Quand Christophe Gleizes rencontrait les meilleurs marabouts de Côte d’Ivoire
Christophe Gleizes fête aujourd’hui ses 37 ans. Anniversaire qu’il passera dans une prison en Algérie, pour avoir fait son métier de journaliste. Ce travail l’a amené maintes fois sur le continent africain, comme lors de ce reportage en 2016 à Akradio, village ivoirien connu pour être le repaire des meilleurs marabouts du pays.
Au milieu de la jungle, une cabane en bois pourri marque la fin du village. Une tanière assez sommaire, avec des bibelots et grigris sur les étagères et des bouteilles de gin vides éparpillées un peu partout sur le sol. À l’intérieur, un inquiétant septuagénaire en slip, la peau sur les os et les yeux révulsés, murmure une étrange litanie. Silence ! Le marabout communique avec les esprits. « Pour parler avec les djinns, je prends deux pierres comme celles-ci. Je les frotte pour en faire de la poussière que je souffle au soleil. À ce moment-là, je regarde l’air et les génies me parlent. » Cela fait 50 ans que Mathieu Akpa vit en ermite et dialogue avec l’au-delà. Ici, tout le monde l’appelle « Cross », parce qu’il est « aussi maigre que le Christ sur la croix » . Avec son sourire édenté, le patriarche est l’un des marabouts les plus respectés du village d’Akradio, dix mille habitants et capitale mystique de Côte d’Ivoire.
Cross l’assure, il est un sorcier polyvalent : « Je peux soigner n’importe quel mal, trouver un travail à quelqu’un, faire revenir une femme, obtenir un diplôme. » Mais Cross n’est pas qu’un marabout redouté. C’est aussi un homme d’affaires avisé. Il a progressivement délaissé les cures de VIH, les gonflements de seins et autres rallongements de pénis pour se tourner vers un business plus lucratif : le football. « Je travaille dans le gardiennage (sic) , si je puis dire. J’ai aidé nos portiers à remporter les séances de tirs au but lors des deux finales de Coupe d’Afrique des nations. » Dans ce village situé à soixante kilomètres de route poussiéreuse d’Abidjan, une dizaine de marabouts ont mis leurs pouvoirs magiques au service de la fédération ivoirienne de football. Et permis aux Éléphants de soulever deux CAN… à vingt-trois ans d’intervalle.…
Article initialement publié en mars 2016 dans le numéro 135 de So Foot.
Par Barthélémy Gaillard et Christophe Gleizes, à Abidjan (Côte d’Ivoire) pour SOFOOT.com
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