* Le candidat insoumis accusé d'attiser la violence, ce qu'il nie
* La France insoumise séduit les jeunes, pas les plus âgés-Ifop
* Le paysage politique français très polarisé
par Elizabeth Pineau et Michel Rose
Alors que la France est confrontée à des troubles d'une rare gravité, l'extrême gauche et son candidat à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon sont sous le feu des critiques, du centre à l'extrême droite, creusant encore les divisions d'un pays fracturé.
Candidat à l'Elysée pour la quatrième fois à 75 ans et pour l'heure plus grand espoir de la gauche d'atteindre le second tour au printemps prochain, l'ancien ministre est accusé d'user d'une rhétorique à même d'accentuer le climat de tension qui s'est exprimé avec violence dans les rues du pays le week-end dernier.
Très critique à l'égard de La France insoumise (LFI) dans ses interventions, notamment à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu l'accuse d'attiser la colère depuis le début de la mobilisation lycéenne, mi-septembre.
"Il y a une nébuleuse d'extrême gauche dans laquelle La France insoumise occupe une place importante et dans laquelle il y a des gens, des groupuscules, qui clairement sont dans un agenda de violence", a-t-il déclaré après les violences du week-end dernier qui ont vu le pillage de 3.000 commerces en marge de manifestations contre la vie chère, notamment, ayant réuni, selon le gouvernement, plus de 500.000 personnes dans tout le pays.
Jean-Luc Mélenchon rejette ces allégations, accusant le gouvernement d'être sourd aux revendications sociales émanant notamment des quartiers les plus pauvres de France, sans parvenir à faire taire ses détracteurs.
Le président (Les Républicains) du Sénat, Gérard Larcher, a évoqué cette semaine dans Le Figaro l'idée d'interdire LFI, une option rejetée par le Rassemblement national, à l'autre extrémité de l'échiquier politique.
"On ne peut pas interdire des idées et cela ferait de Jean-Luc Mélenchon un martyr, ce qui serait sans doute la pire des solutions", a dit à Reuters le député RN Laurent Jacobelli.
"L'ultra gauche et une immigration non contrôlée, voilà les deux mamelles de la révolution que nous vivons en ce moment", a-t-il considéré.
Le président du groupe MoDem à l'Assemblée nationale, Marc Fesneau, déplore pour sa part de voir Jean-Luc Mélenchon "tout conflictualiser". "(...) Quand vous conflictualisez tout, vous prenez de gros risques", a dit l'ancien ministre à Reuters dans les couloirs du Palais-Bourbon.
Ces attaques soulignent à la fois la place centrale désormais occupée par LFI et son leader dans la vie politique et le malaise qu'ils suscitent dans un pays où montent les radicalités de droite comme gauche, en contraste avec un centre déclinant au sortir de dix ans de pouvoir d'Emmanuel Macron.
Si les sondages donnent régulièrement Jean-Luc Mélenchon en mesure d'atteindre le second tour de l'élection présidentielle, le fossé se creuse avec la candidate du RN Marine Le Pen, donnée gagnante dans tous les cas de figure dans les enquêtes les plus récentes.
MÉLENCHON DONNÉ AU SECOND TOUR, LE PEN LOIN DEVANT
Dans un paysage politique fragmenté en trois blocs où les partis traditionnels ont du mal à se faire entendre, Jean-Luc Mélenchon reste un candidat de poids.
Populaire dans les grandes métropoles et surtout chez les jeunes, son score au premier tour est d'environ 16% dans un récent sondage Ifop/Fiducial pour LCI, le Figaro et Sud Radio, loin derrière Marine Le Pen à 38%. Selon un autre enquête signée Cluster17, près de la moitié des 18-24 ans et plus d'un tiers des 25-34 ans sont favorables à Jean-Luc Mélenchon.
LFI soutient depuis le début les manifestations lycéennes et étudiantes qui secouent la France depuis des semaines.
Pour le directeur général de l'institut de sondage Ifop, Frédéric Dabi, les troubles risquent d'accentuer l'une des grandes faiblesses de Jean-Luc Mélenchon : son incapacité à convaincre un électorat plus âgé.
"Le sentiment d'une ambiguïté de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis des auteurs de violences constitue une ligne rouge absolue pour une grande partie de l'électorat", a-t-il dit à Reuters.
Le parti a également trouvé un soutien important dans les zones urbaines plus pauvres et chez les électeurs issus de l'immigration qui se reconnaissent dans la vision "insoumise" d'une "Nouvelle France" – une République multiculturelle tenant compte de la diversité ethnique et religieuse, prompte à mieux représenter les communautés ayant le sentiment d'être négligées.
"PARTAGE DES RICHESSES"
Pour ses défenseurs, il s'agit davantage de réalités sociales que de politiques identitaires.
"C'est la synthèse unique entre un programme de rupture révolutionnaire et le souhait de gouverner le pays", a expliqué à Reuters le député LFI Hadrien Clouet.
"Nous voulons utiliser les moyens démocratiques pour opérer une rupture importante, une transformation du pays", a ajouté l'élu de Haute-Garonne, évoquant notamment le "partage des richesses".
Les détracteurs de LFI accusent le parti de brouiller la frontière entre la protestation démocratique et une agitation politique plus radicale.
Jean-Luc Mélenchon utilise ainsi régulièrement la rhétorique du soulèvement. Lors de la crise des retraites de 2023, il avait ainsi exhorté les Français à "abattre la citadelle" du gouvernement du président Emmanuel Macron et a déjà parlé d'"insurrection citoyenne".
Ses partisans affirment que ce langage fait référence à une mobilisation politique massive et non à la violence. Le parti prône officiellement l'action non violente et condamne les attaques contre les personnes et les biens.
Pour LFI et ses alliés, certaines accusations la visant sont motivées par des raisons politiques. Cette semaine, le média d'investigation Mediapart a écrit, citant un agent de renseignement anonyme, que des responsables avaient reçu l'ordre de présenter LFI comme étant à l'origine du mouvement de protestation, malgré ce que la source a qualifié de manque de preuves. Le gouvernement a démenti ces allégations.
D'une manière générale, les opposants de LFI dénoncent un discours trop ambigu.
"Ils prétendent être contre le vandalisme, mais en même temps ils justifient le port du masque lors des manifestations", a dit à Reuters le député Renaissance de Paris Sylvain Maillard. "Ils ne calment jamais les esprits. Ils rejettent toujours la faute sur la police. Ils veulent le chaos."
Pour l'ancien président socialiste François Hollande, Jean-Luc Mélenchon ne saurait être l'unique objet du débat.
"Ce qui s'est produit, ce n'est pas un parti politique ou un personnage qui a mis de l'huile sur le feu et qui a organisé la manifestation. Ce qui s'est produit, c'est qu'il y a eu des violences, des pillages, du vandalisme et des attaques contre des bâtiments publics", a-t-il déclaré mercredi sur France Inter. "Ce qu'on peut reprocher à LFI, c'est de ne pas dénoncer clairement la violence, ou de mettre en équivalence la violence des émeutiers et la violence policière".
(Reportage Elizabeth Pineau et Michel Rose, édité par Benoit Van Overstraeten)

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