Le maire de Limoges Emile Roger Lombertie, le 10 janvier 2025, à Limoges ( AFP / PASCAL LACHENAUD )
Unis en 2014 pour s'emparer de "la Rome du socialisme", le maire de Limoges Émile Roger Lombertie et le président de la métropole Guillaume Guérin se déchirent 12 ans plus tard, offrant l'occasion à la gauche, elle aussi divisée, de reprendre ce bastion.
Leur victoire avait mis fin à 102 ans de règne socialiste sur cette ville de 130.000 habitants, où est née la CGT en 1895.
En 2020, M. Lombertie avait été réélu à la mairie et M. Guérin avait pris la tête de la métropole, elle aussi conquise par la droite.
Mais le 7 janvier, le maire sortant, âgé de 75 ans, a stupéfait son camp en annonçant sa candidature dans le quotidien local Le Populaire du centre, sans même prévenir M. Guérin, qui était également son adjoint aux finances.
"J'ai été meurtri", a déclaré ce dernier, âgé de 38 ans. Dans un mail à ses sympathisants, que l'AFP a pu consulter, il a dénoncé une "prise d'otage de sa propre majorité", avant de lancer le 26 janvier sa propre candidature, qui s'ajoute à celle d'un autre adjoint, le centriste Vincent Léonie.
- "Droite la plus bête du monde" -
Le président de la métropole de Limoges Guillaume Guérin, au centre, le 12 décembre 2022, à Limoges ( AFP / PASCAL LACHENAUD )
Depuis quelques années, l'ambiance s'est tendue entre la Ville et la Métropole sur des dossiers emblématiques, comme le Bus à haut niveau de service, débouchant sur des plaintes pour harcèlement moral et sexuel visant Émile Roger Lombertie et deux autres vice-présidents, mis en examen à Tulle où le dossier a été dépaysé.
Début 2025, Guillaume Guérin a également créé un groupe au sein de la majorité municipale, vécu comme une défiance par l'équipe de M. Lombertie, qui a lui-même braqué certains adjoints en parlant de "mexicanisation des quartiers" et d'"enfants soldats", pour beaucoup "musulmans salafistes intégristes", après des émeutes l'été dernier.
"La division Guerin-Lombertie risque de leur faire perdre la mairie. C'est la droite la plus bête du monde", commente Albin Freychet, candidat RN qui se dit prêt à "tendre la main à droite au second tour" pour battre la gauche.
Cette dernière part elle aussi divisée, entre le député LFI Damien Maudet, soutenu par les Ecologistes et Génération.s, et un ancien commandant de police judiciaire, "flic de gauche" revendiqué, Thierry Miguel, appuyé par le PS, le PC et Place Publique.
En janvier, Marine Tondelier avait expliqué avoir "fait confiance aux adhérents" pour choisir "le meilleur maire", lors d'un meeting commun de soutien à M. Maudet avec le coordinateur des Insoumis Manuel Bompard.
- "Cogner comme des sourds" -
Un mois plus tard, la co-secrétaire régionale des Écologistes, Soazig Villerbu, a assuré qu'il n'y avait "aucun tiraillement" avec LFI, après la mise en examen de proches d'un député Insoumis dans l'enquête sur la mort à Lyon du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque. "Ce qui se passe à Lyon reste à Lyon", ajoutait-elle.
Thierry Miguel se dit "capable de tendre la main à la liste Limoges Front Populaire si ses membres se désolidarisent des positions brutales et violentes de Mélenchon, qui utilise les codes de l'antisémitisme", en référence à la polémique sur sa prononciation des patronymes juifs "Epstein" et "Glucksmann".
Damien Maudet dénonce "un prétexte infamant pour justifier qu'ils ne veulent pas d'union". "S'il y avait de l'antisémitisme dans le parti, je ne serais pas là", ajoute-t-il, tout en promettant de "proposer l'union de la gauche la plus large possible", quand il sera "en tête au premier tour", qui pourrait déboucher sur une quadrangulaire, voire une quinquangulaire, avec le RN.
"Notre seul adversaire, c'est la droite", assure aussi Miguel, partisan de "la plus large union à gauche, de (François) Ruffin à (Raphaël) Glucksmann", qui viendra le soutenir jeudi prochain avec le Premier secrétaire du parti socialiste, Olivier Faure.
"Si l'union de la gauche se fait, on va leur cogner dessus comme des sourds", prévient Guillaume Guérin. "Il est évident qu'à droite, on se parlera. Et je tendrai la main à tous ceux qui voudront faire barrage à LFI. Au premier tour, on choisit, au deuxième on élimine."
Reste à connaître la position de M. Lombertie, qui ne souhaite pas s'exprimer.

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