Ces aménagements visent à renforcer la compétitivité de grands projets industriels, quitte à lâcher du lest sur sa politique de concurrence.
Ursula von der Leyen, le 29 avril 2026, à Strasbourg ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
"Actualiser les outils de concurrence aux réalités d'aujourd'hui". En novembre dernier, la vice-Présidente de la Commission européenne Teresa Ribera insistait sur la nécessaire adaptation des politiques de concurrence à l'échelle du continent, notamment face aux marchés florissants du numérique et de la transition écologique. Cinq mois plus tard, Ursula von der Leyen a acté la bascule de dynamique européenne, annonçant que l'UE va assouplir sa doctrine en matière de fusions et acquisitions d'entreprises pour favoriser l'émergence de géants européens dans les secteurs innovants.
"L'Europe a besoin d'entreprises audacieuses et innovantes capables de rivaliser à l'échelle mondiale. Nous avons les talents. Il nous faut maintenant créer un environnement propice à l'émergence des futurs champions européens", a justifié la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans un communiqué. Bruxelles s'était engagée à réviser cette année ses règles sur les fusions, dans le cadre d'efforts pour renforcer la compétitivité de l'UE, inspirés notamment des rapports des économistes italiens Mario Draghi et Enrico Letta en 2024.
Les changements projetés par Bruxelles, qui sont les plus importants depuis une vingtaine d'années pour le droit européen de la concurrence, font l'objet d'une consultation publique ouverte jusqu'au 26 juin. La Commission pourra ensuite faire des ajustements éventuels, avant de les adopter formellement.
"Les fusions peuvent aider les entreprises à atteindre une taille critique, indispensable pour être compétitives dans certains secteurs mondiaux, notamment ceux à forte intensité capitalistique et à innovation rapide en matière de recherche et développement", souligne la nouvelle doctrine, élaborée par Bruxelles.
En outre, "les fusions renforçant la compétitivité de l'industrie européenne, en particulier sur les marchés mondiaux, améliorant les conditions de croissance et rehaussant le niveau de vie dans l'Union sont les bienvenues", soulignent encore ces nouvelles "lignes directrices". Ces changements pourraient avoir un impact important pour les entreprises européennes, en favorisant des méga-fusions autrefois vues d'un très mauvais oeil par Bruxelles, car susceptibles de réduire la concurrence au détriment des consommateurs européens.
Coup de pouce à la joint-venture spatiale européenne ?
Cela pourrait changer la donne dans des secteurs comme les télécoms, filière particulièrement fragmentée en Europe, ou celui de la construction ferroviaire, dans lequel Bruxelles avait bloqué en 2019 un rapprochement entre Siemens et Alstom, qui souhaitaient justement créer un champion franco-allemand face à la Chine.
Dans le domaine du spatial, les poids lourds européens Airbus, Thales et Leonardo ont signé en novembre dernier un protocole d’accord en vue de fusionner leurs activités dans les satellites. Ce méga-projet, baptisé "Bromo", estimé à 6,5 milliards d'euros, est destiné à contrer la domination de Starlink, la constellation d’Elon Musk. L'entreprise issue de ce rapprochement, qui pourrait être opérationnelle en 2027 si la Commission européenne donne son feu vert, deviendra "un acteur spatial européen de premier plan", soulignait ainsi Thales.
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