Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale à Paris, le 6 octobre 2026 ( AFP / Dimitar DILKOFF )
Nouvelle offensive contre La France insoumise, contre-attaque face aux accusations de violences policières : revenu mardi dans l'arène politique de l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a défendu un discours de fermeté face aux débordements en marge de la colère lycéenne.
Devant les députés qu'il retrouvait pour les traditionnelles questions au gouvernement après la pause estivale, le Premier ministre a défendu la nécessité de maintenir l'ordre face aux violences, notamment contre les enseignants, en accusant LFI de vouloir "souffler sur les braises" de la révolte et de "bordéliser" le pays à quelques mois de la présidentielle.
Et, alors que le mouvement de contestation est marqué par des accusations de violences policières, le Premier ministre a vertement réagi. Parler d'"instructions politiques de répression policière" est un "mensonge" qui jette "l'opprobre contre la police", a-t-il tonné en évoquant des "accidents" qui "peuvent arriver".
"Depuis 18 jours, vous jouez le pourrissement et déchaînez une répression inédite contre les manifestants", lui a rétorqué dans l'hémicycle la cheffe des députés LFI Mathilde Panot, en réclamant comme les socialistes l'interdiction de l'usage "d'armes mutilantes", alors qu'un jeune a eu la main arrachée par une grenade à Lens, dans le Pas-de-Calais, et un autre a été éborgné à Tours.
"Il faut une réponse politique et non policière", a-t-elle insisté.
La cheffe des députés LFI Mathilde Panot à l'Assemblée nationale à Paris, le 6 octobre 2026 ( AFP / Dimitar DILKOFF )
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez assure que les interventions des forces de l'ordre depuis le début du mouvement s'effectuent dans "la plus grande proportionnalité". Dix enquêtes ont été confiées à la "police des polices".
Plusieurs centaines de milliers de manifestants ont défilé mardi dans toute la France pour "l'acte III" du mouvement, des cortèges sous haute surveillance des autorités qui ne parviennent pas à répondre à la colère après plusieurs jours de tensions et d'affrontements.
Et les pancartes pour dénoncer les violences policières étaient presque aussi nombreuses que celles demandant plus de moyens pour l'éducation.
Le leader de LFI et candidat à l'Elysée Jean-Luc Mélenchon a salué la "discipline" d'une "jeunesse levée pour son avenir" et "maîtrisée".
Le patron du PS Olivier Faure a, lui, dénoncé un pouvoir qui a "méprisé" la jeunesse et "lui a opposé uniquement la force et la violence policière".
Marine Le Pen a, de son côté, promis de rétablir la "sécurité" dans les lycées face à une violence "qu'on a laissée entrer", selon elle, dans les établissements.
Sur le fond des demandes lycéennes, Sébastien Lecornu a ouvert la porte à un dialogue avec les élèves, en annonçant la suspension de certains cours en fin de semaine pour organiser un "temps de démocratie interne". De la "calinothérapie", a raillé le candidat à la présidentielle Les Républicains Bruno Retailleau.
"Pas les moyens"
Le chef du gouvernement a également promis de se pencher sur le dispositif d'orientation Parcoursup, afin d'y apporter "davantage de transparence" et de "simplicité". Mais pour le gouvernement il s'agit d'un dispositif qui "fonctionne" globalement.
Sébastien Lecornu a déjà confié à ses ministres cinq chantiers pour tenter de répondre aux revendications des lycéens sur les absences des enseignants, la rénovation des bâtiments, ou encore les emplois du temps à trous, avec des premières remontées attendues à la mi-octobre.
Manifestation lycéenne à Nantes, le 6 octobre 2026 ( AFP / Sebastien Salom-Gomis )
"C'est difficile pour le gouvernement Lecornu de répondre" à des demandes "très hétéroclites", estime un député Renaissance.
En outre, le gouvernement "n'a pas les moyens" financiers pour répondre aux lycéens alors qu'il peine à redresser les finances publiques, et il a "peu de légitimité politique", étant de privé de majorité à l'Assemblée nationale, souligne un proche du candidat Edouard Philippe.
M. Lecornu a glissé cependant qu'il pourra "trouver des réponses en urgence" dans le budget mais à condition de "trouver des économies ailleurs".
Pour prévenir de futurs débordements, mais au risque de mettre encore de l'huile sur le feu, le gouvernement a en outre accéléré l'examen de son projet de loi "casseurs-payeurs", qui permet de faire payer des dégâts, y compris par le recouvrement des aides sociales, à toute personne participant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'auteur.
De son côté, Emmanuel Macron doit réunir mardi soir à l'Elysée Sébastien Lecornu et plusieurs ministres pour évoquer la mobilisation des lycéens.

2 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer