par Amy-Jo Crowley, Andres Gonzalez, Mathieu Rosemain et Anousha Sakoui
L’entrée en négociations exclusives du fonds américain CD&R avec Sanofi pour mettre la main sur sa filiale de santé grand public évaluée à 16 milliards d’euros pourrait annoncer un rebond des transactions de grande ampleur de capital-investissement en Europe, selon des analystes et investisseurs.
Un montant record de capitaux non investis au sein des fonds ("poudre sèche"), des conditions de financement assouplies avec la baisse des taux et la pression des investisseurs pour faire tourner les portefeuilles et remonter des liquidités font partie des raisons pour lesquelles le marché anticipe une reprise des rachats par effet de levier (LBO) et des opérations de grande ampleur.
Un consortium d’investisseurs a d’ailleurs annoncé lundi l'acquisition de la société britannique Nord Anglia Education dans le cadre d'une transaction évaluée à 14,5 milliards de dollars.
"Nous observons des gros achats par effet de levier en Europe et des opérations significatives devraient avoir lieu bientôt", témoigne David Gross, co-managing partner de la société d'investissement Bain Capital.
"Le capital-investissement prend de l'ampleur, nous disposons tous d'importantes réserves de capitaux et nous pouvons réaliser des transactions de grande envergure".
Pour Henry Frankievich, directeur général d'Insight Partners, le secteur technologique notamment est prêt "pour des transactions plus importantes soutenues par des fonds de LBO".
"Le principal moteur de ce rebond est la croissance", analyse-t-il. "Traditionnellement, le capital-investissement se concentre sur l'optimisation des marges en réduisant les coûts, mais l'accent est actuellement mis sur les entreprises à croissance durable".
Selon les données de Dealogic, les volumes d'opérations soutenues par le capital-investissement en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (EMEA) ont déjà fait un bond de 41% depuis le début de l'année, par rapport à la même période de l'année précédente.
Sur la même période, le nombre d'opérations de plus de 5 milliards de dollars dans la région a plus que doublé par rapport à l'année dernière.
Au niveau mondial, les opérations de rachat avec effet de levier sont en passe de terminer l'année à 521 milliards de dollars, soit une augmentation de 18% par rapport à 2023, cette hausse étant due à une augmentation de la taille moyenne des opérations plutôt qu'à une augmentation du nombre d'opérations, ont indiqué les analystes du cabinet de conseil Bain & Co dans un rapport.
LA "POUDRE SÈCHE" PREND DE L'ÂGE
Malgré la reprise des transactions cette année, les fonds mondiaux de capital-investissement et de capital-risque détenaient un total de 2.620 milliards de dollars de capitaux non engagés au 10 juillet, un record, selon les données de S&P Global Market Intelligence et de Preqin.
Les fonds ont ajouté 49,44 milliards de dollars à leur stock de poudre sèche au cours du premier semestre 2024, soit plus de 1,7 fois le montant ajouté des 12 mois précédents, rapportent les analystes.
"À l'heure actuelle, les niveaux de poudre sèche dans le capital-investissement atteignent des sommets, et cette poudre sèche devient de plus en plus vieille. Plus de 25% de la poudre sèche a au moins quatre ans. Ce n'est bon pour personne", explique Douglas Hallstrom, directeur chez Advent International, ajoutant toutefois que le rythme des transactions s’accélère.
Alors que les traders anticipent de nouvelles baisses des taux bancaires européens qui faciliteraient le financement et que les fonds semblent prêts à investir, certains intervenants ne sont pas convaincus.
"Il y a une dichotomie, c'est-à-dire que les gens sont dans l’expectative et veulent désespérément déployer des capitaux, mais ensuite ils réfléchissent et se disent : c'est vraiment risqué pour mon portefeuille", observe Richard Madden, président exécutif européen de DC Advisory.
La faible performance de certaines entreprises en portefeuille et l'incertitude quant aux valorisations, tant du côté des acheteurs que des vendeurs, nourrissent l’attentisme, ajoute-t-il.
François Jerphagnon, membre du comité exécutif du fonds de capital-investissement Ardian et associé gérant d'Ardian France, a également déclaré que la prudence persistait et que seules les propositions les plus solides réussissaient.
"Aujourd'hui nous ce qu'on voit c'est dans un environnement qui est compliqué, les dossiers qui avancent sont ceux qui ont un peu la combinaison magique de résilience et croissance".
(Reportage Amy-Jo Crowley et Andres Gonzales à Londres, Mathieu Rosemain à Paris, rédigé par Anousha Sakoui ; version française Bertrand De Meyer, édité par Blandine Hénault)

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