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PORTRAIT-Brésil-Flavio Bolsonaro, la présidentielle en héritage
information fournie par Reuters 01/10/2026 à 17:00

par Luciana Magalhaes

La "passation de pouvoirs" a eu lieu fin 2025, dans une cellule de prison de 12 mètres carrés, où il purgeait une peine de 27 ans pour tentative de coup d’Etat: l’ancien président populiste Jair Bolsonaro a adoubé son fils Flavio pour l'élection présidentielle des 4 et 25 octobre au Brésil.

"Allez, c’est à toi" : ce sont les mots dont se souvient le sénateur Flavio Bolsonaro, désormais principal candidat de la droite brésilienne.

Son père, qui à 71 ans souffre de problèmes de santé, est détenu temporairement dans sa résidence de Brasilia après sa condamnation par le Tribunal suprême en septembre 2025 pour avoir tenté de se maintenir au pouvoir malgré sa défaite électorale de 2022 face à Lula.

Flavio Bolsonaro, 45 ans et une ressemblance frappante avec l'ancien dirigeant d'extrême droite (2019-2022), a immédiatement accepté la mission. "Il (son père) a été humilié et condamné parce que le système ne voulait pas de lui dans la vie publique", déclarait-il à Reuters en décembre dernier, peu après avoir annoncé sa candidature à la présidence.

Pour la famille Bolsonaro, le scrutin présidentiel sonne l'heure de la revanche. Responsables politiques, juges, "corporations", tous ceux qu'elle considère comme responsables de l'éviction du patriarche sont dans son viseur.

Depuis des mois, les sondages donnent Flavio Bolsonaro au coude-à-coude avec l'actuel président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, candidat à sa réélection pour un quatrième mandat de quatre ans non consécutif après une première victoire en 2002.

"IL FAUT QUE CE SOIT UN BOLSONARO"

La soif de compétition de Flavio Bolsonaro en a surpris plus d'un, l'homme étant considéré comme peu combatif et se dépeignant comme un "Bolsonaro plus modéré".

Et contrairement à ses frères, également engagés en politique, Flavio Bolsonaro fait l’objet d’allégations de corruption, notamment pour avoir orchestré un système présumé de pots-de-vin qui aurait profité à des proches d’Adriano da Nobrega, un ancien policier accusé d’avoir dirigé un gang de tueurs à gages.

L’annonce de sa candidature a secoué les marchés et n'a pas levé le scepticisme des autres partis de droite à son égard, qui ont investi leurs propres candidats à la présidence.

Après avoir tenté, en vain, pendant des mois de convaincre d’autres personnalités de se joindre à ses côtés, Flavio Bolsonaro a finalement choisi comme colistier un député peu connu de son propre Parti libéral, Alfredo Gaspar.

"Il y a eu un manque de communication au départ, peut-être dû au fait que c’était la première candidature présidentielle de Flavio", reconnaît la sénatrice conservatrice Tereza Cristina, qui n’a pas été autorisée par la direction de son parti à accepter le rôle de colistière de Flavio Bolsonaro.

Les fidèles du Parti libéral semblaient néanmoins confiants dans leur décision d'avoir investi le sénateur comme candidat.

"Il fallait que ce soit un Bolsonaro", déclare à Reuters Valdemar Costa Neto, le chef du Parti libéral.

La perspective du retour d'un Bolsonaro au palais présidentiel du Planalto à Brasilia fait toutefois planer la menace de nouveaux affrontements institutionnels.

S’il est élu, Flavio Bolsonaro s’empresserait probablement de faire annuler les décisions judiciaires qui ont porté un coup à sa famille, avec la libération de son père comme objectif principal.

"Je demande à Dieu de m’accorder l’occasion de gravir la rampe du palais du Planalto l’année prochaine aux côtés du président Jair Messias Bolsonaro, afin qu’il puisse placer l’écharpe présidentielle sur ma poitrine", déclarait-il au début du mois à l’occasion de la Fête de l’Indépendance.

SOUTIEN DU MOUVEMENT CONSERVATEUR MONDIAL

Malgré un accueil initialement mitigé au Brésil, sa candidature a rapidement été saluée par les conservateurs du monde entier, désireux de voir le Brésil rejoindre la vague régionale de droite qui a porté au pouvoir Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador et Daniel Noboa en Équateur.

Flavio Bolsonaro a suivi la même stratégie que bon nombre des populistes de droite latino-américains, ralliant les factions conservatrices autour du traditionalisme chrétien, de l’économie de marché et d’une hostilité farouche envers la gauche.

Il s'est engagé à réduire les impôts et à redresser drastiquement les comptes publics afin de faire baisser les coûts d'emprunt à long terme au Brésil. Si ce programme a séduit le monde des affaires et les investisseurs, les économistes estiment que ces propositions manquent de précision.

Avec l’aide de son frère Eduardo, qui a été démis de ses fonctions de député au Congrès brésilien après s’être installé aux États-Unis, Flavio Bolsonaro a également réussi, fin mai, à obtenir un entretien avec le président américain Donald Trump, qui l'a décrit comme "un jeune homme intelligent qui aime beaucoup son pays, le Brésil !"

Proche allié de Jair Bolsonaro lors de son premier mandat à la Maison blanche, Donald Trump a défendu bec et ongles son ancien homologue brésilien lors de son procès pour tentative de coup d'État.

Mais les efforts de Flavio Bolsonaro pour raviver cette alliance américano-brésilienne ont laissé de nombreux Brésiliens de marbre.

Sa rencontre avec Donald Trump a été précédée par l’annonce de droits de douane élevés de Washington sur les importations brésiliennes, l'occasion parfaite pour Luiz Inácio Lula da Silva de qualifier Flavio et Eduardo Bolsonaro de "traîtres".

"Je ne pense pas que le président Trump ait aidé Flavio, loin de là", observe Thomas Shannon, qui a occupé le poste d'ambassadeur des États-Unis au Brésil sous l'administration Obama. "Je pense que cela lui a plutôt nui", dit-il à propos de leur rencontre.

RÉVÉLATIONS ET POLÉMIQUES

Flavio Bolsonaro a subi son plus gros revers en mai.

Une enquête a révélé qu’il avait demandé à un banquier discrédité, accusé d’avoir orchestré une fraude de plusieurs milliards de dollars, de l’argent pour financer un "biopic" hollywoodien - une biographie filmée - sur Jair Bolsonaro.

Les contrats de production faisaient état de virements d’un montant de 12 millions de dollars provenant d’un fonds lié au banquier, Daniel Vorcaro, vers un fonds américain géré par un avocat représentant son frère Eduardo Bolsonaro.

Après avoir d’abord nié toute implication, Flavio Bolsonaro a admis que le banquier avait financé le projet, mais a soutenu qu’il n’y avait eu aucune malversation, simplement "un parrainage privé, sans aucune condition".

Cette révélation a toutefois déclenché une vive polémique. Le sénateur a vu son soutien chuter dans les sondages et certains de ses alliés se sont ouvertement montrés critiques.

Romeu Zema, un homme d’affaires également candidat à la présidence, a qualifié cette affaire de "gifle en pleine figure".

Des documents judiciaires récemment rendus publics ont révélé que la police fédérale avait ouvert en juillet une enquête sur Flavio Bolsonaro pour corruption, blanchiment d’argent et fuite illicite de capitaux en lien avec le projet de film.

Il a qualifié cette enquête de "coup politique" et a depuis regagné du terrain dans les sondages.

(Version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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