L'islamologue suisse Tariq Ramadan lors de son procès pour viol à Genève, le 24 mai 2023 ( AFP / FABRICE COFFRINI )
L'islamologue suisse Tariq Ramadan sera jugé pour viols par défaut et à huis clos, a décidé vendredi la cour criminelle départementale de Paris, délivrant un mandat d'arrêt à l'encontre de l'accusé qui ne s'est pas présenté devant la justice française depuis l'ouverture de son procès.
"Tariq Ramadan sera jugé par défaut", a annoncé la présidente de la cour, Corinne Goetzmann, qui a rejeté la demande de renvoi du procès faite par la défense du prédicateur de 63 ans, estimant qu'il n'avait fait valoir "aucune excuse valable" pour son absence depuis lundi.
Elle a indiqué qu'un mandat d'arrêt, "à exécution et diffusion immédiate", était délivré à son encontre.
Les quatre avocats de M. Ramadan ont alors quitté la salle d'audience.
"Est-ce qu'on a un autre choix que de partir?", a déclaré devant la presse, hors de la salle, l'un d'eux, Me Ouadie Elhamamouchi. "Rester c'est assumer cette parodie de justice", a-t-il ajouté, estimant que son client faisait "encore une fois (...) l'objet d'un acharnement judiciaire".
Sa consoeur, Me Marie Burguburu, a estimé que la délivrance du mandat d'arrêt constituait "une forme d'exécution" de M. Ramadan.
L'islamologue ne s'est pas présenté à l'ouverture de son procès lundi à Paris, ayant été hospitalisé deux jours auparavant à Genève, en Suisse, en raison selon ses avocats d'une "poussée" de sclérose en plaques.
- "Dernier joker dilatoire" -
La présidente de la cour criminelle a dès lors ordonné une expertise médicale sur pièces à deux neurologues désignés pour évaluer son état de santé, afin de décider d'un renvoi ou non du procès à une date ultérieure.
Dans ce rapport, lu à l'audience par la magistrate, les experts ont conclu à la "stabilité de la sclérose en plaques" dont souffre l'islamologue depuis plusieurs années, "sans signe de poussée récente", et ont estimé qu'il pouvait donc comparaître devant la cour criminelle.
Pour appuyer sa demande de renvoi, la défense de M. Ramadan a transmis vendredi à la cour un courrier établi par un médecin de M. Ramadan, soulignant que son patient, sorti de l'hôpital jeudi, était "vidé de son énergie vitale", et proposant qu'il observe une "période de repos d'une semaine à dix jours" avant de comparaître.
Henda Ayari, l'une des parties civiles au procès pour viols de Tariq Ramadan à Paris, entourée de ses avocats Sarah Mauger-Poliak et David-Olivier Kaminski, le 2 mars 2026 ( AFP / Dimitar DILKOFF )
Ce courrier a été qualifié par l'avocat général, Philippe Courroye, de "dernier joker dilatoire" que l'accusé mettait dans le débat.
Le représentant de l'accusation a estimé qu'aucune demande de renvoi n'était "acceptable".
Dans des propos tranchants, il a fustigé une "dérobade" de Tariq Ramadan, qui a "mis une frontière et le lac Léman entre la justice française et lui parce qu'il ne veut pas être jugé", et estimé qu'il faisait "montre de lâcheté".
"Je tiens à affirmer ici solennellement que Tariq Ramadan demande ce procès, souhaite être jugé, et devant tous les journalistes présents, contrairement aux parties adverses", avait rétorqué Me Elhamamouchi, faisant allusion à la demande de huis clos d'une des parties civiles au procès.
La cour a ordonné ce huis clos, de droit quand une victime partie civile le demande.
L'islamologue, déjà condamné par la justice helvète pour un viol sur une femme, était censé comparaître à Paris jusqu'au 27 mars pour des viols qui auraient été commis sur trois autres femmes entre 2009 et 2016, qu'il conteste: un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur "Christelle" (prénom d'emprunt) à Lyon en octobre 2009; un viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l'affaire en portant plainte en octobre 2017; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.
Il encourt jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle.
Pendant l'instruction et après son renvoi devant la justice, Tariq Ramadan a multiplié les offensives procédurales pour réclamer une reprise des investigations et repousser la tenue d'un procès, arguant disposer de nouvelles expertises prouvant selon lui son innocence.

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