée de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, a également promis de "donner un nouvel élan" à cette institution qui peine parfois à trouver sa place depuis sa création en 1987.
En 2024, la Cour des comptes avait salué l'action culturelle "foisonnante" de l'IMA mais déploré son incapacité à "améliorer l'intégration des diasporas arabes en France" et pointé globalement le risque d'un "affaiblissement de (sa) raison d'être".
Nommée dans un premier temps jusqu'à la fin décembre, Mme Legendre aura pour mission de "moderniser" la gouvernance de l'IMA, rétablir une trajectoire "financière soutenable" et renforcer les "règles de déontologie", a énuméré l'Institut dans un communiqué.
"J'ai une mission de transparence", a résumé cette ancienne porte-parole du Quai d'Orsay et ex-ambassadrice au Koweït, sans occulter la dimension politique de son poste.
"C'est un immense défi et c'est un immense bonheur que d'être là pour défendre ces liens absolument essentiels entre la France et le monde arabe", a-t-elle déclaré, ajoutant que l'IMA se devait "d'évoquer cette part d'arabité de la France" et "de la revendiquer fièrement".
L'Institut du Monde Arabe à Paris, le 16 février 2026 ( AFP / Charlotte SIEMON )
Le choix par la France de Mme Legendre a été approuvé à l'unanimité par le conseil d'administration de l'IMA, composé de sept ambassadeurs de pays arabes (Arabie Saoudite, Qatar, Palestine...) et d'autant de personnalités désignées par le ministère des Affaires étrangères, autorité de tutelle de l'institution.
- Nouvelle plainte -
Réunie mardi matin, cette instance a également pris formellement acte de la démission de Jack Lang, qu'il avait annoncée sous la pression le 7 février.
Après avoir dans un premier temps exclu de démissionner, l'ancien ministre de la Culture emblématique des années 1980 avait jeté l'éponge, cerné par les appels à la démission et l'ouverture par le parquet national financier (PNF) d'une enquête pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée".
La justice financière s'intéresse à une société offshore de revente d'œuvres d'art contemporain créée par Caroline Lang, la fille de l'ancien ministre, et Jeffrey Epstein en 2016, à une époque où le financier américain avait déjà été condamné pour trafic sexuel.
Lundi, au moment même où Jack Lang faisait ses adieux à ses équipes, des enquêteurs de la brigade financière perquisitionnaient ses bureaux de l'IMA.
Le président de l'Institut du Monde Arabe (IMA), Jack Lang, lors d'une cérémonie d'adieu après sa démission de la présidence de l'IMA, le 16 février 2026 à Paris ( AFP / Charlotte SIEMON )
"Il y a une campagne de calomnie et de lynchage et (...) on verra ensuite qu'elle n'est fondée sur rien", avait clamé Jack Lang devant ses équipes, justifiant sa démission par son souci de "protéger l'image" de l'IMA.
Un nouveau front judiciaire pourrait par ailleurs s'ouvrir : l'association AC !! Anticorruption a déposé une nouvelle plainte devant le PNF visant les liens financiers possibles de Jack Lang avec Jeffrey Epstein ainsi que sa gestion de l'IMA, a-t-on appris mardi de source proche du dossier.
"Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai", avait par avance balayé Jack Lang dans un courrier adressé au ministre des Affaires étrangères.
A la fois musée, bibliothèque ou centre de langues, l'IMA, fondation privée reconnue d'utilité publique, découle d'un partenariat noué avec 22 pays arabes, qui devaient initialement fournir 40% de son budget.
Cette règle a toutefois été abandonnée en 2014 et le ministère des Affaires étrangères contribue aujourd'hui pour moitié au budget, avec une subvention de 12,3 millions d'euros complétée par les ressources propres du lieu et des dons occasionnels de pays arabes.

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