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Trump veut amener l'Iran à négocier, Téhéran dit camper sur ses positions
information fournie par Reuters 26/03/2026 à 12:11

par Parisa Hafezi, Alexander Cornwell et Kanishka Singh

Les Etats-Unis et l'Iran multiplient les déclarations et les signaux contradictoires sur l'éventualité d'un accord pour mettre fin à près d'un mois de conflit, alors que les échanges des tirs de missiles et de drones se poursuivaient jeudi dans la région.

Cette incertitude persistante pèse de plus en plus lourd sur les perspectives économiques mondiales, la flambée des cours du pétrole alimentée par la fermeture partielle du détroit d'Ormuz par Téhéran entraînant des conséquences en cascade sur de nombreux secteurs, face auxquelles les gouvernements peinent à trouver la parade.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a déclaré que divers messages avaient été échangés via des intermédiaires mais que l'Iran, bombardé depuis le 28 février par les Etats-Unis et Israël, n'était engagé dans aucun dialogue ni aucune négociation avec les Américains.

"Des messages ont été transmis via nos pays amis et le fait que nous répondions en exposant nos positions ou en émettant les avertissements nécessaires ne peut pas être qualifié de négociation ou de dialogue", a dit Abbas Araqchi mercredi à la télévision d'Etat iranienne.

S'exprimant un peu plus tard à Washington, Donald Trump a pour sa part affirmé que les dirigeants iraniens "négocient (...) mais ils ont peur de le dire car ils se feraient tuer par les leurs. Ils ont aussi peur que nous les tuions".

Le président américain a renchéri jeudi sur son réseau Truth Social en assurant que les Iraniens "supplient" les Etats-Unis de conclure un accord et qu'"ils feraient mieux de se montrer rapidement sérieux avant qu'il ne soit trop tard".

PLAN AMÉRICAIN EN 15 POINTS

Donald Trump n'a pas précisé l'identité des interlocuteurs de Washington côté iranien, qu'il a néanmoins qualifiés d'"étranges", alors que la campagne de bombardements israélo-américains a tué de nombreux dirigeants de la République islamique en près de quatre semaines, dont le guide suprême Ali Khamenei dès le premier jour.

Une source pakistanaise au fait des discussions a dit jeudi à Reuters qu'Israël avait accepté de retirer Abbas Araqchi et le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, de sa liste des "cibles" à éliminer à la suite d'une demande en ce sens adressée aux Etats-Unis par le Pakistan, présenté comme l'un des intermédiaires de ces divers échanges avec la Turquie et l'Egypte.

Les Israéliens les avaient localisés et "voulaient les éliminer", a dit cette source. "Nous avons dit aux Etats-Unis que s'ils étaient éliminés, alors ils n'auraient plus personne à qui parler, donc les Américains ont demandé aux Israéliens de s'abstenir", a-t-elle ajouté.

Israël a dit jeudi avoir tué le commandant des forces navales des Gardiens de la révolution, corps d'élite de la République islamique d'Iran.

Un plan de paix américain en 15 points a été adressé à l'Iran via le Pakistan, selon trois sources gouvernementales israéliennes. Il prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz, la suppression du stock iranien d'uranium hautement enrichi, une limitation du programme iranien de missiles balistiques et l'arrêt par Téhéran du financement de ses alliés régionaux, selon ces sources.

La Maison blanche a refusé de préciser le contenu de cet éventuel projet.

LE PENTAGONE PRÉVOIT L'ENVOI DE TROUPES AÉROPORTÉES

Israël doute que l'Iran accepte de telles conditions et craint que l'administration Trump, confrontée à l'impopularité de cette guerre aux Etats-Unis, ne fasse trop de concessions pour trouver une issue au conflit, a dit un responsable de haut rang du secteur de la défense en Israël. L'Etat hébreu réclame en outre que tout accord n'altère pas sa capacité à mener des frappes préventives, a dit une deuxième source.

L'Iran a déclaré à des intermédiaires que le Liban devait être inclus dans tout accord de cessez-le-feu, selon six sources régionales au fait de la position iranienne, alors que le Hezbollah libanais s'est engagé dans le conflit en soutien à Téhéran.

Parallèlement à ces échanges en coulisses, l'armée israélienne a déclaré jeudi avoir achevé une nouvelle vague de bombardements de grande ampleur contre diverses infrastructures à travers l'Iran. Elle a ensuite fait état de missiles tirés d'Iran vers Israël, où les sirènes d'alerte ont retenti à Tel Aviv notamment.

Après quasiment un mois de frappes aériennes, le Pentagone prévoit de déployer des milliers de troupes aéroportées dans la région du Golfe afin d'offrir à Donald Trump davantage de latitude pour ordonner un éventuel assaut terrestre, ont dit des sources à Reuters, précisant que deux contingents de "marines" étaient déjà en route.

Comme depuis le début du conflit, l'Iran continue de riposter en tentant de frapper non seulement Israël mais aussi les pays du Golfe qu'il considère comme alliés des Etats-Unis.

A Abou Dhabi, deux personnes ont été tuées et trois autres blessées par des débris d'un missile balistique intercepté dans les airs, ont dit les autorités locales.

L'Iran a surtout de facto pris le contrôle du détroit d'Ormuz en menaçant de frapper tout navire dont il refuserait le passage via cette voie essentielle au commerce mondial du pétrole, ce que le sultan Al Jaber, patron de la compagnie pétrolière émiratie ADNOC, a qualifié mercredi de "terrorisme économique".

Face à l'envolée des prix à la pompe provoquée par le tarissement des approvisionnements en pétrole, le gouvernement français prépare des mesures ciblées pour les "gros rouleurs", notamment en matière de trésorerie, a dit le ministre de l'Economie et des Finances, Roland Lescure.

(Bureaux de Reuters, rédigé par Lincoln Feast, version française Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)

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