Le Premier ministre Sébastien Lecornu le 22 octobre 2026 à l'Elysée à Paris ( POOL / Teresa Suarez )
Autoproclamé Premier ministre le plus faible de la Ve République à son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu gouverne dans la plus grande discrétion. Une méthode à l'épreuve des multiples crises de la rentrée, avec un Emmanuel Macron de retour en première ligne.
"On s'est un peu moqués de nous": Anaïs Ella, porte-parole de l'organisation Les Lycéens!, n'a guère goûté lundi de voir deux influenceuses dévoiler le plan du gouvernement à destination de la jeunesse. Reçues avant même les organisations représentatives lycéennes et étudiantes, les stars des réseaux sociaux ont eu la primeur des annonces de Sébastien Lecornu.
Cocasse, alors que le président lançait quasiment en même temps depuis Marseille que "les réseaux sociaux abîment notre démocratie".
"Pour un Premier ministre qui n'aime pas la communication, c'est réussi", cingle l'entourage de Gabriel Attal.
Contrairement à ce prédécesseur rue de Varenne, Sébastien Lecornu communique a minima. Lundi, il a laissé à ses ministres Edouard Geffray (Education) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) le soin d'assurer la conférence de presse.
Le Premier ministre "agit comme il a toujours agi: en sous-marin", décrit un cadre du bloc central. Au ministère des Armées, la communication ministérielle était rare et cadrée: pas de bavard à la grande muette. La méthode a été reprise à Matignon. Pas de journal télévisé depuis octobre 2025, entre la chute expresse de son premier gouvernement et la nomination du second.
Hormis au Parlement, le Premier ministre s'exprime peu.
A ses désormais traditionnelles interventions depuis le perron de Matignon et quelques interviewes ciselées dans la presse écrite dominicale s'ajoutent une série de courriers tous azimuts, rendus publics sur les réseaux sociaux.
Les prises de parole récentes sont souvent nocturnes, comme à l'issue de la journée de violences du 17 octobre ou de sa visite à Limoges. Métaphore d'un Premier ministre qui fuit la lumière.
Au Porge (Gironde), martyrisé par le grand incendie estival, Sébastien Lecornu est ainsi arrivé la veille de sa visite officielle. "Je ne cours pas après la communication", a-t-il argué pour justifier son déplacement hors presse.
Depuis un an, sans majorité au Parlement, la méthode a tenu. "Il a été habile de refuser ostensiblement de communiquer", juge un ancien ministre. "Sobriété, diète médiatique, ça a participé formidablement à son image. Il passe pour un mec sérieux", se félicitait récemment un proche.
"Éteindre la lumière"
Jusqu'à la crise actuelle ? "Les lycées, c'est une très grosse plantade. Ils n'ont pas anticipé du tout", juge un ancien député Renaissance. Des carences reconnues lundi par Emmanuel Macron lui-même.
"Le président, il a laissé son Premier ministre gérer, Sébastien a joué le pourrissement et ça lui a pété à la gueule", observe une ancienne ministre. D'où une reprise en main présidentielle: allocution le 18 octobre, conseil de sécurité et réception de lycéens à l'Elysée, déplacement à Marseille...
La gestion du mois de contestation trouve peu de défenseurs dans le camp présidentiel. Voici quelques semaines, un proche du Premier ministre en appelait à la pluie et aux vacances scolaires pour voir le mouvement s’essouffler. Peine perdue: le mouvement s'est étendu en contestation sociale.
Lors d'une allocution le 7 octobre, Sébastien Lecornu aborde brièvement la contestation avant d'évoquer les prix de l'essence et de l'électricité. "Je ne sais pas pourquoi il fait lui-même la convergence des luttes avant même qu’elle ait commencé", relève une ministre.
Son ciblage de La France insoumise est également critiqué. "Regardez la dynamique Mélenchon depuis que Sébastien a été nommé: manifestement ça ne marche pas du tout", juge une députée Renaissance. Mardi, à l'Assemblée, M. Lecornu a accusé la gauche de "recel politicien" et de "faire le jeu du RN" après l'attentat raciste de Trappes.
Comment tenir jusqu'en avril ? "Il n'est pas normal qu'à six mois d'une élection présidentielle, notre pays soit dans cet état d'ébullition", a lâché Emmanuel Macron, qui a jugé "à risques" la prochaine journée de manifestation de samedi, avant celle du 5 novembre à l'appel des syndicats.
Charge à son Premier ministre, par ailleurs enferré dans l'équation budgétaire, de reprendre la main. "Il n'est pas là pour gouverner mais pour éteindre la lumière. C’est pour ça que c’était la bonne personne au bon moment. Mais un peu trop tôt: normalement on n’arrête pas de travailler un an et demi avant l’élection", expliquait récemment un de ses anciens collègues au gouvernement.

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