Aller au contenu principal
Fermer

Missiles Patriot, drones bon marché : pourquoi la défense aérienne doit changer d’échelle
information fournie par The Conversation 13/03/2026 à 16:50

(Crédits: Unsplash - Sergey Koznov)

(Crédits: Unsplash - Sergey Koznov)

Des milliers de drones et de roquettes peuvent aujourd'hui saturer les systèmes de défense les plus sophistiqués. Pour répondre à cette nouvelle réalité des champs de bataille, les militaires développent des armes capables de tirer plus vite, plus longtemps et à moindre coût.

Les batteries de missiles Patriot constituent depuis plusieurs décennies le système de défense aérienne emblématique de l'arsenal des États-Unis. Mais l'évolution des menaces – des roquettes bon marché aux drones encore moins coûteux – a contraint les Américains et d'autres armées à développer toute une gamme d'armes défensives capables d'y répondre.

En représailles aux frappes menées par les États-Unis et Israël, l'Iran mène des attaques aériennes quotidiennes contre Israël et plusieurs pays de la région du golfe Persique à l'aide de missiles et de drones. En décembre 2025, l'Iran a également lancé un raid coordonné de grande ampleur, mobilisant des centaines de missiles et de drones contre Israël.

Le Hamas avait déjà mené une offensive encore plus massive en octobre 2023, tirant plusieurs milliers de roquettes à bas coût et de missiles rudimentaires contre Israël, submergeant son très médiatisé système de défense aérienne Iron Dome. Et dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie, on a également observé plusieurs exemples de raids de drones de grande ampleur menés par les deux camps.

En tant qu'ingénieur spécialiste des systèmes de défense, je constate qu'à mesure que se multiplient et se diversifient les menaces – missiles et drones –, les armées sont contraintes d'adapter leur dispositif de défense et de répondre avec une rapidité et une variété comparables.

À lire aussi | Guerre au Moyen-Orient : comment l'Ukraine a appris à lutter contre les drones iraniens utilisés par la Russie

Les armes défensives sont des éléments de systèmes de défense aérienne intégrés, qui comprennent notamment les moyens de détecter et de suivre les menaces, généralement grâce à différentes formes de radar. Hérités de la guerre froide, les missiles intercepteurs sont l'arme traditionnellement utilisée pour neutraliser ou détruire ces menaces.

Parmi les exemples bien connus de systèmes de défense aérienne utilisant des missiles intercepteurs figurent donc le système Patriot et l'Iron Dome israélien. Ces dispositifs sont conçus pour être efficaces contre un nombre limité de missiles, notamment des missiles balistiques de courte portée, ainsi que contre des avions et des drones. Les États-Unis utilisent également le système Terminal High Altitude Area Defense pour se défendre contre des missiles balistiques de portée intermédiaire, notamment en interceptant ces missiles avant qu'ils ne rentrent dans l'atmosphère terrestre.

Le problème des chiffres

Le conflit actuel dans le Golfe offre un nouvel exemple du calcul implacable au cœur de la défense aérienne. L'Iran a tiré des milliers de missiles et de drones, et il faut souvent plus d'un intercepteur pour abattre un missile entrant. Les États du Golfe seraient aujourd'hui à court d'intercepteurs.

Les stocks américains sont eux aussi sous pression, et les États-Unis envisageraient de déplacer certains intercepteurs depuis la Corée du Sud vers la région du Golfe.

Comme chaque intercepteur coûte plusieurs millions d'euros, utiliser de tels systèmes pour détruire des roquettes qui ne coûtent qu'environ 90 000 euros constitue une équation perdante. Un tel conflit asymétrique est non seulement trop coûteux du côté de la défense, mais il épuise aussi trop rapidement les stocks d'intercepteurs.

De plus, un attaquant peut tout à fait submerger un défenseur. Lors de l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, l'approche traditionnelle de la défense aérienne fondée sur les intercepteurs s'est révélée moins efficace que prévu face à une offensive de grande ampleur impliquant des milliers de missiles et de roquettes relativement rudimentaires. Des premiers rapports font également état d'une importante salve de roquettes tirée par le Hezbollah contre Israël le 11 mars 2026.

À lire aussi | Thales lance SkyDefender, un dôme multicouches pour la défense aérienne

Ce qu'il faut plutôt, ce sont des approches de défense aérienne capables de s'adapter à l'ampleur et au niveau de sophistication croissants des menaces. Comme le Phalanx Close-In Weapon System de la marine américaine, utilisé pour défendre les navires contre les missiles ainsi que contre de petites embarcations de surface. Il s'agit d'une mitrailleuse automatisée capable de tirer jusqu'à 4 500 coups par minute. Elle détruit les cibles entrantes en les pulvérisant sous les tirs. Chaque munition coûte moins de 30 euros, et une centaine de coups sont généralement nécessaires pour neutraliser une cible.

Si cette approche est plus économique que l'utilisation d'intercepteurs coûteux, le chargeur du Phalanx peut être vidé très rapidement, en 20 à 30 secondes, ce qui le rend vulnérable face à un grand nombre de missiles arrivant simultanément. Il s'agit en outre de la dernière ligne de défense. Idéalement, les menaces doivent être neutralisées bien avant que le système Phalanx n'entre en action.

Drones et drones anti-drones

Des attaques aériennes de grande ampleur et à bas coût impliquant des drones armés ont été utilisées dans la guerre entre l'Ukraine et la Russie ainsi qu'au Moyen-Orient. Bien que les drones puissent être abattus à l'aide de missiles intercepteurs, cette solution n'est pas économiquement efficace. Des systèmes d'armes à canon, comme le Phalanx, se révèlent efficaces contre les drones. Les forces américaines, celles des États du Golfe et les forces israéliennes ont également abattu des drones à l'aide de tirs de canons depuis différents aéronefs.

Une autre approche récente, utilisée par les forces ukrainiennes, consiste à développer des drones anti-drones. Ils peuvent endommager ou détruire d'autres drones par différents moyens, notamment par la guerre électronique – qui consiste à brouiller leurs systèmes de commande radio et de communication – ou par interception cinétique, lorsqu'ils percutent directement le drone ciblé. On pense par exemple à Merops, que les États-Unis seraient en train d'envoyer dans la région du Golfe.

Armes à énergie dirigée

Les armées développent également des armes défensives non cinétiques fondées sur des technologies d'énergie dirigée. Les deux formes les plus courantes d'armes à énergie dirigée sont les lasers de haute énergie et les micro-ondes de forte puissance. Les deux transforment l'énergie électrique en effets physiques capables d'endommager ou de détruire des cibles aériennes.

L'un de leurs principaux avantages par rapport aux armes traditionnelles, c'est qu'ils sont souvent présentés comme disposant d'un « chargeur infini ». Tant qu'ils sont reliés à une source d'électricité, ils peuvent continuer à tirer. Cette affirmation n'est toutefois pas totalement exacte : ces systèmes doivent être mis à l'arrêt périodiquement afin de refroidir. Ils restent néanmoins plus économiques et disposent d'une capacité de tir bien plus importante que les systèmes cinétiques.

Les armées du monde entier déploient des armes à laser de haute énergie pour se protéger contre l'artillerie légère, les drones et les embarcations de surface. Les lasers peuvent produire différents effets, notamment en perforant les cibles ou en provoquant leur embrasement.

Par exemple, le système naval américain High Energy Laser with Integrated Optical-dazzler and Surveillance est un dispositif embarqué de 60 kilowatts utilisé pour la protection aérienne des navires. Il peut perturber, ou éblouir, les capteurs des missiles et des drones.

Les armes à micro-ondes de forte puissance ne sont pas encore aussi avancées pour les applications de défense aérienne. Elles fonctionnent en provoquant des courts-circuits dans les systèmes électriques des missiles et des drones, ce qui leur fait perdre le contrôle et les détourne de leur cible.

Une évolution rapide

Dans le jeu du chat et de la souris qui caractérise la guerre moderne, le développement d'armes offensives s'accompagne en permanence de contre-mesures défensives. Face à la tendance récente consistant à utiliser un grand nombre d'armes moins sophistiquées et relativement peu coûteuses, la réponse actuelle consiste à développer des solutions capables d'être déployées à grande échelle et à moindre coût.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • ( AFP / JULIE SEBADELHA )
    information fournie par Boursorama avec AFP 13.03.2026 19:49 

    Eric Woerth, ancien ministre, a été nommé vendredi président du conseil d'administration du PMU, sous réserve de l'avis de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), selon un communiqué de l'opérateur de paris hippiques. "Eric Woerth apportera ... Lire la suite

  • PHOTO DE FICHIER : Grand Prix de Bahreïn
    information fournie par Reuters 13.03.2026 19:03 

    par Alan Baldwin Les Grands ‌Prix de Formule 1 de Bahreïn et d'Arabie saoudite prévus en avril devraient ​être annulés en raison du conflit qui fait rage au Moyen-Orient, a-t-on appris de plusieurs sources. Une annonce est attendue en ce sens lundi au plus tard, ... Lire la suite

  • Le président bolivien Rodrigo Paz (C) donne une conférence de presse à La Paz, aux côtés du commandant général de la police bolivienne, Mirco Sokol (D), et du ministre de l'Intérieur, Marco Antonio Oviedo, après l'arrestation du trafiquant de drogue uruguayen Sebastian Marset, le 13 mars 2026 ( AFP / AIZAR RALDES )
    information fournie par AFP 13.03.2026 18:42 

    Le baron de la drogue uruguayen Sebastian Marset, considéré comme l'un des plus importants narcotrafiquants du Cône sud, a été arrêté vendredi en Bolivie et expulsé dans la foulée vers les Etats-Unis où il était recherché. M. Marset était en cavale depuis 2023 ... Lire la suite

  • Image extraite d'une vidéo UGC fournie par le marin Wang Shang, tournée le 12 mars 2026, montrant de la fumée s'échappant d'un cargo dans le Golfe, au large de Dubaï ( AFPTV / Handout )
    information fournie par AFP 13.03.2026 18:35 

    Wang Shang, marin chinois d'un navire marchand bloqué dans le Golfe par la guerre, assiste par la force des choses aux premières loges à la crise qui ébranle le Moyen-Orient et se sent "en danger". "Je vois tous les jours partir des missiles et j'entends les explosions", ... Lire la suite

Pages les plus populaires