L'ex-commandant de l'armée ukrainienne, Serguiï K. (g) aux côtés de son avocat, Nicola Canestrini, avant le début de son procès pour le sabotage des gazoducs Nord Stream, à Hambourg, le 14 octobre 2026 dans le nord de l'Allemagne ( POOL / Markus Scholz )
La Russie utilisait les gazoducs Nord Stream comme une "arme" pour exercer des pressions politiques et économiques, a affirmé l'avocat d'un ex-officier ukrainien mercredi, à l'ouverture en Allemagne du procès sur le sabotage de ces infrastructures énergétiques germano-russes il y a quatre ans.
Premier à comparaître dans cette affaire spectaculaire, Serguiï Kuznietsov, ex-commandant de l'armée ukrainienne, est accusé par le parquet allemand d'"avoir élaboré avec d'autres militaires, à la demande des autorités ukrainiennes, un plan en vue de détruire les gazoducs".
"Il a commis un crime de guerre en attaquant, au moyen de moyens militaires, des infrastructures civiles", a affirmé le procureur Stefan Schmidt, en lisant l'acte d'accusation devant le tribunal de Hambourg (nord).
Vêtu d'un costume gris, d'une chemise blanche et portant une cravate, l'accusé Serguiï Kuznietsov, âgé de 50 ans, était entré souriant dans la salle, selon un journaliste de l'AFP sur place.
"En sa qualité d'officier, il a un devoir de réserve et de confidentialité, ce qui l'empêche de s'exprimer sur certains aspects de l'affaire", a souligné son avocat, Nicola Canestrini. "Il doit se défendre avec les mains liées dans le dos", a-t-il ajouté.
"La Russie commet des crimes de guerre dans cette guerre, et Gazprom (géant russe qui contrôle les gazoducs, ndlr) y a pris sa part", a asséné l'avocat.
"La Russie est une terroriste"
Peu avant l'audience, quelques dizaines de manifestants hostiles à Moscou ont brandi des banderoles portant l'inscription "La Russie est une terroriste" et des drapeaux européens, devant le tribunal.
Arrêté le 21 août 2025 en Italie, où il passait ses vacances avec sa famille, l'accusé a été extradé le mois suivant en Allemagne.
Une banderole "la Russie est un terroriste" lors d'une manifetation devant le tribunal où est jugé l'ex-commandant ukrainien Serguiï K. à Hambourg, le 14 octobre 2026 dans le nord de l'Allemagne ( AFP / Gregor Fischer )
Les enquêteurs allemands pensent qu'il dirigeait un commando composé de plongeurs professionnels, d'un artificier et d'un skipper chargé de mener l'opération contre les gazoducs.
Entré en Allemagne début septembre 2022 avec un faux passeport ukrainien après avoir transité par la Pologne, Serguiï Kuznietsov aurait rejoint ses complices à Rostock, un port sur la Baltique (nord-est), à bord d'un voilier loué par des intermédiaires.
Le groupe aurait ensuite acheminé un puissant explosif militaire jusqu'aux abords de l'île danoise de Bornholm, où des charges à retardement auraient été fixées sur les gazoducs avant d'exploser le 26 septembre 2022.
Jamais revendiquée et longtemps entourée de mystère, cette opération est survenue sept mois après l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine.
"Aucune attente particulière"
Au moment de l'attaque, le 26 septembre 2022, les deux gazoducs ne transportaient rien. Les autorités russes avaient déjà suspendu les livraisons de gaz via Nord Stream 1, probablement en réponse aux sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine. Nord Stream 2, tout juste achevé, n'est quant à lui jamais entré en service.
Le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 ( AFP / )
Après l'explosion, de nombreuses pistes avaient été évoquées, avec en toile de fond l'hypothèse d'un État commanditaire : la Russie elle-même, les États-Unis (très critiques des gazoducs car ils accroissaient la dépendance européenne au gaz russe) et l'Ukraine que la justice allemande a fini par accuser en juillet 2026.
Une situation délicate car l'Allemagne est le premier soutien militaire de Kiev et se dit régulièrement victime d'actes de sabotage et d'espionnage russes sur son sol. Officiellement, le gouvernement allemand insiste sur la séparation des pouvoirs et ne commente pas l'affaire.
De son côté, l'Ukraine dément avoir orchestré le sabotage, mais n'a pas caché sa satisfaction, jugeant légitime toute attaque en mesure d'affaiblir la capacité du Kremlin à financer sa guerre.
Interrogé sur le procès, un haut responsable du gouvernement ukrainien a répondu à l'AFP n'avoir "aucune attente particulière".
Le tribunal de Hambourg a pour le moment programmé des audiences jusqu'en février. Si le suspect est reconnu coupable, il risque plusieurs années de prison.
Interrogé par l'AFP sur les attentes russes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré espérer "une procédure objective et un verdict".

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