Des flammes et de la fumée s'élèvent après l'attaque d'une base militaire par un drone, qui a fait de nombreuses victimes parmi les soldats français chargés de la formation à la lutte contre le terrorisme dans la région, dans le contexte du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, à Makhmour
par John Irish
Un soldat français a été tué et six autres ont été blessés jeudi soir lors d'une attaque de drone contre une base militaire kurde en Irak, dans la région d'Erbil, ont annoncé les autorités françaises vendredi, 14e jour de la guerre au Moyen-Orient.
Emmanuel Macron a annoncé durant la nuit, sur le réseau social X, le décès de l'adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère).
Il s'agit du premier soldat français décédé depuis le début de la guerre entre l'Iran d'une part, Israël et les Etats-Unis d'autre part, le 28 février.
"Sept de nos soldats ont été touchés par la frappe, parmi lesquels l'adjudant-chef Arnaud Frion qui, malgré une prise en charge rapide par les équipes médicales présentes, a succombé à ses blessures", précise le ministère des Armées dans un communiqué.
Le sous-officier est "mort frappé par un drone Shahed sur la position sur laquelle il était", a dit vendredi à des journalistes le colonel François-Xavier de la Chesnais, chef de corps du 7e bataillon de chasseurs alpins (BCA) de Varces.
Le drone Shahed 136 est un drone d'attaque et de croisière fabriqué par l'Iran.
Les militaires français se trouvaient dans la base de Mala Qara, au Kurdistan irakien, région cible de plusieurs attaques de factions pro-iraniennes depuis le début du conflit.
Le groupe armé Ashab al-Kahf a revendiqué l'attaque de Mala Qara vendredi sur Telegram, en riposte, écrit-il, à l'envoi du porte-avions français Charles-de-Gaulle, escorté de huit frégates et deux porte-hélicoptères amphibies, en Méditerranée orientale, en soutien aux alliés de la France dans la région.
Le président Emmanuel Macron a déclaré le 5 mars que la France se tenait prête, à titre "strictement défensif", à venir en aide aux pays du Golfe (Emirats arabes unis, Qatar, Koweït) visés par l'Iran et avec lesquels elle est liée par des accords de défense, ainsi qu'à la Jordanie et à l'Irak.
LA POSTURE DEFENSIVE DE LA FRANCE EN QUESTION
La France dispose d'une présence militaire notable au Moyen-Orient, considéré comme "zone d'intérêt majeure", avec notamment plusieurs chasseurs Rafale qui sont intervenus pour des missions défensives depuis le 28 février.
Paris continue d'insister sur son rôle défensif dans le conflit en cours, mais cette posture apparaît délicate à l'heure où des soldats français sont directement touchés.
Les six soldats français blessés, qui étaient basés comme l'adjudant-chef Arnaud Frion dans le camp kurde, restent pour l'heure hospitalisés et seront rapatriés en France, déclare le ministère des Armées.
Quelque 600 militaires français sont déployés en Irak dans le cadre de l'opération Chammal, versant français de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique ("Inherent Resolve").
Ils ne mènent plus d'opérations au sol depuis 2022 mais fournissent un soutien aérien et maritime aux forces irakiennes et conduisent des actions de formation auprès de l'armée irakienne. Arnaud Frion était déployé depuis le 24 janvier en Irak.
"Il faisait de la formation dans le Kurdistan irakien. (...) C'est ce qu'on produit de meilleur dans l'armée française", a dit le chef de corps du 7e BCA, précisant qu'Arnaud Frion avait "une dizaine d'opérations" extérieures à son actif et "quatre citations".
Le groupe armé Ashab al-Kahf précise dans sa déclaration que les intérêts français dans la région sont des cibles légitimes, au même titre que les intérêts américains.
Selon trois sources sécuritaires irakiennes et deux sources informées des opérations, les groupes armés irakiens alliés de Téhéran ont intensifié ces derniers jours les tirs de missiles et de drones contre les intérêts américains, en réponse aux bombardements menés par les Etats-Unis et Israël en Iran.
La présence des forces françaises en Irak "s'inscrit dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre en Iran ne saurait justifier de telles attaques", souligne Emmanuel Macron sur X.
Un conseil de défense et de sécurité nationale était prévu prochainement à l'Elysée, selon une source diplomatique.
(Reportage de John Irish, Ahmed Rasheed et Mrinmay Dey; version française par Camille Raynaud et Zhifan Liu, édité par Sophie Louet)

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