L'électrification de l'économie accroit la dépendance à des minerais sur lesquels la domination chinoise est presque totale. Face à ce monopole, les manoeuvres s'organisent.
Une mine de lithium à Echassieres, lors d'une visite d'Emmanuel Macron, le 22 avril 2026 ( POOL / JEFF PACHOUD )
Dans le cadre d'un "plan de résilience" mis en place pour répondre à la domination chinoise dans le secteur, le gouvernement a annoncé jeudi 5 mai de nouvelles mesures visant à sécuriser l'approvisionnement du pays en terres rares et à soutenir la filière de production locale. "La guerre en Iran nous démontre tous les jours que dépendre exagérément d'un endroit du monde pour une de nos matières premières est un handicap", a déclaré le ministre de l'Économie, Roland Lescure, lors d'un déplacement à Lacq (Pyrénées-Atlantiques) avec le ministre délégué chargé de l'Industrie, Sébastien Martin.
Ces cruciaux "NdFeB"
Dans cet ancien bassin gazier en reconversion, ils se sont rendus sur le site de Caremag, une usine franco-japonaise de raffinage de terres rares et de recyclage d'aimants dits permanents, en construction depuis un an et dans laquelle l'État a investi 106 millions d'euros.
Les minerais dits critiques ou stratégiques — au programme d'une visioconférence spéciale du G7 ce jeudi, a annoncé Roland Lescure — incluent des dizaines de matériaux dont le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite et le lithium, ainsi que les terres rares. Cette catégorie bien définie regroupe 17 éléments métalliques, dont quatre servent à produire des aimants permanents (résistants à la démagnétisation).
Le rapport porte une attention particulière à deux d'entre eux : les NdFeB, et SmCo. Les aimants Néodyme Fer Bore (NdFeB), sont ainsi essentiels pour l'automobile électrique et les éoliennes off-shore. Ils sont plus globalement au coeur des dynamiques de transition énergétique et de souveraineté industrielle. Plus de 50% des besoins en terres rares pour les aimants NdFeB de l’industrie européenne seront ainsi couverts par la production européenne à l’horizon 2030, et 100% des besoins français, assure le gouvernement.
Les aimants Samarium Cobalt (SmCo) sont eux prisés dans les filières ultra-sensibles de l'aérospatial et de la défense. Ces aimants sont moins puissants que les NdFeB, mais brillent par leur stabilité dans des environnements exigeants.
Pour l'heure, la Chine concentre les différents maillons de la chaîne de valeur des aimants permanents à base de terres rares mais le plan gouvernemental vise à s'affranchir de ce monopole en diversifiant et en sécurisant les pays d'approvisionnement.
Compétitivité et "Made in Europe"
Les conditions d'accès à la garantie des projets stratégiques (GPS) seront assouplies dans ce secteur, afin de rendre les acheteurs français plus attractifs. Symbole des aides à l'implantation des entreprises en France et à l'international, la GPS vise à financer des projets considérés comme stratégiques pour l’économie française. Son montant total s'est élevé en 2024 à près de deux milliards d'euros, essentiellement sur les différentes industries de la transition, en particulier les gigafactories de batteries pour véhicules électriques. Cet assouplissement fait par ailleurs écho au virage pro-compétitivité défendu à l'échelle continentale. La Commission européenne a ainsi confirmé des aménagements à venir sur sa politique de concurrence, dans le but de favoriser l'émergence de "champions européens" en allégeant les règles sur les fusions entre poids-lourds industriels.
Le crédit d'impôt industrie verte, prolongé jusqu'en 2028, sera désormais accessible à tous les projets de raffinage de terres rares, alors qu'il était fléché jusqu'ici vers l'éolien.
Autre mesure, le prochain appel d'offres pour l'éolien offshore mettra l'accent sur l'origine géographique des aimants permanents, que la France veut promouvoir aussi dans la labellisation des moteurs électriques "made in Europe" .
Du côté des constructeurs automobiles candidats aux aides du plan France 2030, ils devront justifier de cette diversification pour être éligibles, ont souligné les ministres. Le gouvernement s'est dit enfin "ouvert à discuter avec des traders en matières premières" pour mieux sécuriser l'approvisionnement en minéraux critiques.
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